Quelques illustrations de la lignée des

Masurel

depuis 1550 Flandres

Les sceaux de Guillaume et de Pierre,échevins de la Seigneurie des Quesnes ont été conservés.

(Actes passés à Marcq-en-Baroeul, Wasquehal, Lambersart).

Cette famille a joué un rôle considérable dans l’industrie lainière, dans l’histoire de Tourcoing et s’illustra par de nombreuses personnalités nationales.

Le 22 octobre 1508, les échevins de Gand écrivirent à l’archiduchesse Marguerite au sujet des frères Mathieu et Jacques Masurel. Guilbert fit une donation à Saint Pierre de Lille en 1610 ;

Marie Madeleine, dame de la Noirière. et Saint Venant, épousa le 16 décembre 1658 René de Vos de Steenwich, écuyer, conseiller en la chambre des comptes de Lille; Pierre Masurel était chanoine de Tournai en 1660.

Jacques Prouvost(1670-1704, pierre tombale de marbre près de l'autel Saint Nicolas de l'église de Wasquehal), épouse à l'église Sainte Madeleine de Lille le 08-04-1698 Antoinette Masurel (1670-1730), fille de Noël Masurel et Antoinette de Courchelle, elle même fille de Pierre de Courchelle et Antoinette Prouvost: (dont Antoinette Prouvost épouse  Noël Masurel dont le fils Jacobus Masurel fut jésuite et les deux filles Antoinette qui épousa Jacques Prouvost-de Lespaul et Marie qui épousa Joseph Roussel).

Bartholomé Masurel fonda, le 17 juin 1610 , le Mont de Piété de Lille dit municipal par opposition à celui d'Etat qui s'installe ultérieurement rue du Lombard.

rue-bartholome-masurel

Rue Bartholomé Masurel à Lille

Masurel-Barthelemy-Virnot.

Lien de parenté de Barthémémy Masurel avec les Virnot et les Prouvost-Virnot


1850.  Cloche provenant de l'église Notre-Dame de Tourcoing. Anno Domini MDCCCL, ecclesiee Beatse Marise Angelorum Turcundii, dederunt me plures parochiani, necnon generosiores quidam juvenes, quorum nomina sequuntur : Franciscus DESBONETS, Paulus WATINE, Henricus MASUREL, Fidelis et Augustinus VANESLANDE, Franciscus MASUREL, Ludovicus et Emilius LEROUX, Achilles DESURMONT, Ludovicus Amandus FLIPO, et quatuor fratres Edmundus, Léo, Henricus et Emilius LORTHIOIS. Fuerunt mihi patrini Leo LORTHIOIS et Elisa MASUREL, ambo decem annos nati, a quibus vocata sum Maria Leonia Elisa. La seconde cloche ne porte pas d'inscription.

Fixé a Tourcoing en la fin du XVI° siècle, la famille Masurel était déjà à la fin du XVI° siècle d’importants filateurs et négociants :

Lambert Masurel épousa Marie Marlier,

dont Pasquier Masurel {1595-1673) époux d'Antoinette de Le Tombe,

dont Pasquier Masurel (1631-1722)  marié   (1660) a Marguerite Desrousseaux

dont Jean-Baptiste Masurel  (1675~1755) époux (1714) de Marie Jeanne Delobel,

dont Jean-Baptiste Masurel (1724-1793)  marié   en 1757 a Marie Joseph- Houzé, dont:

A La branche ainée

1 Les François Masurel :

François I Joseph Masurel 1766-1824 &1793
Angélique Joseph Desurmont 1761-1827
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François II Joseph Masurel 1797-1851 &1822
Pauline Julienne Dervaux 1804-1847
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François III Masurel 1826-1913

1851 Joséphine Catherine Pollet 1832-1868
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François IV Masurel 1855-189'

& 1877 Eugénie Louise Jonglez 1857-1918
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François V Paul Masurel 1878-1966 &1919
Jeanne Lussiez 1897-1985
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François VI Masurel 1920 &1948
Solange Desurmont 1928-
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François VII Masurel &
Christilla Marie Solange Perchot
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François VIII Vincent Masurel

Famille-Francois-Masurel

 

François-Joseph I Masurel (1766-1824)

marié en 1793 a Angélique Desurmont,

dont

François-Joseph II Masurel-Dervaux (1797-1851),

fondateur de la maison Masurel et fils,  marié en 1822 à Pauline Julienne Dervaux,

dont  François 1826-1913,  Ernest 1829-1884,  Paul Victor 1835-1892,  Jules Paul 1841-1925,  Paul Joseph 1842-1927 qui firent des branches.Le petit fils d’Ernest-Joseph, Ernest, Emile MASUREL,1886 - Roubaix,1974 - Roubaix  était propriétaire d'une écurie de course

François Joseph III Masurel-Pollet (1826-1913)

Francois-Joseph-Masurel-Pollet-1826-1913Masurel-Pollet-Francois-Josephine

Président du tribunal de commerce de Tourcoing,  négociant en laines,  associé de la maison Masurel fils de Tourcoing. Il fut conseiller municipal de Tourcoing membre de la chambre de commerce, administrateur de la succursale de la Banque de France de Roubaix-Tourcoing,  président de la société de géographie de Tourcoing président du tribunal de Commerce de Tourcoing. il habitait 83 rue de Lille, à Tourcoing. Il fonda, avec ses trois fils , François, Edmond et Eugène, les pharaoniques usines François Masurel frères, fondées en 1876 et construite à cet endroit en 1884 par le grand père d’Eugénie, François Masurel-Pollet (1826-1913) avec ses 3 fils François, Edmond et Eugène. Elles sont classées Monument Historique : 2000/05/21.

usine-Francois-Masurel 

LH-Masurel-Pollet

LH-Masurel-Pollet

LH-Masurel-Pollet

Il eut trois fils : François 1855-1894, Edmond 1857-1943, Eugène 1861

fils-Francois-Joseph-III-Masurel-Pollet

1  François Masurel-Jonglez (1855-1894),

Masurel-Jonglez-Francois-Eugeniefrancois-Masurel

conseiller général du Nord, fonda en 1877, sous la firme François Masurel frères, une filature et retorderie de laines qui, avec la perfection de son outillage et le nombre de ses broches (65 000 en 1894) tenait le premier rang parmi les industries françaises et avait ramené en France la fabrication des fils d'Alsace. M. Masurel-Jonglez avait fondé dans ses deux établissements des rues de Wailly et des Francs, comprenant en 1894 un millier d'ouvriers, fonda pour son millier d’ouvriers des œuvres sociales : allocations aux jeunes ménages et aux femmes en couche, encouragement à l’épargne, association de secours mutuel et caisse de retraite, vice président de l’association des filateurs de Roubaix, Tourcoing,  Fourmies et Reims,  de l’Association nationale de l’industrie lainière à Paris,  président du comité lainier administrateur de la caisse de liquidation de Roubaix-Tourcoing,  président de la commission centrale de statistique et administrateur du lycée de Tourcoing

Dès 1889, la maison Masurel-frères obtenait une médaille d’or à l’exposition de Paris Commissaire général de la section française de l’exposition de Chicago Vice-président de la caisse d’épargne de Tourcoing,  Il fut président de l'Union des filateurs de laines peignées de Tourcoing,   vice-président de l'association des filateurs de Roubaix, Tourcoing,  Fourmies et Reims et  vice-président de l'Association nationale de l'industrie lainières à Paris. En 1892, M. François Masurel-Jonglez fut élu conseiller général du canton Nord de Tourcoing par 3404 voix contre 2720 à son concurrent, M. Paul Lemaître. Il fut en outre : président de la Commission centrale de la statistique et administrateur du lycée de Tourcoing. Il mourut à Mouvaux le 14 juillet 1894. Sa mort fut un deuil public, tous comptaient sur lui et espéraient en lui.

La famille Masurel a financé aussi la construction de l’école Saint-François de Mouvaux et de l’église Saint-François d’ Assise 1894-1895, financée par  François Masurel pour remercier Dieu de l’avoir sauvé d’une grave maladie. Les travaux commencent en 1894, année de sa mort; l’église est consacrée le octobre 1895, dédiée à Saint François, en hommage au fondateur ; un descendant, Albert Masurel, fit don des grands orgues en 1901 à l’occasion du mariage de sa fille. La statue du christ donnant le bras à Saint François d’Assise est offerte à l’église par les employés et ouvriers des établissements François masurel ; une bombe en 1944 fait exploser les vitraux et des maisons devant.

« Les établissements François Masurel Frères est une société créée en 1877, sous le nom des Établissements François Masurel et Fils, par François Masurel Pollet et son fils François Masurel Jonglez.

A la fondation de la société en nom collectif, François Masurel Pollet apporte un capital de 100.000 francs pour partie en bâtiments et terrains et pour partie en espèces, son fils apportant « son temps et ses soins ». « En 1877, il fonde avec ses fils une filature de laines qui, avec la perfection de son outillage et le nombre de ses broches (80.000), tient le premier rang parmi les industries françaises. Cette filature a permis de ramener en France la fabrication des fils d’Alsace. » (Extrait du dossier de Légion d’honneur de François Masurel Pollet) Mais des 1882, François Masurel Pollet laisse à ses fils la direction de l’entreprise pour se consacrer à ses autres activités. C’est à cette date qu’Edmond Masurel Baratte rejoint son frère. En 1887, le troisième frère, Eugène Masurel Wattinne rentre à son tour dans l’entreprise qui se développe très rapidement avec la construction en 1884 d’une grande usine dans le quartier des Francs à Tourcoing. Située à côté de la gare des Francs, l’approvisionnement en matières premières est facilité. Une bonneterie et une teinturerie viennent compléter l’usine en 1890.

Les Etablissements François Masurel Frères : Après les décès prématurés de François en 1894 et d’Eugène en 1902, Edmond reste seul à diriger la société avant que son neveu Jacques, fils de François, le rejoigne. Jacques Masurel Lepoutre, fils de François Masurel Jonglez, devient directeur des Établissements François Masurel Frères en 1911. Les usines et ateliers comptent plus de 1.000 ouvriers à la veille de la 1re guerre mondiale. La guerre entraîne quasiment l’arrêt de l’entreprise et il faudra attendre 1923 pour retrouver le niveau d’activité d’avant guerre.

Edmond Masurel Baratte réalise de nombreux voyages d’études aux États-Unis, en Amérique du sud, au Brésil, Japon, Angleterre, Espagne, Suisse et Italie… pour développer les exportations pour les Établissements François Masurel Frères mais aussi pour toute l’industrie française de la filature de laines. Il reçoit à ce titre la Légion d’honneur en 19282.

Entre les deux guerres, la société ouvre d’autres usines : une près d’Elbeuf et une filature aux États-Unis à Wondsockett3.

En 1945, un nouvel atelier de bonneterie est construit sur les plans de l'architecte Marcel Forest ainsi qu'une nouvelle chaufferie. Dans les années soixante, les établissements François Masurel Frères fabriquent de la laine peignée et de la laine d'angora. En 1995, la bonneterie est restructurée et agrandie par l'architecte Patrice Cau.

De nos jours, l'usine, classée monument historique, dépend de la société anonyme des Usines de la Blancheporte, société de vente par correspondance. » Wikipedia

mouvauxMouvaux-chapelle-Lazaro

Mouvaux dans les albums de Croy ; la chapelle du Lazaro et l’église Saint-François d’ Assise à Mouvaux

Tourcoing-chateau-Masurel

Jacques Masurel Lepoutre

fils de François Masurel ( 1855-1894) et Eugénie Jonglez


L’épopée des Masurel au Canada :

 (famille Mathon Masurel) de 1906 à 1913, 

Lettres par Lucie Hermance Masurel 1884-1917, fille de François Masurel 1855-1894 et Eugénie Louise Jonglez 1857-1918 et épouse de Paul Edouard Mathon 1882,

transmises par Stéphane Mathon :

  «  Lettre de Mère (1857-1918) Mouvaux, le 7 août 1906 Mon cher Francis, Je viens de recevoir ta carte avec ton adresse et avec plaisir j’y réponds pour te donner les nouvelles que tu demandes de toute la famille. Ninie va bien et elle en profite pour se promener tous les jours avec son mari qui a congés pour la fête des fabricants. Le Docteur Isbecque ayant conseillé beaucoup de distractions, on suit scrupuleusement un conseil aussi agréable. J’ai dîné hier avec André et Marie avec G.M. Mathon, Mrs Henry et Eugène Mathon et M.Maurice Lefebvre. Là, tout le monde va bien aussi. Jacques est rentré de Wimereux samedi et il s’occupe de ce qui pourrait lui être utile au Canada. Il est allé voir Mr Macke pour lui demander s’il pourrait aller dans la ferme de ses parents pour s’y mettre au courant des différents travaux de la ferme. Mr Macke a écrit chez lui et on attend la réponse. Jean et Robert rentrent ce soir à 8 heures. M. Flament a une fille depuis avant-hier, elle est née lundi après-midi. Ton cheval Maïna va bien, celui de Jacques aussi, on commence à mettre ce dernier en pâture depuis hier. Le marchand de bestiaux est venu reprendre deux bêtes. Carlo et Suppy sortent tous les jours avec nous. Isaïe est revenu au travail ce matin. Bon-papa Jonglez souffre toujours de la tête et il a pris un avis de Mr Brunet lundi. Mr Brunet dit que ce n’est rien et avec quelques drogues lui conseille du repos et du calme. Bon-papa a donc décidé de ne pas sortir pendant une quinzaine de jours, même pour les dîners du jeudi. Voilà toutes les nouvelles ; il fait très chaud ici et je reste bien volontiers à Mouvaux ! Je te souhaite un bon séjour à Spa et j’attends une lettre me donnant des détails. Je t’embrasse bien affectueusement. E. Masurel-Jonglez Lettre de Mère (1857-1918) Mouvaux, le 11 août 1906 Mon cher Francis, J’ai reçu ta lettre ce matin, elle s’est croisée avec la mienne. Bon-papa Jonglez va mieux. Mr Brunet a été satisfait de sa visite de ce matin et je crois qu’il est maintenant en bonne voie de guérison. Mon oncle Paul Jonglez est revenu de Berck hier soir, mais il va retourner aujourd’hui, il était plus tranquille de venir voir par lui-même ce qui en était. Nous renonçons complètement au voyage de Suisse, si bon-papa va tout à fait bien nous irons plutôt passer quelques jours à la mer à la fin d’août pendant que Zoé sera à Lourdes et Elodie à son village. J’ai de bonnes nouvelles de bon-papa François qui s’amuse très bien, il rentre le 16 août. Mon oncle Edmond est venu dîner jeudi avec son fils ; la question du Canada a été attaquée pendant le dîner et après. J’étais fort heureuse de me sentir entourée et appuyée par tous mes enfants. Eugénie a été prise à partie aussi après le dîner ; puis c’était mon tour toute seule. J’ai dit ce que je pensais, avec calme, quoique dans mon for intérieur j’étais en ébullition. Enfin, c’est une question vidée, on n’en parlera plus. J’ai été abreuvée de conseils. Le dernier a été celui-ci : « Qu’est-ce que tu vas faire de tes enfants jusqu’au moment du départ ? A ta place je les mettrai quelques mois à l’école industrielle ?... » Cela se passe de commentaires. Jacques cherche à se placer dans une ferme et pour Jean je crois qu’un séjour en Angleterre serait plus utile pour lui car l’anglais lui rendra beaucoup de services au Canada, plus que les études industrielles. Au revoir, mon cher François, je t’embrasse bien affectueusement, amitiés de tous. Ta Mère qui t’aime. E.M. Lettre de Mère (1857-1918) Mouvaux, le 15 octobre 1906 Mon cher Francis, Bon-papa François est décoré de la Légion d’Honneur, la nouvelle en est a paru à l’Officiel samedi. Depuis ce ne sont que cartes et visites de félicitations qui arrivent chez bon-papa. Les ouvriers de la filature lui ont adressé leurs félicitations samedi soir et lui ont offert un bouquet ! Dans le Journal Officiel on donnait le nom de Mr Masurel, filateur de laine, sans prénom, de sorte qu’Edmond a reçu aussi un certain nombre de félicitations. Edmond fils est parti hier pour quelques mois à Mulhouse, après ce séjour il fait un grand voyage dans l’Amérique du sud et l’Australie. Bon-papa trouve qu’il ferait mieux de se marier. J’ai d’assez bonnes nouvelles de Ninie, le Docteur est content de ses progrès mais désire la garder encore jusque fin novembre, elle ne verra donc pas ses frères et beaux- frères avant leur départ. Il est décidé que nos 4 voyageurs Canadiens partent d’ici le mardi 30, ils passeront le 31 à Londres et ils partiront le 1er à 10 heures du matin pour arriver à Liverpool à 4 heures, le bateau partant à 5 heures. J’ai reçu ce matin une lettre de François le peintre qui est au Canada, il y est très heureux, me donne quelques renseignements et serait fort content de voir des gens du pays, ce qui lui arrive très rarement. Mr Philippe a une fille depuis hier, tout va bien. Tes chevaux vont bien mais Top Gun continue à tousser, on le promène toujours au pas. Au revoir, mon cher Francis, je t’embrasse bien affectueusement. Tous tes frères et soeurs se joignent à moi. Ta Mère qui t’aime E.M. Lettre de Jacques (1888-1951) et Jean (1890-1917) Masurel St Alexandre de Gatineau Le 5 janvier 1907 Mon cher François, Nous avons bien reçu ta lettre datée du 11/12, mais comme nous étions partis à Montréal passer les fêtes de Noël et du Nouvel An, nous ne l’avons trouvée ici qu’à notre retour, ce qui te fera comprendre aisément pourquoi la réponse s’est faite un peu attendre. Elle nous a fait grand plaisir, je l’ai lue plusieurs fois afin de bien retenir les bons conseils que tu nous donnes sur la question « business ». Nous avons passé un séjour très agréable à Montréal avec Paul et les de St Laon qui ont une petite fille de 11 ans, qu’en riant nous avons mariée à Robert, enfin il n’y a rien d’impossible pour qu’un jour ce soit sérieux. Naturellement, le principal sujet de conversation fut le Teminscamingue, car tu n’ignores certainement pas que les Mathon et de St Laon sont presque décidés à aller s’y installer à moins que le voyage en France d’André ne vienne changer leurs projets. Quant à nous, nous sommes bien décidés sur ce que nous allons faire, débuter avec agriculture et élevage, et quand nous aurons passé un moment comme cela, nous ferons selon les besoins et la situation du pays une industrie quelconque afin de nous enrichir car il faut tout de même un peu d’ambition. Quant à l’endroit où nous allons nous établir nous n ‘en savons rien, car nous ne voulons pas faire comme André et Paul, décider sans rien avoir vu. On dit ici beaucoup de mal de l’Ouest et si tout ce qu’on dit est vrai ce n’est certes pas le pays rêvé que l’on pensait, enfin je crois que le plus sage serait d’aller voir par nous même de cette façon plus tard nous n’aurons rien à nous reprocher. Comme la distance qui nous sépare est assez grande, je pense qu’il serait bon de fixer sous peu une date pour ton départ pour la Canada. Je me suis informé de la fonte des neiges et voici ce que m’a dit le vacher qui a été 10 ans dans l’Ouest. « Pour le 10 mars, il n’y a plus de neige du tout », quant à la province de Québec et l’Ontario, cela varie du 15 mars au 15 avril, mais je crois que cette année elle sera vite fondue car les pluies que nous avons eu ces jours-ci en ont déjà fait disparaître une partie. Donc, pour le bien, il faudrait que tu sois ici les premiers jours de mars, nous partirons tout de suite dans l’Ouest et peut-être nous aurons la chance de le voir avec encore un peu de neige. Je dis la chance car je trouve qu’il ne faut pas se contenter de voir un pays sous son bel aspect, mais il faut voir aussi le mauvais côté, vu qu’au printemps la campagne dans n’importe quel pays est toujours ravissante, tandis que l’hiver nous apporte souvent bien des déceptions. Ici dans Québec et l’Ontario il n’est pas bien dur car il fait rarement du vent. Tandis que dans l’Ouest, il en fait paraît-il... Pour la ferme sont nous t’avons parlé, Mr Leseleuc nous fera savoir si le vendeur se résigne à baisser son prix qui est maintenant 55 000 payable comptant. Nous avons toujours le plan cadastral de sa propriété, ce qu’il ignore complètement. II a exactement 279 acres (1) estimées par le gouvernement 42 000 frs, comme c’est un homme assez calme, je suis à peu près certain que sa ferme sera encore à vendre au printemps. En attendant la lettre qui nous annoncera la date de ton départ, je t’envoie, mon cher François, la meilleure des poignées de main. Ton Frère qui t’aime Jacques (1) environ 110 hectares Mon cher Francis, Je ne voudrais pas laisser partir la lettre de Jacques sans y joindre un petit mot. Je suis tout à fait de son avis et en cela du vôtre également, qu’il faut voir par soi-même avant de se décider. C’est pourquoi il faut que nous allions voir l’Ouest au printemps. Lorsque tu viendras nous pourrons alors discuter les pour et les contre de chaque chose sans se presser, nous n’avons donc pas à en parler maintenant. Je commence à savoir traire, car comme Mère a du te le dire, je suis pour le moment à la vacherie. Je soigne également les chiens et les lapins, et je soigne les premiers avec d’autant plus de goût que les deux jeunes, encore à la mère, sont à nous ; le frère qui s’en occupait nous en a fait cadeau. Ce sont de beaux grands chiens se rapprochant un peu des chiens bergers de chez nous, mais plus grands. J’espère que tes chevaux vont toujours bien ainsi que tes chiens. Jules doit avoir un peu plus d’ouvrage maintenant qu’Isaïe n’est plus là. En te remerciant de ta bonne lettre, reçois mon cher François, la meilleure des poignées de main de... ...Ton frère qui t’aime Jean Lettre de Mère (1857-1918) Mouvaux le 21 janvier 1907 Mon cher Francis, J’attends ce soir Charles et Ninie qui reviennent pour quelques jours afin de dire au revoir à Marie et Lucy. J’irai à leur rencontre à Lille, ils vont souper chez Mme Prouvost et y loger. Demain Ninie va assister à la toilette de mariée de son amie Hélène Flipo et viendra ensuite avec son mari dîner ici avec les Mathon. Mr et Mme Emile Masurel ont perdu une petite fille de 9 ans, leur dernière, d’une jaunisse infectieuse, l’enterrement a eu lieu samedi. Mr le Curé est venu me montrer une lettre de Rome, l’affaire passera samedi et l’avocat est certain du succès. Il y a une carte postale arrivée de Waereghem le 18 février disant ceci : « Je crois bien faire en vous informant que personne de chez Colle n’est encore venu pour prendre le cheval - E. Waegebaert » Je t’envoie ci-joint la lettre de Jacques et de Jean, j’en ai reçu deux aussi pour ma part. Rien de nouveau ici, nous avons eu hier un temps idéal ; comme il n’y avait pas de dîner de famille j’en ai profité pour aller avec Suzanne à Néchin faire ma visite de l’an à Germaine Jonglez. Nous avons pu nous promener toute l’après-midi dans le jardin du couvent, on aurait dit une journée de printemps. Elodie va à Tourcoing, je vais lui remettre ma lettre pour la poster au bureau afin d’y mettre l’adresse. Je t’embrasse bien affectueusement. Ta Mère qui t’aime E.M. ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Paul Mathon-Masurel Montréal, ce 25 février 1907 Mon cher François, J'ai bien tardé à répondre à ta lettre, ne crois pas cependant que c'est parce qu'elle ne m'a pas fait plaisir. Au contraire, j'ai été très heureusement surpris et te remercie vivement pour tes bons souhaits. Depuis le départ d'André, ma vie a été assez occupée. D'abord par le venue de petits à Montréal et ensuite par tout ce dont j'ai eu à m'occuper. Tu dois savoir que j'ai décidé de nous fixer à Montréal. En étudiant bien les chances de réussite, la multiplicité d'affaires qui se présentaient et aussi le gros intérêt d'argent, je me suis dit que tout de même pour nous il devait y avoir ici plus à faire que dans les champs. Nous trouverons du reste facilement, je crois, à nous caser. Un de nos nouveaux amis, en France actuellement, va tâcher de créer plusieurs affaires. Je pense bien que nous arriverons bien à un résultat. Jacques m'écrit aujourd'hui qu'il est en correspondance pour savoir si tu ne pourrais pas arriver aussi par "La Provence", fin du mois prochain. Le voyage serait beaucoup plus agréable ainsi en famille. Quant à nos jeunes fermiers, ils sont toujours enthousiastes de leur vie rurale. Que cela dure puisqu'ils sont heureux. Tu me dis que tu t'occupes activement de la vente de la propriété de Mère. Je la verrai avec grand plaisir débarrassée de cette propriété et j'espère que, dés qu'elle le pourra, elle enverra dans ce pays son argent disponible. Lorsque tu seras ici, tu verras par toi-même les raisons qui plaident en faveur de l'émigration en ce pays des capitaux français et qu'alors tu pourras conseiller à Mère de transporter ici tous ses fonds. Quel avantage de laisser son capital dans une affaire pour en tirer 5% lorsque les maisons rapportent 10 à 12% et acquièrent une plus value annuelle en raison du développement croissant de la ville. Et combien d'autres choses du même jeu. Les compagnies de toutes sortes suivent la même croissance. C'est le moment d'entrer dans ce pays pour les capitaux étrangers. Tu me disais que Mère avait presque décidé son départ. Lucy ne m'en dit rien, y aurait-elle renoncé? L'a-t-elle remis a plus tard et attend-t-elle que ses fils soient installés? La vie Montréalaise n'a rien d'extraordinaire, elle est bien monotone et province. Malgré cela on y parle français et cela a un certain charme, mais le caractère du pays est bien différent de celui des Yankees. On a conservé le calme français, on ne se lance pas à corps perdu dans la mêlée. On est moins "bluffer" qu'aux Etats. Enfin le temps se passe et voilà comment dans un mois je serai installé dans cette même ville avec Lucy et mes enfants. Je suis bien heureux de les voir arriver, car c'est bien ennuyeux d'être ainsi toujours en correspondance lointaine et de ne jamais savoir à 15 jours près ce que l'on pense, ce que l'on complote de l'autre côté de l'Atlantique. Malgré cela, quand on pense à la France, on s'imagine que c'est tout près d'ici, ça n'a l'air de rien de s'embarquer pour y retourner. Je suppose que c'est l'air du pays qui nous produit cet effet. Nous avons eu depuis quelques jours pas mal de froid et de tempêtes. Les gens de l'ouest sont absolument gelés. Ils n'ont plus de charbon et presqu'impossibilité de leur en apporter, la neige bloquant les voies. Les charmes de l'ouest... Allons, au revoir mon cher François, merci encore de tes souhaits, je te fais aussi les miens bien qu'un peu tardifs. Embrasse Mère pour moi, je te prie. Quant à toi reçois la meilleure poignée de main... ...de ton beau-frère Paul Mathon Amitiés à Suzanne. ----ooooOOOOoooo---- Lettre d’Edmond Masurel (1857-1943) Tourcoing, le 24.4.1907 Mon cher François, Ma lettre te trouvera probablement au milieu de la famille au grand complet. Ta Mère doit être bien heureuse. Dis lui que ta tante et moi nous pensons bien souvent à elle et à vous tous. Bon-papa vient de passer une petite crise qui n'a pas été sans nous donner un peu d'inquiétude. Le coeur fonctionnait mal ; ses idées étaient plus sombres que d'habitude. Il s'est installé chez ta tante Joséphine pour être plus près du docteur. Il a même désiré voir le confesseur. Mais depuis deux jours il va mieux et il a quitté la chambre. Toute inquiétude a donc cessé. Ton cousin Jules Masurel vogue maintenant dans un lac d'azur sur la côte du même nom. J'ai vu les cadeaux qui à eux seuls valent une jolie dot. Les grèves se multiplient. Elles commencent à entamer les filatures par le corps des bacleurs. Nous sommes convoqués par le consortium demain. Les tramways, les menuisiers et les tireurs de cordes sont en grève depuis quelques semaines, sauf ces derniers qui commencent seulement. Le discours de Mr Dron à ses électeurs, constatant que l'insécurité de l'industrie entrave tout projet de construction est tout à fait de circonstance. L'horizon n'est pas clair et, si même le terrain des Francs nous échoit, nous réfléchirons encore avant de le couvrir. Mr Marescaux ne nous a pas encore revus depuis que nous lui avons confirmé l'offre de 5 francs net. J'ai eu ce matin la visite de Mr Cuningham que tu connais. Il n'a rien traité et dit qu'il ne traitera rien avant septembre. Les ordres n'affluent plus autant depuis 8 jours, et le voyage de Mr Devillers en Suisse et à Mulhouse n'a pas produit tout ce qu'il espérait: 15 à 20.000 Kilo de chaîne simple au plus. Notre stock est d'ailleurs épuisé, et nous n'avons rien à craindre de la baisse, sauf les difficultés inhérentes à toute période de baisse. Le gazage marche toujours fort. Donne nous des nouvelles de l'installation de tes soeurs et de l'entreprise de tes beaux-frères. Le moment de l'exécution est arrivé et la saison s'y prête, je l'espère. Dis leur les voeux que je forme pour leur réussite et présente leur mon plus affectueux souvenir, en particulier à ta Mère. Bien Cordialement Ed. Masurel P.S. Zoé a déposé la clef de la caisse au bureau. A.Duterte t'écrira sous peu. Il m'annonce que la grève est imminente pour les filatures. ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Mère (1857-1918) PLACE VIGER HOTEL Samedi 11 mai 1907 MONTREAL Mon cher Francis, Je suis sans nouvelle de Ville Marie depuis 8 jours, j’espère que le courrier de ce soir m’apportera une lettre me disant ce que tu as décidé pour tes frères et répondant à mes questions. Je me suis occupée de voir des meubles mais pour terminer j’attends ta réponse. Paul a reçu 2 lettres d’André depuis quelques jours et je suis étonnée de ne rien recevoir, d’autant plus qu’André ne dit rien de vos décisions. Quant à lui , il dit ce matin dans une lettre à Paul, qu’il est ennuyé de prendre des décisions mais qu’il le faut, sans dire la raison qui le force à agir sans son associé dans une décision aussi importante. Paul en est très ennuyé et, si tu as quelque influence sur André, tâche de le faire patienter, nous ne pouvons plus tarder beaucoup à arriver ! Pourquoi cette presse subite, quand il était bien convenu que rien ne serait décidé sans Paul et avant son arrivée? Que se passe-t-il donc ? Les lettres d’André ne nous renseignent guère. Ici nous passons notre temps le plus agréablement possible, on va dans les magasins, on rend des visites, Mr et Mme des Etangs sont charmants et nous les avons vu plusieurs fois ; nous voyons aussi Mr et Mme Daoust, les Chilaudeau... Hier soir nous étions à peine couchées, Suzanne et moi que nous entendons les pompiers passer à grande vitesse sous nos fenêtres, l’incendie se voyait parfaitement, c’étaient les abattoirs du quartier de l’Est, bâtiment à plusieurs étages et très important avec glacières etc... Cela a duré longtemps et il y a pour 500 000 frs de dégâts ! C’est la semaine du concours hippique, cela t’aurait beaucoup intéressé, c’est dommage que tu aies été bloqué là-bas, c’est le dernier jour aujourd’hui, il y a concours 4 jours et même le soir à 8 heures, c’est le moment le plus select où les Canadiennes et les Anglaises exhibent leurs plus jolies toilettes décolletées. Dans la journée on y va en tailleur. Mr des Etangs dit qu’il y a des chevaux sauteurs extraordinaires qui ont le record du saut en hauteur, mais si les chevaux sont bons, il paraît que la généralité des cavaliers ne montent pas bien. Il est 6 heures, je suis obligée de fermer ma lettre sans avoir reçu de courrier, je t’ai télégraphié dans la journée, car j’ai besoin d’être fixée pour l’achat des meubles.. Il fait très froid, aujourd’hui, cela va encore nous retarder probablement ; enfin nous attendons pour nous mettre en route que vous nous télégraphiez d’arriver. Au revoir, mon cher Francis, je t’embrasse ainsi que tous mes enfants et petits enfants bien affectueusement en vous disant à bientôt je l’espère ? Meilleures amitiés de Paul, Lucy et Suzanne. Ta Mère qui t’aime E.M. ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Mère (1857-1918) BAY VIEW HOTEL Ville-Marie le 26 mai 1907 H.Landréville, Propriétaire Mon cher Francis, J’ai reçu ta lettre d’avant ton embarquement et j’ai communiqué à André et Paul les passages qui les intéressaient. Ils suivaient déjà à la lettre les recommandations de Mr Tobias. A 7 heures chaque jour ils sont au magasin jusque 10 heures du soir et se remplacent pour les repas afin qu’il y ait toujours l’un d’eux au magasin. André essaie en ce moment (c’est dimanche) un cheval que Landréville a ramené de Joliette, il est allé jusque la ferme avec Marie et Paul ; Il voudrait un cheval pour conduire les marchandises, le camionnage coûte cher et il croit qu’il aurait vite regagné la dépense du cheval. Les garçons ont eu leurs chevaux gris pour 900 piastres. Le marchand qui voulait repartir est allé les trouver pour leur laisser au prix qu’ils avaient proposé. Ils sont enchantés de leur acquisition. Je vais maintenant passer mes journées à la ferme, avec l’une ou l’autre de mes filles et nous faisons la popote ; Je n’aime pas prendre un bonne ici avec mes 3 garçons et j’avais pensé à une combinaison qui me semble bonne. Eloi avait semblé être amateur d’aller au Canada, s’il voulait venir il pourrait être très utile. C’est un garçon de bonne composition qui mettrait la main à tout et s’occuperait du potager. Ici il faut payer un piastre et demie un jardinier à la journée et encore il ne peut pas me promettre de venir faire mon potager. On paierait le voyage à Eloi et on lui donnerait 1200 frs par an logé, nourri et blanchi. Si Eloi n’aime pas venir tu trouverais peut-être un bon et brave garçon du même genre, tout à fait recommandable. Il faudrait l’avoir tout de suite. Il partirait d’Anvers à Montréal en 2de classe. De Montréal à Mattawa et Témiscamingue. Tu pourrais le conduire et l’embarquer à Anvers et t’informer sur le bateau s’il y a quelqu’un qui suit la même ligne pour s’en occuper. Il faudrait lui donner son itinéraire écrit. Je vais m’informer ici aussi, si je trouve je te télégraphierai. Jules et sa femme feraient bien affaire si je devais rester, mais pour le moment un homme suffira. Marie et Lucy ont des ennuis de bonne. Alice a dû être débauchée à Montréal et elle a entraîné Julienne. Elles ont prévenu toutes les deux sans même donner la raison, elles ont dit qu’elles allaient à Montréal, elles partent jeudi. Marie et Lucy cherchent à les remplacer, mais plus par des Françaises. Marie va demander à Gestie de lui procurer une Irlandaise et Lucy a écrit à Mme Daoust pour lui demander sa cuisinière puisque Mme Daoust s’en va. Ici à l’hôtel on peut se passer de bonne un moment, ces dames s’occuperont de leurs enfants en attendant d’avoir quelqu’un. Nous avons eu quelques bonnes journées chaudes, les routes sont complètement séchées. Les garçons ont presque terminé leurs labours. On sèmera cette semaine, je crois. Robert a terminé le nettoyage de l’étable à cochons et des granges, tout commence à se rapproprier, les bêtes sont bien soignées et ont déjà gagné. Un peu à la fois tout s’arrangera. Cette propriété est vraiment superbe, je crois que tu as fait là une bonne acquisition. Fais des compliments de ma part aux bonnes et donne leur de mes nouvelles, je leur écrirai par un prochain courrier. Des compliments à Jules, Henri, Eloi, etc.. Si Eloi vient au Canada, il faudra le remplacer, fais pour le mieux, arrange cela avec Henri. Je t’embrasse bien affectueusement. Ta Mère qui t’aime E.M. Affectueux souvenir de tous. ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Mère (1857-1918) BAY VIEW HOTEL Ville-Marie le 2 juin 1907 H.Landréville, Propriétaire Mon cher Francis, Rien de neuf depuis 8 jours, sauf le départ des 2 bonnes de Marie et Lucy. Alice, la bonne de Lucy, a été débauchée à Montréal, à l’hôtel Viger, pour le service d’un docteur célibataire qui cherchait une cuisinière et une femme de chambre. Elle nous a accompagnés à Ville-Marie pour débaucher Julienne qui était fort contente avant son arrivée, mais s’est laissée gagner par l’appât de 125 frs par mois et une liberté plus garnde. Elles ont donc cherché à se faire prévenir par leur malhonnêteté et leur grossièreté, mais comme elles n’y sont pas parvenues elles ont prévenu et ont dû ainsi donner un dédit de 100 frs comme c’était stipulé dans le contrat. Elle ont prévenu sans donner de raison et on ne l’a su qu’indirectement. Avec cet exemple nous ferons bien, si Eloi se décide à venir, de lui demander un engagement d’un an et de lui augmenter son gage au bout d’un an ; la 1ère année nous coûtant le voyage en plus ! A la ferme on travaille activement, le beau temps est enfin venu, demain on va commencer les semailles. Tous les labours sont finis. La jument n’a pas encore pouliné. Le vieux cheval qui boitait va mieux, il a repris son service hier. Les étables, granges... sont bien en ordre. Les bêtes vont pouvoir bientôt rester tout le temps dehors. On a proposé hier à Jacques 4 boeufs à engraisser pour 85 piastres, c’est le fermier Alice qui habite un peu au dessus de chez eux et qui vient de vendre sa ferme. J’ai dit à Jacques d’aller demander conseil pour le prix à Riopel son voisin. Cela ne me semble pas cher, et on les mettrait dans le bois jusqu’à la fin de l’été. Est-ce qu’Eloi va se décider ? Dis le moi dés que tu le sauras. Les de St Laon sont en mer, ils ont dû s’embarquer hier et nous arriveront dans une dizaine de jours. Ce sera encore un élément de plus dans la petite colonie française. Nous allons partit sitôt le dîner tous ensemble au lac Laferrière ; les messieurs vont pêcher, je ne sais pas si je serai rentrés à temps pour écrire à Ninie, veux-tu lui communiquer ma lettre, en attendant. Je t’embrasse bien affectueusement, mon cher Francis, compliments à Zopé, Elodie, Jule, Henri, etc... Je compte sur toi pour voir un peu à tout en mon absence, il doit y avoir excès de légumes, oeufs, etc... les oeufs pourraient être conservés si Ninie ne les prend plus étant à Reckem et les légumes offerts à Bon-papa François, Mr le Curé, l’école, etc... Ta Mère qui t’aime E.M. ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Mère (1857-1918) BAY VIEW HOTEL Ville-Marie, Dimanche 9 juin 1907 H.Landréville, Propriétaire Mon cher Francis, Nous avons encore eu cette semaine quelques jours de mauvais temps, pluie et froid, qui ont arrêté les travaux de culture et m’ont empêché d’aller à la ferme, les chemins étaient détrempés et transformés en marais de boue. Depuis 2 jours le beau temps est revenu et tout sèche comme par enchantement, hier Jacques est venu me chercher, j’ai trouvé du changement à la ferme après ces quelques jours. Ils avaient profité du mauvais temps pour travailler aux clôtures qui sont très avancées. Tous les poteaux sont placés et les fils tendus sur plus de la moitié. Jacques était allé abattre des bouleaux dans le bois pour mettre une traverse de bois en haut des piquets (il a fait sortir un chevreuil en traversant le bois) ; de cette façon les bêtes voient bien la clôture et n’iront pas se prendre dans les fils de fer. Demain ils vont continuer à semer leur avoine, ensuite les pommes de terre ; dans la maison toutes les chambres sont finies, chacun a choisi sa nuance : Jacques en bleu, Jean rose, Robert gris blanc et moi blanc. On peint maintenant les vestibules et la cage d’escalier ; je les fais peindre en ton gris pierre, un peu clair. Pas de meuble encore d’arrivés, mais comme André a reçu des lits pour son magasin, je lui en ai pris deux plus celui de Mr Tobias qu’il a recédé à André et au moins les enfants peuvent se coucher dans un lit et ne sont plus piqués des fourmis, comme ils l’étaient en se couchant sur la paille dans la cuisine. On attend la naissance du poulain d’un jour à l’autre. Il y a 25 poussins sur 2 couvées, la 3ème a été manquée, la poule a quitté un moment ses oeufs. Mr Landréville recommence à boire, c’était à craindre avec son bar, voilà la 3ème fois depuis 15 jours et cette fois-ci il y a 3 jours que cela dure ; il a la boisson aimable, il propose à Marie de la promener en voiture, il caresse les enfants, joue avec eux, etc... Monsieur Gaudet prend sa pension ici et s’en donne aussi, mais lui, on n’y voit rien. Il y a bien du monde maintenant ici, des commis-voyageurs, des prospecteurs, etc..., tous gens d’affaires ; le bar est très couru et le soir on y boit et on y rit jusqu’à minuit ou 1 heure du matin. Tout ce monde est convenable heureusement et ne gêne pas les habitants de l’hôtel. André et Paul sont toujours bien contents de leurs affaires et très occupés. Les dames s’occupent de leurs enfants, Lucy a trouvé une bonne et Marie en a aussi une en vue. J’attends de savoir si Eloi veut bien venir ; s’il ne vient pas on me propose un ménage, la femme comme cuisinière, le mari aiderait les enfants, ce sont des bretons, Mr et Mme Tassé, l’homme est employé à la ferme des pères, la femme va en journées lessiver chez Mme Guay qui en fait le plus grand éloge. Mais j’aimerais encore autant Eloi, l’été je prendrai une engagée pour m’aider et l’hiver ils resteraient à trois, Eloi ferait le ménage. Ce ménage Tassé a un bébé de 1 an qu’il faudrait prendre aussi, ce serait plutôt gênant. J’attends avec impatience la 1ère lettre de France et les nouvelles que tu me donneras de tous ; je vais maintenant écrire aux bons-papas et répondre à quelques lettres que j’ai reçues, mon dimanche se presqu’en entier à la correspondance. Je t’embrasse bien affectueusement, mon cher Francis, tous ici t’envoient un affectueux souvenir. Tu t’es fait des amis à Ville-Marie, on te regrette et on espère que tu reviendras !... Mr & Mme Guay sont toujours très aimables, ainsi que toutes les personnes que nous avons été voir. Ta Mère qui ‘aime E.M. Lettre de Mère (1857-1918) BAY VIEW HOTEL Ville-Marie le 16 juin 1907 H.Landréville, Propriétaire Ma chère Ninie, J’ai été ce matin, dimanche , à la messe de 7 heures, afin d’avoir toute ma matinée pour la correspondance ; j’ai retrouvé après la messe mes 3 fermiers qui s’en sont retournés déjeuner et donner à manger à leurs bêtes et reviendront à 11 heures et demie pour assister à une conférence donnée par Mr Lavallée, professeur d’agriculture à Montréal. Nous dînerons ensuite tous ensemble à l’hôtel. Il fait très chaud aujourd’hui, il y a déjà 23° à l’ombre ce matin, la journée s’annonce chaude, il y a sur le lac un brouillard mélangé de fumée, car hier il y a eu aux environs plusieurs feux de forêts, on dit même que 4 maisons ont été détruites ; ces incendies sont très fréquents ici. André a été souffrant cette semaine, il a été pris d’un point violent, suite d’un refroidissement, il a eu passé 40° de fièvre ; le docteur craignait une pleurésie ou une pneumonie, Marie était fort tourmentée mais heureusement les craintes ne se sont pas réalisées et André va maintenant très bien. Il est allé prendre pension à l’hôpital dans une chambre très gaie avec sa femme, les soeurs sont très bien et il a été on ne peut pas mieux soigné. Ici la coutume est d’aller se faire soigner à l’hôpital où l’on est mieux que chez soi et où on a les soins et le docteur à côté. Le téléphone relie l’hôpital à la maison du docteur. André doit reprendre demain sa vie habituelle au magasin. Leurs affaires marchent toujours très bien et, on a pu juger par l’indisposition d’André de toute la sympathie qu’il s’est déjà acquise dans le village. Aujourd’hui, Mr le Curé dans son sermon a parlé du développement que prenait le village, qu’il souhaitait que le village conserve toujours sa piété et que le développement matériel ne nuise pas a ses sentiments religieux, qu’il était heureux de voir quelques bonnes familles chrétiennes augmenter le nombre de ses bonnes et anciennes familles, ceci à notre adresse puisque nous sommes les seules nouvelles familles. Dans une lettre que Marie recevait ces jours-ci, on lui dit qu’à Roubaix, ville des potins par excellence d’avec ses frères et de votre départ probable pour le Canada. Qu’y a-t-il de vrai ? Cette même lettre annonçait aussi le décès du petit Louis Prouvost. Veux-tu, ma chère Ninie, communiquer ma lettre à Francis, je ne lui écrirai pas aujourd’hui. Je n’ai pas encore reçu mes meubles commandés à Montréal, il paraît qu’avec le grève des débardeurs de Montréal, il y a eu un mois de retard dans l’expédition, notre wagon n’est parti que depuis 3 jours. Heureusement j’ai fini par pouvoir procurer chacun lit à mes fils qui avaient dormi 3 semaines sur la paille ; j’espère avoir tous mes meubles dans une dizaine de jours et je resterai alors à la ferme. François apprendra avec plaisir que toutes les semailles sont faites, l’avoine commence à lever. Les bêtes sont dans les pâturages clôturés et on va se mettre maintenant à blanchir les granges à la chaux ; Dans la maison, l’intérieur est presque terminé, c’est très bien. Le pays a maintenant un tout autre aspect que quand François l’a vu. C’est excessivement joli avec toutes ses collines de verdure et de lac où l’on se promène en barque le soir. Marie et Lucy ont leur’avenir sera bon pour eux ! Ils attendent les livres que tu leur annonces, ils auront maintenant un peu plus de temps à eux en attendant la récolte. Ils ont encore à finir le pacage du bois et à peindre la grange. Mr Landréville ne boit plus, il est devenu très bien. Mr Gaudet qui avait pris sa pension ici un moment est retourné chez lui, il boit toujours mais cela ne se voit pas, il en a tellement l’habitude ! Le bar fait bien ses affaires, surtout depuis qu’il fait chaud ! Marie qui avait demandé à Gestie, son amie, de venir chez elle pour l’aider a reçu la réponse. Gestie viendrait très volontiers, mais sa mère est très âgée et ne veut pas la laisser partir. Au revoir, mon cher Francis, je te prie de me rappeler au souvenir de toute la famille ; tous ici t’envoient aussi un affectueux souvenir. Je t’embrasse de tout coeur. Ta Mère qui t’aime E.M. P.S. Veux-tu dire à Henri le jardinier, en lui faisant mes compliments, qu’il me mette une cinquantaine de marrons sauvages de côté, je voudrais en essayer la plantation au Canada. Compliments à Zoé, Jules et Eloi. ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Mère (1857-1918) Ferme Ste Marie, le 12 juillet 1907 Mon cher Francis Jacques t’a écrit la semaine dernière désirant te mettre au courant lui-même de tout ce qui concerne la ferme, il a emporté sa lettre avec lui et devait la mettre à la poste à Ottawa, j’espère qu’il ne l’aura pas oubliée. Il est absent pour la semaine, je l’ai engagé avant la dernière organisation intérieure de sa laiterie, beurrerie, porcherie d’aller voir plusieurs belles installations comme celle des Pérès d’Oka près de Montréal et 1 ou 2 autres et d’aller aussi à la ferme expérimentale d’Ottawa. Il devait aller voir les Pérès du St Esprit en même temps. Il est question d’acheter un moteur (il prendra aussi tous les renseignement). Ce voyage sera très utile, car il est préférable de faire bien tout de suite. Il ira voir les divers constructeurs qui ont tous des succursales à Montréal. Toutes les bêtes vont bien, le poulain est superbe, la jument a beaucoup de lait ; les petits cochons courent déjà avec leur mère dans la cour de la ferme et barbotent à qui mieux mieux dans toutes les petites mares formées par la pluie qui ne cesse pas depuis 2 jours. Tu ne reconnaîtrais plus les bêtes, surtout les vaches si laides, elles ont pris de l’embonpoint, ont un beau poil, on voit qu’elles sont bien soignées. Les travaux avancent lentement car Desrocher est surchargé, il termine la maison de Marie, celle de Lucy, il commence celle de Mr & Mme de St Laon, un agrandissement de magasin pour André et aussi un agrandissement au magasin Gaudet. Nous n’avons que 2 charpentiers qui travaillent à la grange, il y a encore à faire l’annexe du côté des cochons. Le moulin pour l’eau est arrivé il y a 2 ou 3 jours, on a commencé à nettoyer le puits, mais le mauvais temps arrête les travaux aujourd’hui. A la maison il y a encore la galerie à faire, la cave et la peinture extérieure. Je me demande quelles récoltes on va avoir cette année, l’avoine n’a pas plus de 0.15 p de hauteur, les foins sont petits, tout cela va-t-il mûrir à temps. Pour le foin on pourra toujours le récolter, mais l’avoine ? ? ? Les pommes de terre et l’orge sont très belles. Ne te préoccupe plus de me trouver quelqu’un en France, je vais tâcher d’avoir un ménage ici, il paraît que cela se trouve assez facilement pour l’hiver. Au revoir, mon cher Francis, je t’embrasse bien affectueusement ; compliments aux bonnes, Jules, Henri et sa femme, Eloi. Tous tes frères et soeurs t’embrassent. Ta Mère qui t’aime E.M. ---oooOOOooo--- Lettre de Mère (1857-1918) Ferme Ste Marie, le 18 juillet 1907 Mon cher Francis, J’ai reçu avant hier, le 16, ta lettre du 2 juillet ; tu vois il faut une quinzaine de jours pour que les lettres arrivent à Ville-Marie ! Je l’ai sous les yeux afin de répondre à tout ce que tu me dis. J’ai été hier à la banque pour donner le reçu des 50.000 francs qui viennent d’arriver, je suppose que ta prochaine lettre me dira si tu as vendu de mes obligations ou si c’est une avance de la maison Masurel. Au sujet d’André et Paul, je ne crois pas qu’ils aient besoin de capitaux, comme tu as pu le répondre à bon-papa François ; ce que Mr Mathon leur a envoyé doit leur suffire momentanément. Ils augmentent beaucoup leur stock de marchandises, ils sont toujours très satisfaits de leurs affaires. Ils ont donné à Chénier un intérêt dans les bénéfices au lieu de l’augmenter comme il le demandait, afin de l’intéresser davantage à la vente et de se l’attacher. Il est très capable et il ne faudrait pas qu’on le leur enlève. Il y a un nouveau Store qui va s’ouvrir, c’est un monsieur de Montréal qui a acheté le magasin de Bauduin, en face de chez André. Mr Riopel nous a dit que c’avait été acheté hier, cela fera peut-être baisser les prix, car ce sera le seul moyen pour ce monsieur d’attirer la clientèle, nous verrons cela ! Tes photos nous font beaucoup de plaisir, nous les collectionnons et nous en ferons un album. Dés que la galerie sera faite autour de la maison, Jacques prendra la photo pour te l’envoyer. On va commencer lundi, quand les granges seront finies. Pour l’eau, je doute fort que notre puits donne suffisamment tel qu’il est et l’eau est mélangée de sable. On va creuser davantage, Mr Riopel a dû faire la même chose pour son puits, il a de l’eau en abondance, Mr Ranger aussi ; il n’y a pas de doute, nous en trouverons à la même profondeur, c’est la même nappe d’eau. Le moulin est là, mais on attend l’eau pour le monter. Ne paie pas mes notes avant mon retour, je m’en occuperai dés que je rentrerai. Les fermiers attendent leurs livres avec impatience, ils ont eu quantité de brochures à la ferme expérimentale, quand Jacques y est allé. Ce dernier vient d’écrire pour avoir 2 petits cochons de race Yorkshire de cette ferme, ils vont s’attacher à n’avoir que de beaux produits. Les avoines et l’orge sont attaquées par de petits pucerons qui font jaunir toute la récolte, c’est général. Le père Moffet qui a la plus belle avoine de la région n’en est pas exempt non plus, Jacques l’a consulté. Il dit qu’il n’y a rien à faire, que peut-être le soleil va faire disparaître tout cela et qu’il ne faut pas s’en tourmenter encore. Les pommes de terre sont magnifiques. Je pars tout à l’heure à Lorainville voir un ménage tout à fait bien que m’a recommandé Mme Bellangé. Je les ai vu lundi, ils m’ont plu beaucoup tous les deux. Ils n’ont pas d’enfants, ils ont l’un et l’autre de 30 à 40 ans. La femme a été un certain temps chez MR Forget à Montréal avant d’habiter le Témiscamingue. Ce ménage rend beaucoup de services aux pères depuis nombre d’années, le mari aux chantiers et la femme pour la cuisine. Tout le monde en fait grand éloge. La seule difficulté est le prix, un bon gage seul pourrait les tenter. Ils ont une terre à eux avec une petite maison. On m’avait dit que le gage ici était de 25 à 30 piastres par mois. Ils ne veulent pas venir à ce prix-là. On m’en a dit tant de bien et c’est tellement difficile à trouver que je vais tâcher de les avoir au moins pour cet hiver si leurs prétentions ne sont pas trop élevées. Jusque maintenant je tiens toujours le ménage, mais je ne serai pas ici toujours et il faut absolument quelqu’un. T’ai-je demandé de payer la note de Mr Nuttin pour ce qu’il m’a expédié ; elle se monte à 92.05, je n’ai encore rien reçu. Je viens d’écrire à Mr Prévost, l’expéditeur de Montréal pour les réclamer. Vendredi après-midi J’ai interrompu ma lettre pour aller à Lorinville, je ne suis pas encore fixée pour ce ménage, la femme n’étant pas chez elle je n’ai vu que son mari, Mr Crevière, il m’écrira un mot d’ici 2 ou 3 jours, on ne pourra les avoir à moins de 40 piastres par mois, mais ils ont tant de capacités tous deux que je crois qu’ils nous feraient regagner cette dépense. Le mari a lui-même défriché 100 acres, construit tous ses bâtiments, maison , grange, etc... il sait mettre la main à tout. La femme est capable non seulement de tenir le ménage, mais de s’occuper de tout ce qui concerne la ferme, elle fait même le pain à la perfection. Ils me paraissent désirer venir chez nous et j’espère qu’ils accepteront pour 40 piastres. En passant chez Bellehumeur nous nous sommes arrêtés pour commander un distributeur de fumier ; Jacques, grâce à son voyage à Montréal était au courant des prix, il a obtenu de Mr Bellehumeur de l’avoir au prix coûtant. C’est le premier que Mr Bellehumeur vend dans le pays et il espère que cela lui en fera vendre d’autres. On commencera les foins dans une huitaine de jours probablement ! Au revoir, mon cher Francis, je t’embrasse bien affectueusement, tous tes frères et soeurs se joignent à moi. Compliments à tout le personnel. Ta Mère qui t’aime E.M. ---oooOOOooo--- Lettre de Jean Masurel (1890-1917) Ferme Ste Marie, Dimanche 20 juillet 1907 Mon cher Francis, Voilà déjà longtemps que tu réclames de nous une longue lettre qui doit te renseigner sur tout ce qui s'est passé à la ferme depuis ton départ. Je crois que Jacques l'a déjà fait, mais assez brièvement. En tous cas je tâcherai de ne rien oublier afin de te satisfaire. Pour la première fois aujourd'hui depuis que les de St Laon sont arrivés, nous avons eu ce bonheur de ne pas recevoir et de ne pas être reçus: nous tenions absolument à faire le tour de notre propriété que nous n'avions pas encore fait, aussi nous passerons la journée ici au lieu d'aller dîner chez Marie qui reçoit le reste de la famille plus les de St Laon et Mr La Perrière. Cela me permettra de mettre au courant notre livre de compte que Jacques nous a rapporté de Montréal et que je n'avais pas encore pu mettre en ordre: Mère m'aidera dans le début et ensuite j'en sortirai facilement car notre comptabilité n'est pas encore bien compliquée jusqu'à présent. Je te mettrai de temps en temps au courant de nos exploits, tu pourras ainsi juger si nous faisons de sensibles progrès. Je viens d'être interrompu par Mère qui avait vu une souris dans la cuisine et qui se précipitait dans la salle à manger en poussant des cris de frayeur ; pour la rassurer nous avons été l'assommer ; cela n'a pas été long et je viens continuer ma lettre pour pouvoir la finir avant le dîner si possible. Le lendemain de ton départ, le maquignon possesseur des deux fameuses grises venait lui-même à la ferme tenter une dernière démarche ; il nous offrait 525 piastres pour la team, mais quand il vit qu'il n'y avait rien à faire au delà de 500 piastres, il s'est vu forcer de céder et nous montâmes dans sa voiture pour aller chercher cette paire de chevaux tant désirée. Une chose est certaine, c'est que j'ai admirablement réussi et chaque jour presque on me félicite du bon marché que j'ai fait comme on dit dans le pays. Cependant on ne peut pas dire qu'elles n'ont pas de défaut: toutes les deux ont le pied gauche de devant un peu en dehors, mais il faut faire bien attention pour le remarquer tant le défaut est petit. En plus des 10500 piastres de l'achat de la ferme, cela nous faisait encore 500 piastres à sortir de notre poche. Mais quelques semaines après, nous vendions 3 tonnes de foin à 14 piastres 1/2 la tonne rendu au quai, mais comme nous étions à ce moment là en plein labour, nous l'avons fait charrier à 1 piastre la tonne, ce qui ne nous faisait plus que 13.5 piastres, total 40.50 piastres. A la suite de cela venaient plusieurs achats, entre autre 11 sacs de pommes de terre de semence au total 12.50 piastres, quatre boeufs à engraisser 80 piastres, des fils de fer à clôture pour une quinzaine de dollars et un tas de petits achats divers qu'il serait trop long de mentionner. Comme rentrées, outre le foin, nous avons touché des oeufs, 2 sacs de pommes de terre revendus, nos brebis qui n'étaient pas pleines du tout et la laine de ces3 brebis au total 8.50 piastres (rien que la laine). La truie, le 4 juillet seulement, nous donnait 8 beaux jeunes, dont un est mort quelques heures après sa naissance et un autre beaucoup plus petit que les autres et toujours battu par eux que nous avons été obligé de tuer. Deux jours plus tard, le 6, la poulinière nous donnait un magnifique poulain, une jument que nous avons appelé "Zora". Ce poulain et tous ces petits cochons se portent à merveille et nous consolent d'avoir attendu si longtemps après tout ce petit monde qui égaie maintenant si bien notre ferme. Les deux allonges de dix pieds de chaque côté de la grange sont terminées. Tous nos outils agricoles sont révisés et il nous reste encore suffisamment de place pour y placer notre moteur et les différents agrès qui y ont rapport. Nous ferons nous même l'intérieur de notre porcherie qui pourra contenir certainement une trentaine de cochons. Le seul habitant de ce nouveau bâtiment, le cochon acheté avec la ferme, est maintenant à point et le boucher viendra le chercher demain. Il ira, croyons nous à 160 ou 180 livres (12 cents la livre). Nous avons commandé à la ferme expérimentale à Ottawa deux petits cochons de deux mois de race pure pour commencer notre élevage ; cela nous coûte 75 frs (piastres?) sans le transport. Nous n'achèterons pas de vache cet hiver ; le foin étant peu abondant dans tout le pays se vendra un prix exorbitant et paiera beaucoup plus que d'élever des vaches et d'en vendre le lait (conseil donné à Jacques à la ferme expérimentale). Cela nous épargnera en plus un grand travail et nous permettra de nous occuper du moteur et du défrichement. Nous avons commandé un distributeur de fumier automatique, instrument indispensable à quiconque veut faire une bonne culture et épargner la main d'oeuvre. N'ayant pas de voitures potables nous avons été obligés d'acheter un "Express" à deux chevaux ainsi qu'un harnais de luxe. Mes deux grises font très belle figure dans cet équipage. Nous commencerons nos foins demain si le temps se maintien beau : jusqu'ici nous avons été favorisés ; ce n'est pas comme en France à ce qu'il me semble. La récolte d'avoine a souffert cette année d'un insecte assez nuisible mais qui tend à disparaître. Les pommes de terre par contre sont splendides et s'annoncent très belles. Comme tu as du l'apprendre par Mère, la (jument) noire de Jacques a eu un accident dans les clôtures, mais la voilà remise et prête à commencer les foins demain. Le vétérinaire a quitté Ville-Marie pour retourner rejoindre sa femme dans l'ouest, il est placé par le gouvernement. Il est probable que nous en aurons un nouveau ; en tout cas c'est à souhaiter. Nous espérons recevoir bientôt les livres que tu as achetés pour nous: ils seront utiles dans bien des cas je suis sûr. Nous comptons sur l'arrivée d'Albert et d'Edmond samedi prochain ; ils nous apporterons des nouvelles sur Tourcoing et Mouvaux, mais je crois bien que tu nous annonces tout ce qui peut nous intéresser. Si tu as un moment de temps écris nous, tu sais que cela nous fait toujours beaucoup de plaisir. D'ailleurs on ne peut pas jusqu'à présent se plaindre de manquer de nouvelle de nouvelles de ton côté. Fais bien des compliments de ma part à tout le personnel du château Masurel et dis leur que tout le monde ici se porte à merveille. Quant à toi, mon cher Francis, en attendant le plaisir de te lire, je te serre affectueusement la main. Ton frère dévoué Jean P.S. J'ai oublié de te dire qu'il fallait joindre aux achats un moulin à faucher. Nous l'avons acheté à Riopelle, agent de la marque "Mc Cormick". Suit un mot de son frère Jacques: Mon cher François, Si tu veux me faire un grand plaisir, envoie moi ma selle que j'avais pour monter Polo, car ici j'ai souvent envie de monter à cheval à cheval mais malheureusement je n'ai rien et pour en acheter une il faudrait mettre un très grand prix pour avoir quelque chose de très laid ; si tu pouvais la confier à Mr Pierre Mathon ce serait parfait. Nous en aurons bien soin afin que tu puisses t'en servir quand tu viendras nous voir dans un an ou deux. Bonne poignée de main de ton frère dévoué Jacques ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Mère (1857-1918) Ferme Ste Marie, le 26 juillet 1907 Mon cher Francis, C'est enfin sur mon bureau américain que je t'écris ; il est arrivé avant hier, après avoir mis 2 mois pour faire le trajet de Montréal à ici ; il ne manquait plus que cela à la commande que j'avais faite. Je l'ai placé dans le salon entre les 2 fenêtres, à la 3ème fenêtre, j'ai groupé une table et quelques fauteuils. Dans l'encoignure de l'autre côté il y une banquette, quelques chaises et une table avec journaux, brochures etc... Cette salle est très pratique, dans le bureau on a déjà casé les livres de comptes, papier à lettres etc... au dessus, tous les livres (Jacques a reçu les 2 volumes de Dictionnaire Usuel de Chirurgie et Médecine Vétérinaire). Cela paraît bien. Nous attendons Edmond et Albert samedi ou lundi. Jacques leur a écrit à New York pour les avertir que le dimanche, il n'y avait pas de départ de bateau, car ils avaient écrit qu'ils arriveraient dimanche soir pour repartir mardi. On ira au quai demain si on ne reçoit pas de dépêche! Nous avons aujourd'hui une forte tempête, malgré cela Jacques vient de partir à Ville-Marie avec ses chevaux et le Barn pour porter à Loisel, le boucher, un cochon que Robert a engraissé et qui est superbe. Il l'achète à 0.14 cents la livre dépecé. Jacques vient d'écrire pour en demander deux autres à la ferme expérimentale ; ce sont des Yorkshire qu'il avait vus lors de sa visite, il y a une quinzaine de jours. Dés que le temps le permettra, on va se mettre aux foins, lundi probablement. La récolte ne vaudra pas celle de l'an dernier paraît-il, mais elle sera assez bonne. Les 2 moulins à faucher sont tout prêts à fonctionner. On n'attend que le soleil qui ne fait pas souvent défaut ici. J'ai vu Lucy hier qui m'a dit avoir reçu ta lettre, elle n'a pas pu me la montrer parce que Paul l'avait gardée dans sa poche. Elle m'a dit que Mr Marescaux avait demandé un plan de la propriété, y aurait-il enfin un amateur? J'en serai ravie, car pour nous trois, une petite maison en ville serait bien plus agréable et moins coûteux. Je préférerais, s'il le fallait, faire un sacrifice pour vendre et laisser pour 225 ou même 200. Si tu crois qu'on ne pourrait pas obtenir 200, on pourrait laisser jusqu'à 190, mais pas au-dessous, ce serait bien bon marché pour une propriété comme celle là et il me semble qu'il serait préférable de la garder encore un moment! Je te remercie de m'avoir envoyé la feuille des départs des transatlantiques. Le 19 septembre, je ne crois pas être déjà en mesure de revenir, j'aimerai mieux le 10 octobre. Je quitterai Ville Marie au commencement d'octobre avec Robert et Suzanne. J'irai voir l'école où sera Robert et pour laquelle je me renseigne en ce moment, je passerai quelques jours à Montréal et je partirai le 9 pour New York. Dés que je serai bien décidée, j'écrirai à la Compagnie Transatlantique pour retenir ma cabine. Au revoir, mon cher Francis, je t'embrasse affectueusement. Tous tes frères et soeurs se joignent à moi. Ta Mère qui t'aime E.M. ----ooooOOOOoooo---- Lettre Lucy Mathon-Masurel (1884-1917) 2 août 1907 Mon cher Francis, Je me disposait à t'écrire hier soir lorsque Mme Guay, suivie de Mme et Mr de St Laon et de leurs filles sont arrivés. Les de St Laon n'ont pas fait long feu, ils étaient tout en foufelle par l'arrivée de deux ingénieurs qu'ils avaient connus sur la Provence lors de leur dernière traversée ; quant à cette bonne Mme Guay, elle ne m'a quittée qu'à 9 heures 1/2, ce n'est pas bien tard tu me diras, mais je t'assure qu'avec la vie que je mène en ce moment j'ai besoin de mes 9 heures de sommeil pour ne pas me tuer complètement. Je t'assure que pour l'instant ma vie est loin d'être folichonne et que par moment je regrette la vie facile de Roubaix ; la cause de tous ces ennuis c'est que je n'ai pas de domestique, je suis installée chez moi depuis huit jours seulement, cette huitaine m'a suffi pour voir combien il est pénible de devoir tout faire soi-même, la cuisine à entretenir, la maison, soigner les enfants, raccommoder, que sais-je encore ; avec cela Eugénie a du te faire part de ce que je lui disais dans ma lettre, je puis te confirmer la nouvelle, encore "un moutard en route", je ne suis pas ravie du tout, aussi ne me félicite pas je t'en prie. Je n'aime pas du tout que l'on en parle. Je suis honteuse de tant gémir, mais cela vous console un peu de vous plaindre. Ta bonne et longue lettre m'a fait un réel plaisir, aussi j'espère que tu te donneras encore la peine de m'écrire de temps en temps, tu seras la chaque fois avec le même plaisir. Ici, comme diversion, nous avons eu le passage d'Edmond Masurel et d'Albert Ternynck. Ils étaient très gais, aussi avons nous eu beaucoup de plaisir avec eux, ils nous ont donné des nouvelles de tout le monde. Tu n'a pas idée comme cela fait plaisir d'entendre parler de son clocher et de tout ce qui s'y rapporte. Albert nous a donné quelques petites séances de souplesse qui nous ont fait beaucoup rire, il avait mis pour l'occasion un petit chapeau à Marie avec un de ses palitou (?) sac, il était épatant imitant la parisienne (mauvais genre) dans la perfection. Ils nous ont dit que Madeleine Masurel était fiancée à Gaston Ternynck, ceci tout à fait entre nous car le chose est encore tout à fait officieuse, il ne faudrait pas que la nouvelle s'ébruite et que l'on sache que c'est par nous. Edmond paraît très heureux de sa décision, je lui ai dit ton opinion sur sa fiancée, il en a été très satisfait et m'a dit "Ah bien, je suis bien content de savoir ce que pense François, j'attache toujours de l'importance aux conseils et avis qu'il me donne" ; cela m'a fait plaisir d'entendre faire ainsi ton éloge indirect ; ne m'en veut pas de le répéter si bonnement. Et l'affaire de Prouvost où en est elle? Ninie est-elle toujours disposée à partir au Canada, et Charles lui...je le croirai parti quand je le verrai arriver. Quant à toi nous t'attendons au printemps prochain. Mère projette de monter une brasserie pour un de ses fils, il faut que tu y apportes tes lumières et tes conseils. Ca serait trop fatiguant pour Mère, monter l'affaire à elle seule. Si Ninie se décidait aussi nous serions enfin au complet ; quel bonheur et comme je voudrais déjà en jouir de ce bonheur... Embrasse pour moi Ninie et ses enfants, mon meilleur souvenir à Charles. Quand tu verras les deux grands-pères dis leur que je les embrasse et que je pense souvent à eux bien que je ne leur écrive que bien rarement. Quant à toi, mon cher Francis, je te quitte en t'embrassant de tout coeur. Lucy ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Mère (1857-1918) Ferme Ste Marie, le 2 août 1907 Mon cher Francis, Je réponds à ta lettre du 18 juillet où tu me dis qu'il pourrait y avoir un acheteur sérieux pour Mouvaux, en Mr Maurice Caulliez. Ta prochaine lettre me fixera probablement à ce sujet. Si Mr Maurice Caulliez achète, je suppose que c'est pour en jouir tout de suite et tu seras obligé de faire déménager tout ce qu'il y a dans la maison avant mon retour. Bon-papa Jonglez pourrait peut-être donner l'hospitalité à mes meubles dans les magasins qui restent encore libre et Mr M.Caulliez reprendra peut-être différentes choses qui sont faites pour la maison comme les tapis, les intérieurs de cheminées. J'ai fait un inventaire sur un cahier que tu trouveras dans mon bureau, dans le tiroir de gauche ou l'armoire de gauche. Les prix d'achat sont marqués. Si tu ne trouvais pas, le mieux, c'est de faire estimer par Morel les objets que Mr M.Caulliez pourrait reprendre. C'est lui qui a presque tout fourni. Tu peux vendre mon piano à queue si tu trouves un amateur. Dans le cas où on vendrait, où crois-tu habiter? J'aimerai de voir avant de louer, je ne veux rien acheter, ni bâtir ; je trouverai bien l'hospitalité chez Bon-papa Jonglez en attendant d'avoir une maison, à moins que tu ne m'en proposes une que je connais, je pourrai alors te télégraphier mon avis...Mais je doute fort que la campagne se vende aussi bien. Si tu vois J.Desurmont avant son départ, ce qui n'est pas probable avec le temps que les lettres mettent en route, tu le remercieras et tu lui diras que j'aurais été fort heureuse de profiter de sa société pour revenir, mais je ne sais pas encore si je pourrai quitter à cette époque là! J'ai enfin engagé un ménage ; celui dont je t'ai parlé dans ma dernière lettre, Mr et Mme Crévier. Mme Crévier est venue quelques jours pendant qu'Edmond et Albert étaient ici, elle est repartie hier et reviendra avec son mari dans 2 ou 3 jours. Elle est très bien, c'est une femme de 44 ans, bonne cuisinière, active et avec cela gaie et causante ; ce sera très bien pour tenir le ménage des enfants. Elle sait mettre la main à tout. Le mari, je le connais moins, mais il paraît aussi agréable que sa femme. Je n'ai pas pu les avoir à moins de 40 piastres par mois...les enfants sont très contents de leurs engagés comme on dit ici. Il fait du très mauvais temps pour les foins, Jacques et Jean ont fauché une matinée ; ils ont été obligés d'arrêter à cause de la pluie. Aujourd'hui il fait froid, ils ne recommenceront pas avant lundi. Espérons que le temps sera remis! Les travaux de la maison avancent, le calorifère est posé, la galerie couverte et planchéiée. Quant à l'eau, on fait un nouveau puits qui donne bien du tourment, les tuyaux se bouchent à cause du gravois qu'on rencontre, mais on trouve de l'eau et on espère avoir bientôt fini. Il y a 6 ouvriers chaque jour, charpentiers et ouvriers de Brother. Tous les animaux sont superbes, le poulain vient bien, les cochons se développent à vue d'oeil, les poussins deviennent des poulets. Pour la première année tout a réussi à merveille. Nous attendons d'un jour à l'autre un envoi de 2 porcelets Yorkshire de la ferme expérimentale. Mr Crévier nous amène sa vache qui est très bonne, nous n'en achèterons pas d'autre cette année à cause de la rareté du foin, il y aura plus d'avantage à vendre le foin qu'à faire du beurre. Les ménages Mathon vont très bien, Lucette est ma pensionnaire depuis quelques jours afin de soulager sa maman qui n'a pour aide qu'une fillette de 14 à 15 ans qui ne vient que pour la journée et il n'y a pas possibilité d'en trouver d'autre, même en payant! Marie a également une jeunesse de 18 ans, mais qui peut loger chez elle. Edmond et Albert sont arrivés dimanche soir et ont passé leur journée de lundi avec nous; nous avons été fort heureux de les revoir et notre temps s'est passé agréablement. Ils sont venus souper à la ferme et ont dîné chez Marie. Le dimanche soir nous nous étions tous réunis à l'hôtel pour leur arrivée. Au revoir, mon cher Francis, je t'embrasse bien affectueusement, compliments aux bonnes. Ta Mère qui t'aime E.M. ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Mère (1857-1918) Ferme Ste Marie, le 10 août 1907 Mon cher Francis, Je n'ai pas reçu de lettre de toi cette semaine, je te suppose en promenade à Boulogne ou ailleurs ; ici, il n'est pas question de vacances en ce moment, on fait les foins depuis 8 jours, on a déjà rentré 13 grosses charges, on aurait pu en faire davantage si la pluie n'était pas venue retarder plusieurs fois. On a fauché toute la partie du côté des granges jusqu'au bois, mais tout n'est pas rentré. Ils espèrent pouvoir rentrer le reste aujourd'hui et commencer lundi la partie du côté de chez Riopelle, c'est le plus beau morceau. Ils ont arrangé la fourche américaine à leur grange, cela va beaucoup plus vite, on y attelle un cheval. Dimanche, nous avons encore eu une naissance, la vache blanche nous a fait la surprise de nous donner un veau. Elle était chez Riopelle avec les 4 boeufs achetés à Alice parce que Mr Riopelle a trop d'herbe et nous avait proposé de les prendre, et le matin, en passant pour aller à la messe nous avions vu la vache avec un pis tellement enflé que l'on se demandait si elle avait vêlé ou si elle était sur le point de le faire. Jacques est donc allé après la messe chez Mr Riopelle qui avait trait la vache le matin, mais elle n'avait pas donné son veau. On n'a pas pu la reprendre à ce moment là, elle était repartie dans le bois, et le soir on est allé à sa recherche. Mr Riopelle avait eu soin de lui attacher une clochette, on l'a trouvée avec son veau, une belle petite génisse rousse qu'on a ramené à l'étable. Tout cela se passait à 8 heures du soir, au moment où nous étions prêts à partir passer la soirée chez Mme Guay. Jean et Robert sont restés et nous sommes partis à 3, Jacques, Suzanne et moi. Il y avait chez les Guay une trentaine de personnes, toute la haute société de Ville-Marie, les Tremblay, Filteau, Bastien, Bouillane, Laur, Aubin et d'autres. On a fait de la musique toute la soirée jusqu'à 11 heures et demie. On a bien de la peineà trouver de l'eau dans la propriété ; le puits est insuffisant, on a creusé à 5 endroits, on est toujours sur la roche, on sera probablement obligé de creuser un puits comme chez nous au lieu d'un puits artésien. Le calorifère est presque monté. La galerie se termine. Il restera la cave à planchéier, mais on laisse cela pour le dernier parce qu'il faut faire passer les tuyaux d'eau d'abord. Jacques a reçu ses 2 petits cochons de la ferme expérimentale, 2 Yorkshire, un verrat et une truie ; le verrat est un peu plus jeune, on les avait demandés de mères différentes pour le croisement. Ils sont très beaux. Je t'embrasse affectueusement, mon cher Francis, tous tes frères et soeurs se joignent à moi. Ta Mère qui t'aime E.M. P.S. Les livres que tu as fait expédier sont arrivés à bon port avant-hier, ils semblent très bien faits ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Mère (1857-1918) Ferme Ste Marie, le 16 août 1907 Mon cher Francis, J'ai reçu ta lettre du 2 août à ton retour du Touquet et les enfants ont reçu les cartes postales que tu leur as envoyées et dont ils te remercient. On est en pleine récolte de foin, il y a déjà 30 tonnes environ de rentrées et il y a encore à faucher toute la partie du côté des Riopel. Le foin récolté jusqu'à maintenant est très beau. Aujourd'hui il pleut, on n'a pas pu faucher, cela force nos fermiers à se reposer mais il faudrait que cela ne dure pas car il est temps de terminer. Le samedi on ne fauche pas à cause du dimanche où on ne peut pas étendre le foin, ce sera donc pour lundi qu'on recommencera, il y en a bien pour toute la semaine. La récolte d'avoine sera moins mauvaise qu'on pensait, je crois bien qu'il y en aura suffisamment pour les besoins de la ferme. La galerie se termine autour de la maison, dimanche nous prendrons quelques photos. Cette semaine j'ai pris Jacques et Jean pendant qu'ils étaient tous deux sur leur moulin à faucher. On fera développer toutes ces photos pour te les envoyer. Et la campagne est-elle vendue? Si la vente se fait, je désire garder mes plantes vertes et les plantes de serre qui pourraient résister dans les appartements, ma collection de bégonias qui sont en massifs, ce sont des tubercules qu'on enlève à l'automne et que je garderai pour mon jardin. Quant à la collection de chrysanthèmes, tu peux le recéder à Mr Maurice Caulliez, en m'en réservant une quinzaine. Pour les bancs, chaises de jardin, outils de jardinage, échelles, etc... c'est du mobilier qui ne va pas avec la propriété et qui doit être repris aussi. On pourrait se réserver un banc, une table et quelques chaises. Le bois à brûler serait également à reprendre ainsi que les fagots par l'acheteur. Veille à mes intérêts. Tu me parlais de la maison de Mr Lemaire-Caulliez en cas où la mienne serait vendue, ce serait en effet très bien mais je préfère louer qu'acheter. Je ne veux plus me mettre de propriété sur les bras maintenant ; si Mr Lemaire ne voulait pas louer, on chercherait ailleurs; mais j'aimerais beaucoup cette situation là qui ne me ferait pas quitter St François. Samedi soir Hier ma lettre a été interrompue par une chasse au chevreuil. Un superbe chevreuil se promenait sur la lisière du bois, Jean et Mr Crévier sont partis avec le fusil de Mr Crévier, ils ont tiré 3 coups, sans se montrer, mais probablement que l'émotion de ce 1er tiré de chevreuil avait enlevé à Jean son adresse, il l'a manqué et plus de cartouche. Le chevreuil regardait autour de lui sans bouger et Jean et Mr Crévier s'en revenaient en rampant dans les herbes pour rechercher des cartouches quand Jacques et Robert sont arrivés et ont effrayé le chevreuil qui est reparti. Mme Crévier et moi comptions déjà sur un bon rôti de chevreuil à offrir aux Mathon, mais ce sera partie remise. Nous avons aussi quelques ours dans le bois. J'ai permis à Jacques et à Jean d'acheter une carabine pour ces sortes de chasse, il est bon qu'ils aient une arme. Mr Lefebvre, notre voisin, a justement une excellente carabine qui porte à 2 miles et avec laquelle il a tué dernièrement un orignal plus gros qu'un cheval, il veut bien la recéder pour 36 piastres, il s'en fera revenir une autre par son fils, ce sont des armes contrôlées par le gouvernement et qu'on ne trouve pas à se procurer ici. Demain je reçois ; Mme Crévier nous confectionne des tas de gâteaux de toute espèce car elle s’aperçoit qu'on les aime et qu'on y fait honneur. Quant au menu il ne peut être bien varié: boeuf ou mouton, j'ai fait tuer 2 poules que nous mangerons à la mode canadienne, bourrées avec des patates, oignons, etc... au Canada on ne connaît pas les fins plats, on ne s'en porte pas plus mal. Au revoir, mon cher Francis, je t'embrasse bien affectueusement, tous tes frères et soeurs se joignent à moi, Marie m'a dit qu'elle t'avait écrit une longue lettre! Ta Mère qui t'aime E.M. ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Mère (1857-1918) Ferme Ste Marie, le 22 août 1907 Mon cher Francis, Nous avons eu dimanche réunion à la ferme de la colonie française augmentée de deux jeunes gens, Messieurs Bénard de Paris. Te rappelles-tu que nous avons fait la traversée avec les parents de ces jeunes gens, qui étaient mes voisins de cabine et qui venaient rejoindre leurs fils. Ils se sont d'abord installés à Montréal et les jeunes gens sont partis visiter l'ouest puis la région du Témiscamingue. A Ville-Marie ils ont appris que nous y étions et sont allé voir immédiatement ces Mrs Mathon. Marie m'a téléphoné (car nous avons le téléphone maintenant) et je lui ai demandé d'inviter de ma part ces jeunes gens à dîner pour le lendemain dimanche. La réunion a été très gaie, ces jeunes gens sont charmants et ils se plaisent si bien ici qu'ils ont écrit à leurs parents de venir les rejoindre et il est très probable qu'ils se fixeront aussi à Ville-Marie. Ils ont passé toute la semaine à aider André, pour charger et transporter ses marchandises, avoine, sel, etc... et il paraît qu'ils sont très forts et très résistants. Ils vont passer leur soirée tantôt chez l'un tantôt chez l'autre. On attend les parents aujourd'hui ou demain. Tes livres ont déjà rendu service, Belle de la Team de Jacques a été malade et le livre nous a indiqué sa maladie, c'était des coliques de la vessie, on l'a soignée immédiatement, en deux jours c'était fini. Il n'y a plus de vétérinaire à Ville-Marie, ces livres vont être très utiles. On a vendu au boucher 3 des boeufs d'Alice pour 80 piastres, ce qu'on avait payé pour 4 bêtes ; on va vendre également le petit veau qui a 3 semaines, car maintenant on fait le beurre, il y aura plus de profit à s'en défaire tout de suite. Les foins sont presque terminés, on compte sur une soixantaine de tonnes. Le moulin à vent sera terminé demain, on pose la pompe et la roue aujourd'hui. Le puits se creuse à la pelle, en dessous du moulin à vent, à la même place que l'ancien. On peint la façade ; le toit est rouge, la façade blanche avec les encadrements des fenêtres bleus (les couleurs nationales). On attend que ce soit terminé pour prendre les photos. Desrocher promet que tout sera terminé pour le 1er septembre. J'ai de la peine à le croire. J'ai écrit pour retenir ma place pour le 26 septembre sur la « Lorraine ». Il y a une exposition agricole à Ottawa le 22, Jacques m'accompagnera jusque là et je conduirai Robert chez les Pères du St Esprit qui ouvrent leur école le 1er octobre. C'est encore là que Robert sera le mieux, après renseignements pris sur les autres écoles. J'ai reçu ta lettre du 7 août, ainsi que Jean. Tu te plains de ne pas avoir de détails sur l'installation de Marie et Lucy, je croyais t'en avoir parlé dans une de mes lettres. Marie a une véritable petite villa de bains de mer, très coquettement arrangée, elle est très confortable en même temps avec salle de bains, WC, etc... Celle de Lucy s'arrange et sera très commode. Quant aux enfants, tu dis que je n'en parle pas, il vont très bien. Toto a eu beaucoup de chagrin de ton départ et il est fort heureux de voir ton portrait sur le buffet chez lui. Ce Toto est connu de tout Ville-Marie où on le rencontre seul à tout à toute heure du jour, il se débrouille très bien, fait les courses de sa maman et travaille dans la cour du magasin quand on veut bien le laisser faire. Ils sont tous on ne peut mieux portants. Luce est ma pensionnaire, elle ne veut plus retourner chez elle. Au revoir, mon cher Francis, je t'embrasse bien affectueusement, tous tes frères et soeurs se joignent à moi. Ta Mère qui t'aime E.M. ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Marie Mathon-Masurel (1882-1954) Le Sourire, Ville-Marie, août 1907 Mon cher Francis, Si je ne t'ai pas encore écrit depuis que tu nous a quitté c'est que je savais que tu avais de nos nouvelles par Mère ; mais je vois part tes lettres que les moindres détails t'intéressent, je vais donc te causer un peu plus longuement des gens de Ville-Marie, car ceux de la ferme on les voit relativement très peu. Si tu pouvais revenir au Canada maintenant tu trouverais bien du changement. André se propose toujours de t'écrire pour te mettre au courant des affaires, mais tu sais à quel point il est occupé, je vais essayer de le remplacer. Premièrement, ils ont doublé leur magasin ; ils ont fait derrière un immense hangar à un étage. Tu sais, n'est-ce pas, qu'ils ont acheté il y a quelques mois la banque et la maison de Mr Law, et bien c'est dans le jardin de ces 2 maisons qu'ils ont construit leur hangar. Chénier est effrayé de l'essor qu'a pris l'affaire en si peu de temps ; on commande le double que du temps de Tobias et il n'y en a jamais assez. Ils ont ajouté aussi de nouveaux rayons tels que les meubles; pour te donner un exemple, ils ont commandé 18 chambres complètes, elles sont arrivées il y a quinze jours, il n'en reste que 3! et tout va de même... Ils ajoutent à leur store un commerce de foin et de patates. Mr de St Laon est associé pour un tiers, il donne des capitaux bien entendu. Voici en quoi consiste cette affaire qui est un peu dépendante de la première: on achète le foin en août, au moment de la récolte, pour les pommes de terre c'est la même chose. Nos habitants paient leur note en foin, puis nous le plaçons dans les hangars qu'ils viennent de faire construire puis en avril, mai, juin, quand le foin et les pommes de terre sont hors prix et qu'on se bat pour en avoir alors ils viendront et retireront un très joli petit bénéfice. Cette année en juin ils ont du faire venir des pommes de terre d'Hailybury et on aurait gagné 1 dollar par poche ; tu vois le bénéfice... Il était aussi question qu'ils reprennent les eaux de la ville, mais il aurait fallu pour cela graisser la patte à Riopelle le maire. Ils y ont renoncé. Encore autre chose qui n'est encore qu'en pourparler et pour laquelle ton secours nous sera très utile. Tes deux américains sont venus et ont été d'une très grande amabilité avec nos maris ; ils devaient prendre le thé chez nous hier mais ils ont du repartir assez brusquement. Voici la proposition qu'ils nous ont faite. On a découvert à Fabre tout dernièrement des mines d'or tout à fait pur et en grande quantité. Nos américains ont acheté des terrains pour y construire toute une ville de plaisirs et d'amusements, on y fait un jardin public, etc, etc... Voici le rôle que nous devrions y jouer ; ces messieurs nous donnent le terrain pour rien et nous devons y faire un store succursale de la maison Mathon Frères ; il peut se faire entre les 2 maisons un échange de marchandise qui serait très profitable aux deux. Voici ce que nous leur avons proposé: faites bâtir, nous vous louerons et nous tiendrons le store. Ils voudraient même que nous fassions de la banque ; ce serait assez facile, si la ville prend nous demanderions à Mr Law de se mettre avec nous, il a déjà tenu un store dans le temps et serait très à même de les aider ; on lui donnerait un intérêt quelconque sur les bénéfices. Pour cette affaire ce sera, ou un four complet, ou on ramassera un très jolie fortune. Je suis beaucoup plus penchée à croire que la dernière supposition sera la vraie, car ces découvertes de mines vont forcément amener du monde. Ces Messieurs vont aller à Bruxelles d'ici peu et veulent te voir et te causer de tout cela. Tu serais bien gentil de faire tout ton possible pour les voir et même les faire aller jusqu'à Mouvaux leur montrer la filature, etc... Ils auront ainsi une opinion assez bonne des gens auxquels ils s'adressent et nous donneront la préférence. Voici tout ce qu'il y a de neuf pour les affaires. Ma maison est tout à fait terminée et, sans vouloir me vanter, est vraiment très jolie. Le conseil que tu m'a donné de mettre une porte à petits carreaux entre le salon et la salle à manger était excellent, aussi tout le monde veut me copier. Nous avons deux superbes chevaux mais pour les affaires je t'assure qu'ils ne chôment pas. Le dimanche nous ??? mettrons bien souvent avec les de St Laon et monsieur Laperrière qui est devenu un de nos bons amis. C'est un monsieur tout à fait distingué, ayant beaucoup voyagé, il s'occupe de mines ; ainsi en ce moment il est parti pour 2 mois dans les bois, il cause plus facilement l'anglais que le français ce dont j'ai été enchantée, car nous avons pris l'habitude de causer l'anglais que j'ai presque complètement rattrapé. Les enfants vont très bien. Toto est devenu l'inséparable de Coco. On ne les voit jamais, ils jouent dans les hangars de Lucy à faire les ouvriers dont ils ont d'ailleurs l'accent. Toto me sort quand il ne sait pas faire quelque chose des?? je suis pas capable des quantités de phrases du même genre. Denise est mon toutou qui me suit partout et qu'on entend. Pour m'aider j'ai une fillette de 14 ans, aussi mes débuts ont été peu durs et nous avons du bien travailler pour nous installer tout en tenant notre ménage. Quelle différence avec la vie que je menais à Roubaix et que pourtant je ne regrette pas, je t'assure. Mère commence à songer au départ pour la fin septembre, commencement d'octobre. Trouves-tu que l'un de nous doit aller la conduire au bateau afin de ne pas la laisser seule dans New York? Je ne crois pas que Jacqueline sera jamais la femme rêvée pour un des petits car personne n'en raffole. Dis-moi comment sont les fiancés Gaston et Madeleine. Maintenant, mon cher Francis, en attendant le plaisir de te lire je t'envoie l'assurance de toute mon affection avec un affectueux baiser. Marie Mathon P.S. Edmond et Albert ont été enchantés de leur séjour, nous étions très gais, je les ai conduits au lac Laperrière un peu partout, ils étaient désolés de devoir partir si vite. ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Mère (1857-1918) Ferme Ste Marie, (fin) août 1907 Mon cher Francis, Je viens de recevoir une lettre de l'agent de la Cie Transatlantique. Je puis avoir sur la « Lorraine » la cabine 213 pour le 26, je serai donc de retour dés le commencement d'octobre. Peut-être irai-je à Paris ; si le retour de Ninie de Biarritz peut correspondre avec le mien, j'irai la rejoindre à Paris où je passerai un jour ou deux. Tout est en bonne voie ici, je puis repartir, la maison s'achève, on peint l'extérieur, ce sera fini pour jeudi. Le puits est presque terminé, mais il y a peu d'eau jusqu'à présent ; c'est un puits creusé à la pelle et fait avec des pierres, on laissera l'eau du puits artésien ancien se déverser aussi dans celui-là et on espère ainsi en avoir suffisamment. Le moulin est posé au dessus, on n'a plus qu'à y mettre la roue pour le faire fonctionner ; les conduits se font jusqu'aux granges. Dans la cave c'est fini et la cave est planchéiée. Pour le 10 septembre nous n'aurons plus d'ouvriers. Le moteur est arrivé avant-hier. Il fonctionne très bien, il y a avec le moteur une scie pour le bois et un moulin pour faire la moulée. L'an prochain on adjoindra probablement une presse à foin et peut-être un moulin à battre. Pour cette année, Jacques louera une presse et Mr Riopel lui prêtera son moulin à battre. Jacques en échange ira avec son moteur battre le grain de Mr Riopel. Les foins ont été terminés mardi soir: 67 charges qui équivalent à 67 tonnes environ et le foin est superbe, parfaitement réussi malgré les pluies assez fréquentes pendant la récolte ; maintenant on prend un peu de repos bien mérité tout en faisant le petit train ordinaire. Hier ils ont refermé le bois d'un bout à l'autre aux endroits abîmés pour laisser pacager les bêtes, elles y sont aujourd'hui. L'avoine n'est pas encore mûre, il faut encore 2 ou 3 semaines. La famille Bénard est en pourparlers pour acheter un terrain près du cimetière qui appartient aux Pères, c'est à cet endroit là qu'on suppose que sera la gare quand on aura les chars l'an prochain, ce terrain ne peut donc que gagner de valeur. Il est probable que le chemin de fer passera à travers notre propriété et celle de Mr Riopel. Le chemin de fer fera encore gagner Ville-Marie qui s'est développée cette année d'une façon sensible. On a bâti 47 nouvelles maisons, elles sortent de terre comme des champignons ; il y en a que j'ai vu construire en 2 semaines, elles ne sont pas bien grandes il est vrai. La maison de Mr de St Laon est couverte, et elle sera habitée au mois d'octobre. Elle a très belle apparence. Hier je suis allée à la baie conduire Suzanne à sa leçon d'anglais. Mairie et Lucy allaient partir faire une promenade en voiture avec leurs enfants, elles m'ont emmenée et nous avons fait une très jolie promenade par le ferme de la Vallée et sur le chemin de la mine ; nous sommes revenues par la route de Guignes et nous nous sommes arrêtées à la ferme pour faire pour faire goûter les enfants. La ferme de la Vallée est très jolie comme site, mais je préfère la nôtre au point de vue pratique et je crois que le terrain est appelé à augmenter davantage de ce côté-ci, Ville-Marie ne pouvant s'étendre que de notre côté. Ton choix a été heureux. Mr Guay t'a-t-il écrit au sujet de quelques hypothèques qui sont encore inscrites sur notre propriété. Mr Guay a écrit au baron de Kervain, il croit que ces hypothèques ont été payées mais qu'on a négligé de les faire rayer, il demande à Mr le baron de Kervain l'autorisation de faire le nécessaire et qu'il tient l'argent à sa disposition pour lui envoyer dés que tout sera bien en règle. Mr le baron de Kervain exige l'argent immédiatement, mais la propriété étant achetée à condition qu'il n'y ait pas d'hypothèque, Mr Guay tient bon et défend nos intérêts. Une démarche à Nazareth, près de Gand, chez le baron de Kervain aplanirait probablement toutes les difficultés. Mr Guay dit qu'en gardant 1000 à 1500 piastres ce serait largement le montant des hypothèques. Au revoir, mon cher Francis, je t'embrasse bien affectueusement, tous tes frères et soeurs se joignent à moi. Ta Mère qui t'aime E.M. P.S. Toto a décidément un goût prononcé pour la peinture. Il ne se contente pas de peindre les motocyclettes, il y a quelques jours, il passait la journée à la ferme, je suis arrivée à temps pour l'arrêter dans ses travaux ; il avait trouvé un bidon de couleur bleue avec un pinceau, il avait déjà peint toute une glace et commençait le plancher!... ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Mère (1857-1918) Ferme Ste Marie, le 7 septembre 1907 Mon cher Francis, Je réponds à ta lettre du 22 août que j'ai ici sous les yeux, je regrette que ton voyage en Angleterre n'ait pas donné le résultat désiré, mais espérons que ce ne sera pas un empêchement pour obtenir ce que nous désirons! Pour les projets de brasserie dont Lucy t'a parlé, je ne sais pas ce qu'elle a bien pu te dire, il n'est nullement question de cela pour le moment. J'ai pu, dans la conversation, lui faire part de mes projets pour l'avenir, car certainement que dans quelques années, quand les enfants auront acquis une certaine expérience, je les verrai volontiers adjoindre un commerce quelconque à leur ferme, la brasserie irait très bien de pair avec une ferme. Si Charles venait, il y aurait peut-être une combinaison à prendre avec lui, mais toutes ces choses là ont besoin d'être mûries et qu'on en parle, ce n'est pas par lettre qu'on peut discuter le pour et le contre et je n'en ai jamais même parlé à Charles dans mes lettres. Tu peux être tout à fait tranquille, je ne suis pas devenue américaine et entreprenante et je resterai excessivement prudente pour l'avenir de mes 3 fils. Je ne me rappelle pas si je t'ai parlé dans mes lettres du cadeau que je dois faire à Madeleine Masurel pour son mariage. Veux-tu demander à Mme Albert Wattinne quelle est la somme que donnent les tantes, je crois que c'est 150 francs et tu les mettrais de ma part à Madeleine qui l'emploiera comme elle voudra, car il sera trop tard à mon retour pour m'occuper du cadeau moi-même. Les travaux touchent à leur fin, le puits est terminé et semble donner bien de l'eau ; l'ouvrier de Brother ayant fait la noce toute la semaine, je n'ai pas pu avoir l'eau dans la maison, ce sera pour lundi prochain qu'on reprendra les travaux pour en finir. Il n'y a plus que la roue du moulin à poser, et la salle de bain et les lavabos. Les tuyaux sont posés partout. La façade est très jolie, blanche avec les encadrements bleus et le toit rouge. Marie a pris les mêmes couleurs. Lucy a un fraise écrasé qui est beaucoup moins joli que notre bleu. Je dois envoyer demain l'argent pour notre passage à bord de la « Lorraine », soit 500 francs par place, ce qui fait le billet à 1000 francs. Je passerai très probablement par Paris à mon retour, les trains sont plus commodes et je ferai quelques achats pour l'hiver! Je compte y rester le moins de temps possible, un jour ou deux. Au revoir, mon cher Francis, je t'embrasse bien affectueusement, meilleures amitiés de tous tes frères et soeurs. Ta Mère qui t'aime E.M. ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Mère (1857-1918) Ferme Ste Marie, le 14 septembre 1907 Mon cher Francis, Encore quelques jours à passer ici avant le retour, et c'est la dernière fois que je t'écris! Jeudi à 10 heures nous embarquons sur le Météore ; Paul et Lucy nous accompagnent jusque Montréal où ils ont quelques courses à faire, Montréal est le Paris des Canadiens! Comme je te l'ai dit dans ma dernière lettre, je m'arrêterai 2 jours à Ottawa pour l'exposition et pour conduire Robert chez les Pères, je pense pouvoir repartir le samedi soir pour Montréal afin de passer 2 ou 3 jours avec Paul et Lucy. Je descendrai à l'hôtel Viger. Mardi soir je prendrai le train pour New York, je descendrai à l'hôtel Lafayette où l'on parle français et je demanderai à l'hôtel qu'on s'occupe de mes bagages, d'aller les chercher au chemin de fer et de les enregistrer au bateau. Une fois sur le bateau, c'est français et il n'y a plus de difficultés. Je ne sais encore si je passerai par Paris, c'est probable. Je te télégraphierai en arrivant au Havre. La semaine a été bien mauvaise comme temps, ce qui n'a pas empêché les fermiers de travailler dehors à enlever les souches, près de la maison d'abord, puis dans la prairie le long de la rue et dans toute la grande partie devant la maison. Il y en avait d'énormes où il a fallu atteler les deux chevaux gris. Lundi ils pourront labourer d'un bout à l'autre. Le moteur a scié aussi une belle quantité de bois. Mr Ranger, notre voisin, celui qui a vendu sa maison à Lucy, est venu dimanche avec sa femme passer la soirée avec nous. Il fait revenir une certaine quantité de vaches laitières pour lui et nous allons en prendre quelques-unes aussi ; en les faisant venir ensemble cela coûtera moins cher de transport. Comme on fait le beurre maintenant, quelques vaches en plus paieront bien. Mr Ranger a deux frères qui ont de grands troupeaux de vaches, ils s'y connaissent et se chargeront d'acheter. Mr Ranger ira les chercher au commencement d'octobre. Elles reviendront à 30 ou 35 piastres rendues ici. J'ai été interrompu par Jacques qui voulait me montrer le distributeur de fumier en marche avant que je m'en aille ; on l'a essayé avec un peu de fumier, il me semble bien fonctionner. Leur ferme va être bien gérée, comme on dit ici, j'espère qu'elle leur rapportera dans un an ou deux, elle avait été fort négligée par les prédécesseurs. J'ai reçu enfin aujourd'hui les 3 colis de France, la caisse de vaisselle est arrivée remplie de débris, le reste en bon état ; je suis contente de pouvoir installer le tout avant mon départ. La vaisselle de Marie a eu le même sort et je m'attendais à des dégâts, tout cela n'avait pas grande valeur, heureusement. Au revoir, mon cher Francis, à bientôt maintenant et en attendant, je t'embrasse bien affectueusement, tous tes frères et soeurs se joignent à moi. Ta Mère qui t'aime E.M ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Lucy Mathon-Masurel (1884-1917) 1 9 décembre 1907 Mon cher Francis, Rien qu’un mot, car j’ai tant de correspondance à faire aujourd’hui qu’il faut que je me presse ; mais je tiens quand même à te faire tous mes souhaits pour 1908. Que ta santé continue de même et que tu sois satisfait pour tour les désirs. J’ajouterai le souhait de te voir accompagner Mère dans son prochain voyage pour le Canada, nous serions si heureux de te revoir, nous étions si désolés de te voir partir au mois de mai ; toi-même était si content, si gai ici que tu faisais plaisir à voir, tu as du reste laissé excellent souvenir ici et Mr Desrocher est très flatté des cartes postales que tu lui envoies, tu serais donc reçu à bras ouverts partout ; rumine donc ce petit projet, il n’est pas mal du tout. La grande distraction de Ville-Marie, pour l’instant, c’est le patinage. Marie s’adonne de tout coeur à ce sport, elle a pris quelques leçons et espère savoir bientôt aller complètement seule ; du reste elle s’en tire pas mal, je crois qu’elle sera même assez gracieuse si elle ne prend pas de défaut en apprenant. Ecris nous encore de temps en temps. Tes lettres nous intéressent beaucoup. Je tâcherai du reste de t’écrire plus souvent. Je t’embrasse de tout coeur, mon cher Francis, et te retourne mes voeux (?), Paul se joint à moi. Lucy ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Jacques Masurel (1888-1951) Ferme Ste Marie, le 10 mars 1908 Mon cher François, J’espère que tu ne m’en voudras pas trop de ce long silence car, comme tu dois bien le supposer, notre vie est toujours bien occupée et le soir quand nous rentrons, les fatigues de la journée ne nous disposent pas beaucoup pour écrire. Tu dois croire, comme je le croyais aussi, qu’en hiver il n’y a rien à faire, je t’assure pourtant que nous ne nous sommes pas encore tournés les pouces. Il y a tout d’abord tous les soins à donner aux animaux, ensuite se faire la bois de chauffage, charriage du fumier, nous avons aussi été obligés d’arranger la barn et le grenier car l’eau gelait. Pour le moment nous faisons un hangar à bois. L’hiver est très dur ici cette année, et il était très difficile d’empêcher l’eau de geler, voilà le grand inconvénient du pays ; ainsi depuis huit jours le tuyau qui menait l’eau aux écuries et qui est à 4 pieds ½ dans la terre est gelé, ce qui nous oblige à charrier de l’eau avec un tonneau ; mais maintenant que nous connaissons le pays, nous n’aurons plus ces ennuis là car nous protégeons plus nos tuyaux, ainsi dans la maison, depuis que nous l’avons arrangé, plus rien ne gèle. Dans ma dernière lettre, j’ai parlé à Mère d’un projet que j’étudie depuis longtemps et qui est de faire une beurrerie. Je suis certain que cette industrie nous paierait très bien, car tous les fermiers sont bien décidés à tenir des vaches si il y avait une beurrerie. Mais le moment est arrivé, et si nous nous ne le faisons pas un nommé Sirard en fera une. Avec 1500 à 2000 piastres, on peut faire une bonne petite beurrerie, on peut faire cela pour moins cher aussi, pour 700 piastres on en fait une, mais il vaut mieux faire quelque chose de bien avec une bonne eau pour conserver mieux le beurre en été. J’espère que Mère approuvera cela, en tous cas je vais acheter du bois car il a beaucoup baissé et ainsi, si nous nous décidions, nous aurions du bon bois sec sous la main, et au cas où Mère ne voudrait pas nous revendrions le bois , ce qui sera toujours une bonne spéculation. Si Mère nous autorise à faire cela, sitôt les semailles finies, je partirai en bas faire mon apprentissage dans une bonne beurrerie, puis quand Mère arrivera au Canada nous pourrions bâtir afin d’être prêts pour l’automne, à cette époque il existe une grande baisse sur le prix des vaches, je partirai alors du côté de Montréal avec des personnes très compétentes pour acheter des vaches laitières dont j’aurai pris la commande chez tous les fermiers. Comme je le disais à Mère, avant de bâtir la beurrerie, nous passerons un contrat avec les fermiers qui nous promettront de tenir des vaches. Mais je suis bien certain qu’ils ne se feront pas tirer l’oreille, car à tous bouts de champs ils me disent : « Pourquoi que vous autres qui avez de l’argent vous ne faites pas un beurrerie, ça vous paierait bien plus que votre ferme et puis pour nous autres, au lieu de vendre notre foin et de partir en chantier pour gagner notre vie, on garderait des vaches et ainsi on vivrait bien heureux sur notre terre auprès de notre femme et nos enfant ». Comme tu le vois, nous rendrions en même temps un grand service au pays. Enfin Mère jugera cela comme elle voudra. Dans ma dernière lettre, je demandais à Mère de nous envoyer un ménage, mais je crois qu’une femme seule serai peut-être aussi bien car l’homme au bout de quelque temps serait peut-être bien tenté de s ‘acheter une terre et de nous plaquer là. Je te souhaite beaucoup de chance dans tes concours hippiques cette année, surtout pas de mauvaise chute. J’ai appris que tu exerçais 4 bons sujets pour le concours hippique de Paris. Tu nous ferais grand plaisir en nous envoyant encore de temps en temps des photos, moi de mon côté je vais me mettre à en faire et je t’en enverrai. J’espère que Charles Prouvost viendra au Canada bientôt et que nous lui trouverons quelque chose à Ville-Marie. Il sera meilleur homme d’affaire que les Mathon j’en suis certain, car ces derniers ont été déjà deux fois sur un bien mauvais chemin. Ils ont fait quelques amélioration dans leur gérance depuis leur inventaire, mais ils feraient bien d’en faire encore. Ainsi, presque tous les commis du magasin ont la clef, et le dimanche, à toute heure ils rentrent là dedans avec des amis. Je suppose qu’ils sont honnêtes, mais s’ils ne l’étaient pas il leur serait bien facile de voler tout le magasin... Quant à leur foin, ils en ont acheté beaucoup plus que leur grange ne leur permettait d’en mettre, alors ils furent obligés d’en laisser une certaine quantité dehors, qui fut un peu avariée. Ils en ont vendu un peu jusqu’à présent, mais avec un très léger bénéfice, 1 piastre par tonne au plus. Quant à leurs pommes de terre, ils ont confié cela au fils Bénard qui, ne s’y entendant pas du tout, a acheté des mauvaises pommes de terre ; elles se sont gâtées et ils furent obligés de sacrifier une centaine de poches qu’ils avaient payées 90 cents. Enfin, morale de tout cela, « il ne faut pas courir 30 lièvres à la fois ». Jean est parti en chasse lundi à 25 milles d’ici avec un chasseur très expérimenté dans la chasse au chevreuil et de l’orignal, j’espère qu’il ne reviendra pas bredouille. Monsieur Gaudet, notre « engagé » est malade depuis deux jours, il a la grippe, aussi nous ne sommes qu’à deux pour les travaux de la ferme... Je te quitte maintenant, mon cher Francis, en t’envoyant la plus cordiale poignée de main. Ton frère qui t’aime Jacques P.S. Embrasse Mère et Suzanne pour moi. ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Mère (1957-1918) Hôtel Brevoort New York, 1 août 1908 Coin de la 5ème avenue et de la 8ème rue Cable address, LAFBREVORT Mon cher François, Nous avons débarqué hier soir vendredi à 7 heures après une traversée relativement bonne. Le premier jour, parfait, le lendemain vers midi la mer a commencé à s’agiter, Suzanne et moi avons mangé dans notre cabine, la mer est devenue de plus en plus houleuse, le lundi presque tous les passagers étaient malades, il n’y avait plus qu’une bonne vingtaine de vaillants (Charles était du nombre) à la salle à manger. Puis le mardi cela s’est calmé et la fin de la traversée a été très agréable. Nous avons mangé sur le pont une partie du temps et n’avons paru qu’au dîner du commandant le jeudi soir, nous y avons bu la traditionnelle flûte de champagne, du G.Mumm, et nous avons reçu comme souvenirs de la traversée de très jolies coupe papiers, les messieurs avaient une chaînette à breloque pour la montre. Les bonnes ont reçu des hoches. Comme passagers, il y avait environ 120 en première classe, les secondes étaient au grand complet et quelques centaines d’émigrants. Dans les passagers de 1ère classe il y avait un peu de français, beaucoup d’anglais et d’américains, personne que nous ne connaissions. Nous avons eu une cabine tout à fait confortable sur la pont, bien grande, avec deux fenêtres que nous pouvions ouvrir nuit et jour. Nous avions une commode avec un secrétaire pour écrire, j’ai pu débarrasser ma malle en arrivant ce qui est bien plus pratique. Il y avait encore, outre nos deux lavabos, une grande glace jusqu’à terre, enfin c’était très bien. Notre garçon de cabine a été des plus prévenants, nous apportant des fruits frais plusieurs fois par jour, la femme de chambre aussi, mais c’était sa 1ère traversée et elle a été malade les premiers jours ! La nuit de jeudi à vendredi et la journée de vendredi nous avons beaucoup souffert de la chaleur, même nous, avec nos é fenêtres ouvertes. Il y a des passagers de 1ère classe qui sont allés s’étendre sur les canapés des salons et à 4 heures du matin aux premières lueurs du jour, on était sur le pont. Malgré l’air qu’on a forcément par la marche rapide du bateau, on avait chaud ! Les messieurs allaient au fumoir où ils restaient en manches de chemise. Charles, Suzanne et moi sommes restés paresseusement sur nos chaises longues sur le pont pour voir les nombreux cachalots qui se sont approchés du navire. En approchant de New-York vers 2 heures nous avons traversé un brouillard assez intense, la sirène a marché, le navire a ralenti, on s’est demandé si on arriverait à temps pour débarquer ; au bout d’une heure le brouillard était dissipé, le temps était rafraîchi en même temps, le bateau a remarché à toute vapeur, on est arrivé à la santé dix minutes avant le coup de canon annonçant que le service est fermé. Enfin, vers 7 heures nous débarquions. Il ne nous a fallu qu’une heure pour avoir nos malles rassemblées, plombées et expédiées à Montréal, directement, j’ai rarement vu autant de formalités qu’à New York ! Nous allons partir ce soir par le train de 7 heures et nous resterons à Montréal probablement jusque lundi soir car je crois qu’il n’y a pas de train le dimanche soir. J’ai reçu ici à mon arrivée 2 lettres de Ville-Marie, on nous y attend avec joie, on prépare à la ferme un souper froid pour notre arrivée, de façon à ce qu’Amélie la cuisinière puisse aussi venir nous chercher au bateau. M.et Mme Pierre Mathon et leurs filles sont à Ville-Marie depuis mercredi dernier. Tout le monde va bien là-bas, on dit qu’il y fait chaud aussi ! Je compte sur toi, mon cher Francis, pour communiquer ces nouvelles aux 2 bons-papas à qui j’écrirai en arrivant à Ville-Marie, Je t’embrasse bien affectueusement ainsi que Ninie et les enfants. Meilleur souvenir de Charles et de Suzanne. Compliments aux bonnes. Ta Mère qui t’aime E.M. ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Mère (1857-1918) Ville-Marie 19 août 1908 Mon cher Francis, Je viens de recevoir ta lettre du 6 et je t’en remercie. Je suis contente que tu aies gardé Jules, tu seras plus tranquille qu’avec Isaïe, et ainsi Jules reste ce qui doit lui faire plaisir. Charles nous a quitté dimanche, il doit s’embarquer demain et arrivera avant ma lettre, il pourra te donner de nombreux détails. Ici à la ferme tout va bien, tes frères travaillent toujours avec le même plaisir et le même courage, ils sont en excellente voie. Le lot vendu est resté vendu, c’est M. Bastien qui l’a, quand je suis arrivé il y avait déjà une grange et un petit bâtiment sur ce terrain ! Les conditions ont été changées, nous n’avons affaire qu’à Bastien qui paie en 5 annuités, intérêts à 6% et je prends un hypothèque sur mon terrain. C’est beaucoup plus simple et plus sûr. Jacques et Jean avaient fait changer tout cela avant mon arrivée ; ce lot a été vendu 2500 piastres, soit 500 piastres de bénéfice. La terre défrichée est très bonne, mais ensuite c’est le rocher et il y a beaucoup de perte dans ce lot et il n’y a pas d’eau, ils ont aussi calculé que ce lot est sur Ville-Marie et aura à payer des taxes pour la ville, tandis que les autres lots sont dépendants du comté de Pontiac et n’ont presque rien comme taxes. Il leur reste encore plus que suffisamment comme terres à cultiver, en somme, après avoir tout examiné avec eux, j’ai ratifié la chose. Il aurait d’ailleurs été fort difficile de faire autrement, c’était créer beaucoup d’ennui, Mr Bastien en ayant pris possession et ayant construit. Je fais en ce moment le relevé de leurs livres, ils ont tenu bien régulièrement leur livre de caisse, puis dans quelques jours, quand j’aurai terminé, nous ferons un inventaire de ce que vaut la propriété actuellement et à partir du mois de septembre ou octobre, je leur avance quelques milles francs en banque et je les laisse marcher à leur compte. J’aurai mon compte séparé en banque. Je te donnerai mon aperçu d’inventaire dans ma prochaine lettre, cela me donne beaucoup de travail de reprendre tous leurs comptes et je n’ai pas pu m’en occuper quand Charles était ici. Jean est parti pour 3 jours avec Landreville et Lefebvre à la chasse à l’orignal, c’est un chasseur enragé. Robert est occupé dans le bois à faire un chemin qui le traverse dans toute la largeur pour pouvoir y mettre les bêtes l’an prochain parce qu’on va resemer complètement la pâture qui est très maigre. Hier Jacques a coupé l’orge avec la moissonneuse lieuse, en quelques heures c’était fait. Pour l’avoine il faut encore quelques jours, le blé viendra ensuite. La sécheresse à fait tort ; la paille est courte. Comme animaux il y a les deux grises (elles ne sont pas pleines), 2 baies à Jacques, deux vrais chevaux de fermier, et les 2 poulains qui sont bien changés depuis l’an dernier. Pour l’hiver, on ne gardera que les grises, les chiens feront le service de la baie pour porter le lait. Il y a 5 cochons, 11 moutons, 5 vaches et 2 ou 3 bêtes à cornes, une trentaine de poules. Il y a maintenant tout autour de la maison une jolie clôture, on a planté une ligne de planes et sur la pente, de la maison au puits, c’est un verger... naissant... quelques pommiers, pruniers, groseilliers. Le potager s’arrange ; dans la maison c’est maintenant confortable, de l’eau partout, salle de bains, W.C. J’ai acheté un piano et une bibliothèque pour le salon, je renouvelle les courtines, leur maison s’embellit et on s’y trouve fort heureux tous ensemble, c’est dommage de ne pas t’avoir aussi ainsi que Charles et Ninie. On a proposé à Charles l’affaire de Bastien, vins, liqueurs, bière, etc... mais je crois que le pays ne plaît pas à Charles et qu’il aurait de la peine à s’y faire. Nous n’espérons pas du tout le revoir ici. Suzanne s’amuse très bien cette année, elle est plus heureuse que l’an dernier. Elle va rentrer en classe le 7 septembre, ce pensionnat est très bien, la supérieure vient des Etats-Unis, c’est une personne capable qui a beaucoup voyagé et qui donnera tout de suite une excellente direction à la maison. Il y a aussi des frères Maristes qui vont ouvrir une école pour les garçons. On a construit cette année un palais de justice. La brouille est complète avec les de St Laon, je n’ai même pas été leur rendre visite car ils ne se saluent même plus. On s’en passe très facilement et il y a moins de potins, j’aime mieux cela ! Mr Desrocher est venu avant hier passer la soirée avec sa femme, il a gardé de toi un excellent souvenir. J’ai revu les Guay, Simar, Bellanger, Laur, etc...tous m’ont fait le plus charmant accueil. et Mme Pierre Mathon sont encore ici, chez Marie, Charles te dira les projets de Pierre Mathon, ils ne parlent pas encore de leur projet de départ de Ville-Marie. Paul Mathon n’est pas encore rentré, il est allé à Woodstock pour voir son associé M. Boyle qui devait lui envoyer 150.000 frs pour leurs affaires et qui tarde un peu. Ils en ont besoin. Ils ne m’ont pas encore remboursé les 20.000 frs qu’ils me doivent et de plus ils ont emprunté encore 5.000 frs à Jacques peu de temps avant que je n’arrive pour faire face à une échéance ; entre nous ils vont trop de l’avant, ils me font peur. Je suis résolu à ne plus leur faire aucune avance, je le leur dirai, et j’espère qu’ils vont pouvoir toucher ces 150.000 frs, ou alors ! ! !... Je comptais que ces 20.000 frs avaient été remis à la banque à mon compte, au lieu de cela ils en ont pris 5 de plus de sorte que je n’ai plus qu’une somme insignifiante en banque, quelques milles francs, il doit rentrer 3.000 de prêts en novembre. Après cela je verrai s’il faut que tu m’envoies quelques milles francs. Le magasin Mathon a doublé en façade, il est installé comme les magasins de Montréal pour la caisse, c’est plus luxueux que du temps des Tobias mais les frais généraux doivent être beaucoup plus importants et la vente me semble diminuer. On dit que c’est la crise et que tous sont dans le même cas. Donne de mes nouvelles aux deux bons-papas, je leur écrirai la semaine prochaine. Je n’ai reçu aucune nouvelle de bon-papa Jonglez. Je t’embrasse affectueusement Ta Mère qui t’aime E.M. Amitiés de tous tes frères et soeurs et bons baisers à Ninie, Charles et tous les enfants. Compliments aux bonnes, Henri, Marie , Charles et Jules. ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Mère (1857-1918) Ville-Marie 27 août 1908 Mon cher Francis, Je réponds à ta lettre du 10 août, où tu me parles de la visite de Mr Mathon chez bon-papa François et de la mauvaise impression qu’elle vous a faite. Je puis te rassurer complètement, Mr Mathon me semble bien exagéré dans ses appréciations et s’il y a eu un peu de trouble avec une seule famille de Ville-Marie, il y a contribué en excitant plutôt, et la lettre qu’il a écrite a été le bouquet. Il a tort de s’en vanter, il aurait mieux fait de ne pas l’écrire. Elle a entraîné une brouille complète avec les de St Laon, ils ne se saluent même plus, et une réconciliation me semble difficile après une telle lettre où M. Mathon termine en leur témoignant son plus profond mépris. Les de St Laon restent polis pour nous et me saluent, mais je ne suis pas allée rendre visite. Mme de St Laon n’était pas d’un commerce agréable, c’est une femme malade, neurasthénique qui a un peu la manie de se croire persécutée. Elle a été cause de beaucoup de petits potins et cette bonne Mme Guay a été aussi mêlée à tout cela, on lui prête des propos qu’elle n’a pas dits, c’est pourtant une personne bien indulgente qui ne critique jamais personne. Depuis que les de St Laon se sont retirés de la société de Ville-Marie, il n’y a plus de potins, l’accord règne entre tous et je t’assure que les relations sont fort agréables. Tout le monde m’a fait le plus charmant accueil et on aime bien les enfants ! Pour tes frères qui font un métier de domestique, ils commencent à se débrouiller pa mal du tout, ils se forment, ils prennent l’habitude du travail, quand ils auront acquis un peu plus d’expérience, avec la connaissance qu’ils auront du pays et des besoins du pays, ils pourront entreprendre autre chose avec leur ferme. Pour le moment, n’oublions pas que nous avons à faire à des jeunes gens de 17, 18 et 20 ans. Ils ont fait leurs frais l’an dernier où la récolte a été très mauvaise et ils ont eu beaucoup de temps perdu pour remettre la ferme sur un bon pied. Je vais arrêter leurs écritures fin août. J’ai fini de retranscrire toutes leurs opérations au grand livre. Pour les Mathon, ils ont une bonne affaire entre les mains, je ne crains qu’une chose c’est qu’ils veulent trop vite développer et qu’ils se trouvent pris par le manque de capitaux. Leur associé, M. Jo Boyle qui devait leur envoyer des capitaux, ne peut leur en donner en ce moment, il est en procès pour une mine d’or qu’il possède au Yukon et dont un autre revendique aussi la propriété. Il a gagné son procès mais il y en a de petits à côtés qui l’empêchent de retirer l’argent déposé au sujet de cette mine. Les renseignements pris de plusieurs côtés sur M. Boyle sont bons, sa mine d’or lui rapporte beaucoup. Mr Laur , le banquier, a bien voulu accorder un certain crédit à André, en attendant l’argent de Jo Boyle ; ils ne pourront me rembourser mes 20.000 frs plus 5.000 avancés par Jacques pour faire face à une échéance que quand ils auront touché, je me trouve donc avec 200 piastres devant moi, veux-tu me faire envoyer l’intérêt de mes obligations quand ce sera le moment de toucher ainsi que le reste d’argent liquide que j’ai chez Masurel frères. Au mois de novembre, il y a à toucher 500 frs d’Anipé d’Egypte et 800 frs que tu me dois pour l’intérêt des 20.000, cela te servira pour mes jardiniers. Ville-Marie s’est augmentée cette année d’un magnifique pensionnat de jeunes filles, l’ancienne école de filles est transformée pour les garçons, il est arrivé quatre frères Maristes. On construit un palais de justice, il y a 2 ou 3 nouveaux magasins et plusieurs maisons construites depuis l’an dernier. Pour un village de 800 à 900 habitants ce n’est pas mal. De plus la ville fait amener l’eau d’une source dans le village. La ville a aussi entrepris l’entretien des routes, on taxera les habitants pour tous ces frais. On s’attend à des taxes assez élevées cette année et Mr Guay me disait que les garçons avaient fait une excellente opération en vendant le lot qu’ils avaient sur Ville-Marie et en n’en gardant que deux qui dépendent du comté de Pontiac, il leur reste bien assez de terres comme cela. Tu vois que Ville-Marie s’est bien développé quoi qu’en dise Mr Mathon. Les gens sont bêtes ! Il y a ici des gens intelligents, d’autres qui le sont moins, ils ont l’esprit moins cultivé, certainement, mais ce n’est pas une raison pour les déclarer tous bêtes ! Les curés odieux, avec leur esprit de domination, le P. Chévrier et Mr Mathon ne sympathisaient pas du tout ; le P. Chévrier représente tout le clergé, ils sont tous odieux. Le P. Lambert et le P. Beaudry sont très aimés de tous et beaucoup plus larges d’idées que le P. Chevrier. Ici le Canadiens sont habitués ainsi, nous ne pouvons pas avoir le prétention de tout faire changer pour nous, on nous laisse bien tranquille, le Père Chevrier a plusieurs fois fait l’éloge des Français et témoigné sa satisfaction de nous avoir à Ville-Marie, laissons-le agir à sa guise avec ses Canadiens. Le pays n’est pas triste, il est même joli en cette saison. Enfin quant aux gosses, ils se font parfaitement bien comprendre, ils parlent comme tous les enfants et emploient quelque fois des expressions du pays, mais c’est tout. Mr Mathon n’est d’ailleurs pas un bon-papa fort tendre et il malmenait tellement le pauvre Toto que ce dernier l’avais pris en grippe et lui demandait souvent quand il allait partir. Monsieur Mathon a dit à ses ménages que quand ils viendraient à Roubaix ils pourraient descendre chez lui mais sans enfants !... Sois parfaitement tranquille nous sommes heureux tous et je suis persuadé qu’il y a de l’avenir dans ce pays mais il faut aller doucement et prudemment. Mr et Mme Pierre Mathon sont repartis aujourd’hui ; Mr Pierre Mathon rêve de grandes affaires , il a commencé par manger de l’argent au lieu d’en gagner. Il part le 11 septembre pour Paris, seul, il va tâcher de faire prendre des actions sur la Nipissing, une excellente mine qui se trouve de l’autre côté dans l’Ontario, il prendra un bénéfice sur chaque action qu’il placera. S’il trouve des amateurs, c’est très bien ; mais l’affaire Rochette a dû dégoûter pas mal de gens de placements à l’inconnu. Mme Pierre reste à New-York avec ses petites filles. Toute le récolte est faite, elle sera rentrée la semaine prochaine ; elle est belle malgré la grande sécheresse, mais il y aura très peu de paille. Quand on aura battu le grain je te donnerai les résultats. Jacques commence à labourer chaque jour. Jean et Robert s’occupent des clôtures entre Mr Bastien et nous, ils amènent les piquets du bois et il y a déjà la partie de la route au potager qui est faite, on met de la clôture Maillet, ce sont des treillis carrés en fil galvanisé et peint. Aucun animal ne peut passer à travers. Jacques a la représentation de cette maison et cela nous revient ainsi beaucoup moins cher. On supprime tous les fils de ronces qui sont dangereux pour les animaux. Le potager était fort négligé, j’ai pris Mr Phalempin un mois pour le remettre en état. Tout pousse parfaitement ici quand on veut s’en donner la peine. Marie et Lucy ont un potager qui ne doit rien à celui de Mouvaux, elles ont de tout. Tomates, artichauts, salade, etc... Voilà une bien longue lettre, mon cher Francis, je ne peux pas t’envoyer de photos maintenant, on n’en a pris que quelques unes. André a emporté ce matin l’appareil pour prendre quelques vues au lac des Quinze, il est allé y conduire Monseigneur Lorrain. Les affaires l’appellent souvent au lac des Quinze où il a établi un poste pour les sauvages. La semaine prochaine il part avec Mr Lapérière au lac Abitibi toujours pour ses postes. Jean les accompagnera, ce sera pour lui un voyage intéressant et il pourra s’y adonner à son plaisir favori, la chasse. S’il le peut, il ira jusqu’à la baie d’Hudson. Jacques n’a pas les mêmes goûts, sa distraction c’est la flûte, il va entrer dans la fanfare de Ville-Marie comme petite flûte, c’est une société qui se forme, ils sont une quinzaine. C’est le Père Lambert qui l’organise. Avant hier soir, la fanfare est allée au devant de Monseigneur au quai. Jacques n’avait pas encore reçu sa petite flûte, il n’a pas pu y aller. Dimanche, grande sortie à St Placide, Jacques y sera, un break viendra les chercher pour aller donner une audition aux habitants de St Placide qui vont jouer une comédie. Je crois que cela ne vaudra pas les Français. Robert partage les goûts de Jean et a en plus une passion pour sa hache, il est toujours prêt quand il s’agit d’abattre et de bûcher, il est extraordinaire comme résistance, il est infatigable ! Je t’embrasse bien affectueusement, tous tes frères et soeurs se joignent à moi. Tes cartes postales ont fait beaucoup de plaisir, on va te répondre. Ta Mère qui t’aime E.M. P.S. Compliments aux bonnes, à Henri, Marie et Jules. ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Jean Masurel (1990-1917) Ferme Ste Marie, le 28 Août 1908 Mon cher Francis, J’ai reçu avec beaucoup de plaisir ta charmante carte postale il y a quelques jours. Je ne voudrais pas partir pour un si long voyage à travers bois sans te remercier auparavant. Je compte quitter la civilisation lundi matin avec Pit et André ; nous nous rendrons au lac des Quinze en voiture et de là nous prendrons la voie des lacs jusqu’à l’Abittibi, en passant par la rivière ennuyante, le lac, les îles etc... Si tu as une carte assez complète du North Canada, tu verras fort bien le trajet que nous devons parcourir. Je suis fort content de faire cet aventureux voyage qui me fera connaître en même temps une grande partie du pays. Je ne sais pas si André trouvera la vie des bois aussi agréable que moi, lui qui est maintenant trop habitué à son confort et à son petit dessert à chaque repas. Enfin je te donnerai le compte rendu de ce voyage lors de mon retour, ce qui nous conduira à trois semaines d’ici probablement. Nos récoltes sont déjà presque terminées ; nous n’avons plus que deux ou trois charges d’avoine à mettre en grange. Le temps nous favorise beaucoup et tout le grain a été rentré absolument sec jusqu’à présent. Quel changement avec l’an passé ! Tous nos animaux sont en excellente santé ainsi que nous même et notre personnel. Nous avons fait défricher du terrain cette année et nous avons encore deux individus qui y travaillent ; malheureusement avec leurs pipes ils ont fait prendre le feu aux tas de branches sèches et nous craignons que notre bois de chauffage, mis en tas à cet endroit, ne brûle avec le reste. Mais comme ce bois est encore vert, peut-être que le feu ne s’étendra pas jusque là. Nous avons pris des photos de la moissonneuse et d’une charge d’orge ; nous allons les faire développer et nous t’en enverrons. Allons, mon cher Francis, je vais te laisser maintenant afin de répondre un petit mot à Maurice qui est impatient de recevoir de nos nouvelles. Une excellente poignée de main. Jean ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Mère (1857-1918) Ville-Marie 9 septembre 1908 Mon cher Francis, Nous venons d’avoir deux jours de fête, lundi 7 qui est la fête du travail dans tout le Canada, et hier matin c’était la bénédiction et l’inauguration du pensionnat de jeunes filles et l’école des frères Maristes, par Mgr Lorrain. Nous avons été passer notre après-midi à Ville Marie pour voir les différents jeux organisés sur une grande pelouse. La fanfare dont Jacques fait partie a joué plusieurs morceaux. Il y avait des courses, des sauts en hauteur et en longueur, des courses aux pommes de terre etc. Robert qui s’est rappelé ses succès de courses à Maredsons a été tenté de s’essayer encore une fois et sans aucune préparation ni entraînement, il est arrivé bon premier a une course de fond. Pour le saut en hauteur, il a été second. Son premier prix lui a valu une belle pipe en écume. Hier mardi tout le village était encore en fête ; a 10 heures on se rendait à la grotte de Lourdes musique en tête pour une grand messe en plein air. A midi dîner chez les soeurs au pensionnat avec Mgr. Il y avait une dizaine d’ecclésiastiques à la table de Mgr et 2 tables avec les notables de Ville Marie. Mr et Mme Aubin, Mr et Mme Guay, Mr et Mme Desrocher, Tremblay, Lévêque, Bastien, les de St Laon, Paul, Lucy, moi et d’autres encore. Le dîner était servi par des jeunes filles. Comme menu un plat de viande avec 2 légumes, jambon et salade de légumes. Puis des tartes de toutes les sortes, des blancs mangers etc., de l’eau à discrétion, et du café ou du thé. Mgr a eu, je crois un menu un peu plus important. A 2 heures avait lieu la bénédiction des 2 écoles, on s’est réuni à l’église pour arriver en procession, toujours avec la musique, il y a eu un sermon en plein air d’abord, puis la bénédiction. A 4 heures, Mgr prenait le bateau le Météore pour partir à Hayleybury. La musique l’a accompagné sur le bateau jusqu’à la baie Martineau. Là les musiciens sont descendus et ont repris le bateau qui venait de Témiscamingue. A Ville Marie ils sont allés donner une sérénade au juge Bellanger en visite chez les Bellanger que tu connais. C’est un homme de 83 ans à qui on en donnerait 60. Il a remercié par un joli petit speach et a donné 10 piastres pour la caisse de la musique. Puis ils sont allés au presbytère jouer un morceau, le P. Chevrier les a beaucoup remerciés de leur concours et leur a offert des cigares et du vin. C’est le P. Lambert qui a organisé la fanfare, il fait sa partie comme les autres. Jacques est rentré vers 7 heures enchanté de sa journée. Aujourd’hui on se remet à l’ouvrage avec entrain. Jacques est parti au quai chercher des clôtures, il devrait en même temps déposer Suzanne en classe. Robert est au bois où il abat avec ardeur. J’ai terminé le relevé de tous les comptes, ils ont bien tenu compte de toutes leurs recettes et leurs dépenses, j’ai pu reconstituer leur avoir ; en le classant par articles au grand-livre, c’est maintenant très-net et très-clair et l’an prochain nous pourrons faire un inventaire sérieux. La culture cette année leur a donné de quoi nourrir leurs animaux, mais ils avaient eu leur ferme fin mai et ont dû semer trop tard. Voici ce qu’ils ont gagné sur leurs animaux : Vaches : Ils en ont repris pour 90 piastres ils en ont maintenant pour 160 piastres et ils ont vendu pour 186 piastres au boucher puis pour 209.34 de beurre et de lait. Porcs : Ils en ont pour 65 piastres et dans le courant de l’année ils se sont fait pour 108.15 de bénéfice. Moutons : Ils en ont pour 50 piastres et ont gagné 57.94 Basse-cour : Ils ont pour 15 piastres et on gagné 21 piastres sur la volaille et 39 piastres sur les oeufs. Tous ces comptes seront mieux établis l’an prochain, car on saura ce que la culture aura fourni à chacun des comptes pour la nourriture et le prix de revient sera exact. Le mouton paraît être d’un très bon rapport, il ne demande pas de soin et on l’hiverne peu de temps pendant lequel on le nourrit de paille de pois. Les pois servent à faire la moulée pour les cochons. Ainsi on a commencé par acheter 6 moutons pour 24 piastres et par la multiplication le troupeau vaut maintenant 50 piastres et on en a vendu pour 57 piastres 94. De plus le mouton fait beaucoup de bien aux terres, qu’il amende et qu’il débarrasse des mauvaises herbes. Voici maintenant ce que m’a donné le relevé des comptes, je te l’inscris sur une feuille séparée. J’ai enfin reçu aussi la note de M? Guay pour le contrant de vente et le certificat du receveur de l’enregistrement constatant qu’il n’y a plus aucune hypothèque sur la propriété. Les frais sont moins élevés qu’en France j’en ai pour 27piastres 40. Les Mathon ont une très bonne commande, en ce moment, pour l’approvisionnement des hommes qui font l’aqueduc pour amener l’eau de la source. C’étaient Bellehumeur et de St Laon qui devaient livrer mais le jour de la fête ils n’ont rien porté pour le souper des travailleurs qui n’ont rien eu à manger. Le piqueur est venu aux magasins Mathon, Paul a pris la commande et à 5 heures du matin il envoyait 2 chevaux avec un chargement de provisions. Il y a 20 hommes à nourrir pendant 2 ou 3 mois et c’est du payement comptant. Leurs capitaux ne sont pas encore arrivés, ne manque pas de m’envoyer l’intérêt de mes obligations et ce qui me reste au bureau. Je t’embrasse affectueusement. Ta mère qui t’aime, E.M. ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Mère (1857-1918) Ville-Marie, 18 septembre 1908 Mon cher Francis, J’ai reçu ta lettre du 2 courant, tu me dis que Charles et Ninie sont à Paris et que peut-être ils iront jusque Vire ; je souhaite vivement que Charles puisse trouver une bonne affaire, sans tarder, car il ne peut pas vivre seulement avec les rentes qu’il a ! Le Canada n’a pas plus à Charles, aussi il n’a pas cherché à trouver quelque chose ici et nous ne l’avons pas du tout influencé, car pour s’expatrier il faut le faire de bon coeur. Ses nombreux voyages l’ont habitué a un confortable et une existence agréable qu’on ne peut pas trouver ici. Il y avait une affaire qu’on dit la meilleure de Ville-Marie, et qu’on a proposé à Charles, c’est celle de Bastien, le marchand de vins, bière et liqueur. Jacques a eu l’occasion de parler il y a quelques jours au commis des Bastien qui vient de le quitter pour entrer comme gérant chez Boyer et il disait que Bastien faisait beaucoup d’affaires et tout au comptant, que c’était très bon ! Pour les Mathon, rien encore de leur associé ; Mr Lapérière est en ce moment à Detroit et il compte rapporter l’argent. Espérons que cette fois sera la bonne et que cette leçon leur profitera pour l’avenir. Je crois à l’honnêteté des associés, mais Mr Boyle qui a une mine d’or qui lui rapporte beaucoup ne peut rien toucher tant que son procès au sujet de cette mine ne soit complètement terminé... Il a gagné, mais il a encore un ou deux petits procès à finir, paraît-il ! Envoie-moi au commencement d’octobre l’intérêt de mes obligations et ce qui me reste d’argent au bureau, cela me suffira pour un moment. Nous avons une sécheresse qui n’a pas l’air de vouloir cesser, le puits de la maison est épuisé, celui des granges le sera bientôt aussi, les garçons vont faire eux-mêmes un puits artésien et les gens du pays ont donné le conseil de demander à Mr Wilcott de venir avec une branche de coudrier chercher les endroits où il y a de l’eau. Mr Wilcott est venu sitôt le dîner et j’ai été voir comment il opérait, car je n’avais aucune confiance. Il prend une branche de coudrier en forme de fourche, il prend les deux extrémités dans chaque main en mettant la pointe en haut. Il se promène ainsi aux endroits où on voudrait avoir de l’eau. Quand il y a de l’eau la pointe s’incline un peu à la fois et se tourne tout à fait vers la terre, avec une telle force que vous ne pouvez pas l’en empêcher. J’étais fort incrédule, mais j’ai dû me rendre à l’évidence ; Jacques a tenu la baguette, Amélie aussi, le même effet s’est produit. On a de l’eau, d’après ces indications, dans le potager, aux granges près de la porcherie, dans le bois où on voudrait aussi mettre de quoi abreuver les animaux. Maintenant il s’agit de forer pour voir si la baguette a dit vrai. Je te dirai plus tard. Toutes les récoltes sont battues et mises en grange. Le grain est superbe, la sécheresse a nui à la quantité mais pas à la qualité. Avant de terminer ma lettre, je veux t’offrir mes bons souhaits de fête de St François et ceux de tous tes frères et soeurs qui pensent bien à toi et ne t’oublient pas. On se réjouit à la pensée de te voir probablement l’an prochain. Je t’embrasse bien affectueusement pour eux et pour moi. Ta Mère qui t’aime E.M. Compliments à Zoé, Elodie, Jules, Charles, Henri et Marie. Lettre de Mère (1857-1918) Ville-Marie, 20 septembre 1908 Mon cher Francis, Les Mathon viennent de repartir avec leurs enfants après une bonne journée de dimanche passée à la ferme ! Cet après-midi nous avons tous été essayer la baguette de coudrier pour trouver l’eau, c’est vraiment curieux, quand la baguette est au dessus d’endroits où il y a de l’eau, on ne peut pas l’empêcher de se retourner complètement vers la terre, même en employant toutes ses forces. Paul et Lucy en ont fait l’expérience tous les deux. Quant à Marie et moi, je ne sais pas pour quelle raison elle ne marque pas avec nous. Les garçons ont essayé de creuser à l’entrée du bois à un endroit indiqué par le baguette, ils sont à 9 pieds du sol, l’eau arrive déjà, ils vont continuer demain. Lundi matin, J’ai été interrompu par le souper, je reprends ma lettre pour pouvoir l’envoyer par Jacques tout à l’heure quand il conduira Suzanne en classe. Marie m’a dit hier que Mr Mathon devait lui envoyer une caisse de vieux livres, veux-tu, au reçu de cette lettre, téléphoner à Mr Mathon pour lui demander s'il veut bien joindre à son envoi quelques livres que tu lui enverras et que ces dames voudraient avoir. C’est la collection des livres d’Imbert de St Amand que tu trouveras à la bibliothèque, s’il y a quelques autres ouvrages sérieux du même genre tu peux les mettre aussi. Ces sera pour nos longues soirées d’hiver. Le temps est toujours beau et sec, le baromètre excellent, quand aurons-nous la pluie ? Les bêtes sont dehors jour et nuit comme en plein été, chevaux aussi, c’est une économie d’avoine. Je n’ai pas le temps de t’en dire davantage, je t’ai d’ailleurs écrit une longue lettre avant hier. Le but de celle-ci était de te demander les livres avant que Mr Mathon n’ait fait son envoi. Je t’embrasse bien affectueusement, mes amitiés à toute la famille. Compliments aux bonnes. Ta Mère qui t’aime E.M. ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Mère (1857-1918) Ville-Marie, 25 septembre 1908 Mon cher Francis, Je réponds à ta lettre du 10 septembre ; j’en recevais une de Ninie par le même courrier me faisant part de leurs projets pour la Normandie. Peut-être à l’heure qu’il est sont-ils déjà propriétaires. N’aurait-il pas été préférable, si c’était possible de commencer par louer pour un bail de 3 ans, afin de voir si ce genre d’existence leur plaira et sera assez rémunérateur pour payer leurs frais. Il y a dans l’élevage et l’agriculture un apprentissage à faire et une expérience qu’on acquiert souvent à ses dépens ! Charles est observateur, il se fera vite, je l’espère, à ce nouveau métier ! Nous avons trouvé de l’eau après 2 ou 3 essais infructueux, on trouvait toujours la roche à une certaine profondeur ; aux endroits indiqués par la baguette de coudrier il y avait quelques veines d’eau mais pas autant que nous désirions. Enfin, dans le bas de la côte, près du creek, à 127 pieds de profondeur nous avons eu de l’eau, hier. Aujourd’hui on pose les tuyaux et pour midi, notre puits artésien fonctionnera et ira déverser son trop plein dans le creek qui est à sec. Les bêtes pourront aller y boire et cela ménagera le puits creusé aux écuries. Les puits artésiens sont inépuisables, paraît-il. Nous étions bien contents hier d’avoir enfin trouvé de l’eau et il a fallu qu’un petit ennui nous arrive ; Lady s’est blessée sur le tranchant d’une hache, dans le hangar à bois. Elle y était entrée avec Jenny qui s’est mise à ruer. Lady a voulu se garer et est allée donner contre la cloison où il y avait un fer de hache sur une tablette, par le choc elle l’a déplacé et a été blessée sur le gros de la cuisse, une entaille à mettre les deux mains dedans ! Nous étions tous là pour le dîner quand c’est arrivé. On l’a lavée et on l’a protégée avec un linge puis rentrée à l’écurie. Comme il n’y a pas de vétérinaire à Ville-Marie, Jean et Robert ont vite mangé un morceau et sont partis avec le gazoline d’André chercher le vétérinaire d’Haileybury. Ils l’ont ramené, il était 9 heures moins le quart. Il a examiné la blessure et a immédiatement déclaré qu’elle était très grave parce que l’os a été atteint et un ou deux muscles, il a retiré des éclats d’os, bien nettoyé la plaie et l’a recousue mais il ne garantit pas de pouvoir la remettre. Jean est fort triste, il aime ses grises comme des enfants, et il avait très peur hier soir que le vétérinaire ne lui conseille de l’abattre. Il a repris un peu d’espoir aujourd’hui, je crains que ce ne soit fort long à guérir, si elle guérit ! Le vétérinaire a logé ici et est reparti ce matin par le bateau de 9 heures. Il reviendra lundi. C’est un anglais qui ne parle pas un mot de français, mais Jacques et Jean le comprennent et lui parlent anglais. Le temps est toujours beau et chaud, nous sommes obligés de laisser encore nos fenêtres ouvertes la nuit, le 25 septembre, le baromètre n’indique pas encore de changement. De temps en temps il y a un orage, alors on sort tous les ustensiles pour recueillir l’eau : cuvelles, seaux, etc... mais la pluie ne dure jamais, c’est juste pour abattre la poussière. Suzanne est fort contente en classe et plutôt que de prendre une maison à la baie, je la mettrai en pension du lundi matin au vendredi soir. Le samedi et dimanche c’est congé, elle reviendra ici. Les pensionnaires restent au couvent le samedi et le dimanche, mais je crois bien que j’obtiendrai de la supérieure de mettre Suzanne dans ces conditions-là. Mr Lapérière est rentré de son voyage, il n’a pas rapporté d’argent mais encore une promesse. Le procès doit être terminé lundi et après l’argent commencera à arriver...... Au revoir, mon cher Francis, je t’embrasse bien affectueusement, tous tes frères et soeurs se joignent à moi. Compliments aux bonnes et à tout le personnel. Ta Mère qui t’aime. E.M. ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Mère (1857-1918) Ville-Marie, 1er octobre 1908 Mon cher Francis, Je viens de recevoir ta lettre du 17 septembre et j’en avais reçu une de Charles quelques jours avant, me parlant de tous ses projets, je lui ai répondu hier. Cette propriété ne me semble pas d’un prix trop élevé si la terre est en bon état ; les calculs de Charles ont fait naître quelques réflexions de nos jeunes fermiers, réflexions que j’ai transmises à Charles comme il me le demandait. Tu compares le prix de la Normandie à celui du Canada et tu trouves que c’est relativement pas cher là-bas. Nous avons eu 300 acres, une maison, des granges, des animaux et tout le matériel pour 52.000 ; il y a un tiers défriché soit 100 acres et non pas 20 acres . Les bois ont leur valeur et payent le défrichage, nous avons fait une bonne affaire qui rapportera quand elle sera bien mise en valeur. Cette terre neuve qu’on défriche ne demandera pas d’engrais avant un certain temps, et nous pouvons espérer que le développement du pays augmentera la valeur des terrains. Le frère Maufait est allé à Québec avec Mr Guay pour obtenir du gouvernement un chemin qui irait de Ville-Marie rejoindre le Transcontinental. Le frère Maufait sollicite l’entreprise du chemin de fer, il emploierait ainsi une centaine de paires de chevaux et quantité d’hommes. Il devait rentrer hier soir ; Mr Guay qui est revenu avant lui disait qu’il avait beaucoup d’espoir. J’espère que l’inventaire sera bon et que tu pourras commencer à mettre un peu d’argent de côté, il faudrait quelques bonnes années pour pouvoir penser à te retirer en Normandie, on ne fait pas en élevage et en agriculture les bénéfices qu’on réalise en industrie et il faut avoir un revenu qui vous permette de vivre sans trop compter sur les bénéfices. Si tu réalises un jour tes projets, je ne crois pas que tes frères aimeraient l’un ou l’autre à profiter de ta place. Pour le moment ils ne voudraient en entendre parler à aucun prix, mais à l’avenir ils pourraient raisonner autrement ! Le vétérinaire est revenu aujourd’hui pour Lady, il a trouvé la plaie très belle et espère que dans quelques semaines ce sera fini. Jean est bien content. Jacques se met aux labours avec sa team, s’il ne peut pas faire seul, on tâchera de louer un cheval pour labourer avec Doll, car il y a beaucoup à labourer cette année. On va retourner la pâture le long de la route, on laissera comme pacage toute la partie du crique et le bois avec la terre neuve qu’on millera. J’espère que tu m’as envoyé mon argent, je suis à découvert en banque de 10 piastres et ici on ne vous fait pas d’avance ; il faudra que j’aille voir Mr Laur pour lui demander du crédit jusqu’à l’arrivée de mon argent, à moins que les Mathon ne reçoivent cette semaine, comme on leur a promis, une partie de l’argent qu’ils attendent. Je reste ici à la ferme l’hiver et je mettrai Suzanne en pension du lundi au vendredi. Cette semaine, le temps étant très mauvais, elle a couché chez Marie qui ne demandait pas mieux que de l’avoir en l’absence d’André. Ce dernier doit revenir fin de la semaine de l’Abitibi. Il fera un voyage désagréable par ce vent et cette pluie dans son petit canot de sauvage. Il en a pour plusieurs jours et doit camper sous la tente dans les bois, la nuit. Le puits artésien s’est déjà bouché plusieurs fois ; la force de l’eau amène de gros graviers qui bouchent le bas du tuyau et alors il faut tout enlever, les 130 pieds de tuyaux, mais on ne se décourage pas et on recommence. Les autres puits redonnent depuis les pluies, tout va rentrer dans l’ordre. On met des photos sur papier, mais on attend le virage pour pouvoir t’en envoyer, tu pourras voir l’ours tué par Jean, mais ne sois pas étonné si cela tarde un peu, le photographe qui est en même temps coiffeur, encadreur, etc... n’est jamais pressé. Je lui avais donné 2 gravures à encadrer à mon arrivée, il a seulement reçu maintenant les échantillons de baguettes. Au revoir, mon cher Francis, je t’embrasse bien affectueusement, tous tes frères et soeurs se joignent à moi. Ta Mère qui t’aime E.M. ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Marie Mathon-Masurel (1882-1954) Le Sourire, 2 octobre 1908 Mon cher Francis, Voilà bien longtemps que je me propose de t’écrire sans jamais mettre mon idée à exécution. J’ai pourtant bien souvent des remords à cause de toi qui es toujours plein d’attention pour les Canadiens ; jamais tu n’oublies ma fête dans tes lettres, on sent que malgré l’éloignement tu nous portes un vif intérêt ; nous en sommes très touchés et je t’assure, mon cher Francis, que nous pensons de notre côté beaucoup à toi et que tu arrives souvent dans nos conversations. Je vais tâcher de te mettre au courant des récents événements. Tout d’abord tu sais que le père Mathon a exagéré énormément et que nous en avons tous été très mécontents, aussi je lui ai écrit sur le sujet une très gentille lettre ; il m’a répondu qu’on avait très mal interprété ses paroles et que dans tout ce qu’il avait (dit), il n’y avait rien qui puisse nous faire tort. Tu sais sans doute que mon mari est parti dans l’Abitibi à la fin août et que je l’attends d’un jour à l’autre. Tu es aussi au courant par Mère que nous montons un poste pour la fourrure, c’est même dans cette affaire que nous avons tout notre espoir. Nous pensons garder le store de Ville-Marie tel qu’il est, en faire notre centre d’approvisionnement et garder le plus d’argent possible pour les fourrures. Notre associé, M.Lapérière, qui est en même temps notre ami intime, est un homme d’une quarantaine d’années, très froid, très pondéré et très calé dans la partie fourrure ; nous avons eu sur lui au début les meilleures renseignements, à ce moment il n’était pas question d’affaires, c’était au point de vue relation. J’ai eu plusieurs lettres d’André par des sauvages qui font la route de l’Abitibi aller et retour pour porter notre marchandise. André dit qu’il est très content de voir les choses par lui-même, qu’il travaille assidûment à chéquer la marchandise et à mettre la comptabilité sur pied ; mais il dit qu’on ne peut se faire une idée de ce que ces voyages sont durs ; il aura dormi pendant trois semaines sous la tente sur trois malheureuses planches et pour nourriture du bacon, des haricots et quelquefois le produit de leur pêche. Pauvre gros Drédré, il va me revenir bien maigri et très probablement avec un fameux rhume car depuis lundi il fait un temps atroce, du vent et de la pluie, mais depuis hier il gèle ; hier soir nous avons vu les premiers flocons de neige. Tu avoueras qu’être par ces temps sur les lacs et dormir au clair de lune cela manque vraiment de charme. J’ai Jejette à coucher cette semaine, le temps étant trop mauvais pour qu’elle retourne à la ferme, je crois que Mère va la mettre en pension, j’aimerais beaucoup la garder, mais je crois que Mère préfère pas à cause de la naissance, cette brave Jette est encore si naïve ! J’espère vivement une fille que j’appellerai Paulette, si c’est un garçon il portera ton nom, le parrain sera M.Lapérrière, la marraine Suzanne. Je compte que l’événement aura lieu tout au début de décembre, peut-être même fin novembre, j’ai hâte d’en avoir fini. En janvier je compte recommencer à patiner, j’étais fanatique de ce sport l’hiver dernier. Lucy va apprendre, mais j’ai bien peur qu’avec sa jambe qui a été cassée, elle ait un peu de difficulté. Toto n’ira pas en classe cette année, car ce sont les frères et j’ai peur qu’ils le fassent trop travailler. Mon personnel marche à ravir. Je suis en paradis maintenant avec mes deux bonnes françaises, aussi j’ai beaucoup de temps et j’en profite pour me faire un home agréable. Je commence à devenir adroite, je viens de terminer un très chic abat-jout dont j’ai du fabriquer moi-même le support et la carcasse, car Ville-Marie n’est pas encore une ville raffinée. Je vais m’adonner aussi cet hiver à la lecture sérieuse, histoire et autres. Mère t’a demandé de m’envoyer l’histoire de France, elle a aussi écrit à Me Charles Pollet qui a beaucoup lu de lui envoyer des titres de livres. Je vais m’instruire un peu, ce qui ne me fera pas de mal, et au moins quand je retournerai en France je n’aurai pas l’air de venir de chez les sauvages. Je n’ai pas l’intention de revenir avant 4 à 5 ans, je suis plus ambitieuse que les Paul, je ne veux m’offrir ce voyage qu’après quelques beaux inventaires, André est de mon avis. Quant à toi, mon cher Francis, tu es très libre ; n’oublie pas que tu as promis de venir l’été prochain. Nous nous faisons un véritable bonheur de te revoir au milieu de nous. Sur ce, je t’embrasse bien cordialement, quoique tu aies horreur des baisers. Marie P.S. Les enfants vont à ravir ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Mère (1857-1918) Ville-Marie 10 octobre 1908 Mon cher Francis, Nous avons reçu un mot ce matin de Mr Breton qui est à New-York et qui nous annonce son arrivée à Ville-Marie entre le 10 et le 20. Il nous demande de lui écrire poste restante à Chicago pour lui donner son itinéraire jusque Ville-Marie. Jacques va lui envoyer un mot aujourd’hui même. Nous tâcherons de le distraire et de lui montrer le pays ; c’est dommage qu’il arrive pour la plus mauvaise saison. Jusqu’à présent il a fait très beau et les chemins sont superbes mais nous aurons probablement la pluie avant la neige et alors tu sais comment sont les routes ! On fait un champ de courses à Ville-Marie sur la pâture des pères qui se trouve en face du tournant de la route qui va à la ferme ; c’est un terrain magnifique. Il y a en ce moment 4 teams employées à creuser le parcours avec les charrues. On espère pouvoir donner la 1ère course à la fin du mois. L’hiver il y aura des courses sur la glace. André a fait revenir quelques voitures de courses ; il a reçu aussi ses traîneaux. La vente va bien en ce moment, ils sont contents de leurs affaires ; chaque fois que je vais au magasin, j’y vois du monde. Il paraît que Chénier aura de la peine , dit-on, à continuer, il est pris par le crédit, il manque de capitaux ; les commanditaires, ils sont plusieurs, n’ont plus beaucoup d’argent et Tobias ne veut plus en avancer. On a vu plusieurs fois Tobias à la baie, mais il est naturellement en froid avec les Mathon ! T’ai-je dit que Mr de St Laon avait repris le magasin de Bellehumeur à Lorrainville, il y a mis un français Mr Feppel arrivé à Ville-Marie depuis quelques mois avec une famille Laprèle qui avait été recommandée aux Mathon par Génin de Montréal. Mr Laprèle a été un moment employé chez Mathon, mais on a eu sur lui de mauvais renseignements et on l’a remercié. Il est maintenant gérant du magasin de gros de Mr de St Laon et Bellehumeur à Ville-Marie. Les de St Laon et les Laprèle passent leur vie ensemble. Il n’y a plus jamais aucun potin à Ville-Marie, on est fort tranquille. La jument de Jean va très bien, le vétérinaire est revenu la voir hier, il espère tout à fait qu’il ne lui en restera absolument rien. On l’a fait marcher hier de l’écurie à la maison, elle ne boîte pas. Jean est aux anges ! Au revoir, mon cher Francis, je t’embrasse bien affectueusement, tous ici se joignent à moi. Ta Mère qui t’aime E.M. ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Mère (1857-1918) Ville-Marie, 21 octobre 1908 Mon cher Francis, J’ai été très contente du résultat de l’inventaire et vous devez être satisfaits surtout une année comme celle-ci. J’espère bien que cela permettra de donner un beau dividende aux actionnaires ; si pas 10 pour cent, au moins 8, travaille dans ce sens Henry Ternynck et Jules Joire. Mme Eugène Masurel qui a encore une fille à doter doit aussi être de mon avis. C’est sur mes rentes que je dois établir mes fils au Canada, les grosses dépenses sont faites heureusement mais je voudrais avoir un peu d’argent à l’avance pour l’avenir. Jacques va sur ses 21 ans, c’est un garçon qui se mariera de bonne heure, ce sera encore 100.000 frs à sortir pour la dot, il est vrai qu’il en aura probablement une partie en terres ! Toi-même tu dois désirer que tes actions te rapportent le plus possible, Edmond est si riche que cela ne lui change pas beaucoup, mais pour nous cela a plus d’importance et je te fais mon interprète pour le demander. L’argent que tu m’as envoyé est en banque, j’ai reçu 1932 dollars. Tout le bout de nos lots est en feu, le temps sec qu’on a eu tout l’été a beaucoup aidé à propager les incendies, il y en a partout et à certains jours on est envahi par la fumée. Hier soir le feu commençait aussi tout à l’entrée du bois, on voyait les flammes de la cuisine. Il n’y a aucun danger pour les bâtisses, tu sais à quelle distance nous sommes. Ce feu ne s’éteindra que quand il pleuvra. Ce sera peut-être un bon ouvrage, on ne pourra s’en rendre compte qu’après. Hier on a tué le cochon et aujourd’hui Amélie confectionne du boudin, des tripes, des saucisses, etc, etc... on en salera une partie. On en tuera encore deux avant l’hiver. La jument grise se remet parfaitement de son coup de hache, elle ne boîte pas du tout, la plaie n’est pas encore complètement cicatrisée mais elle ne peut pas être mieux qu’elle n’est. C’est une fameuse chance d’en avoir été quittes comme cela ! Nous avons eu vétérinaire pour la soigner. Nous attendons d’un jour à l’autre Mr Breton qui s’est annoncé pour la date du 16 au 20, il ne peut plus tarder. Les ménages Mathon sont avertis et le recevront à son arrivée s’il ne nous avertissait pas à temps, je lui ai envoyé tous les renseignements à Chicago. J’espère que ce beau temps va continuer pendant son séjour ici, il fait très bon dans la journée et il gèle toutes les nuits. L’arrière saison est fort agréable. Je t’envoie ci-joint un accusé de réception pour le bureau veux-tu te charger de le remettre sans l’oublier. Suzanne est en pension fort contente du lundi au vendredi, elle a beaucoup de plaisir et travailler bien. Je t’embrasse bien affectueusement, mon cher Francis, tes frères se joignent à moi. Ta Mère qui t’aime E.M. ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Mère (1857-1918) Ville-Marie, 24 octobre 1908 Mon cher Francis, Je te renvoie les papiers signés ci joints, ils t’arriveront donc bien à temps pour l’assemblée de Décembre. Tu me dis que le taux des actions sera de 6% cette année, c’est bien peu pour une affaire qui rapporte autant, pourquoi faire d’aussi grosses réserves quand la majorité des actionnaires a intérêt à toucher davantage. Insiste pour élever ce taux à 8. Breton nous est arrivé avant hier et il est reparti ce matin. C’est un charmant garçon, nous avons été très heureux de le revoir et de retrouver un compatriote avec qui l’on pouvait causer agréablement. Je l’ai logé dans la chambre de Jacques ; hier matin, il a été avec Jacques voir les ménages Mathon et Marie et Lucy sont revenues dîner ici. J’avais des huîtres, du poisson, petits pois et crème à la vanille. L’après-midi Jean a fait une promenade en voiture avec M. Breton et l’a ramené chez Marie, où nous avons soupé et passé la soirée fort gaiement. M Breton a de l’entrain, il est causant, c’est très facile de le distraire. Il est parti tout à l’heure, Jean l’a ramené au quai, il fait un brouillard si intense que je me demande si le bateau partira ! Il va à Montréal, Québec et revient sur Albany, Philadelphie et New York. Il est tout à fait enthousiaste des Etats-Unis qu’il a visités avant le Canada. Son père a une ferme de 150 hectares, j’ai pensé que Charles pourrait avoir par lui, s’il le désirait, des renseignements sur ce que peut rapporter une exploitation agricole ; il s’en occupe beaucoup m’a dit son fils et tient lui même tous les comptes de sa ferme. Je comprends l’hésitation de Charles pour entreprendre un métier qu’il ne connaît pas et rompre avec son genre de vie, quitter sa famille, sa ville natale, sans être certain de gagner de quoi vivre, c’est certainement une grave décision à prendre ! Un conseil est difficile à donner ! Les Mathon sont toujours dans l’attente de l’argent de M. Boyle, il n’a même pas répondu à leur dernière lettre très pressante. M. Lapérière est chez les sauvages, il doit revenir d’un jour à l’autre, on l’enverra immédiatement mettre son beau-frère en demeure de s’exécuter. Je ne te cache pas que j’ai beaucoup de craintes, ils ne peuvent pas résister si cet argent n’arrive pas. Je leur ai dit que je ne pouvais plus rien leur avancer, ils ne comptent plus sur moi. Leur magasin marche bien, mais ils ont adjoint un commerce de fourrures de compte à demi avec M. Boyle et confiants, ils ont marché avant d’avoir touché l’argent de leur associé qui devait payer en juillet. Depuis lors on attend l’issue d’un procès qui immobilise l’argent en banque. Ne dis rien de tout ceci ; quant à bon-papa François, Paul lui avait demandé de remettre le payement des intérêts à plus tard, il a consenti. Au revoir, mon cher Francis, ici tout va bien à la ferme, tout le monde t’embrasse et moi tout particulièrement. Ta Mère qui t’aime E.M. ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Mère (1857-1918) Ville-Marie, 3 novembre 1908 Mon cher Francis, Nous avons eu de la neige toute la matinée, mais à midi c’était changée en pluie, à la grande satisfaction des laboureurs qui espèrent bien avoir encore quelques bonnes journées avant la neige définitive. Ce matin d’ailleurs Jacques et Jean étaient aux labours avec leurs teams. Lady va très bien et a repris son service. Cet après-midi, ils sont allés passer les drilles dans le puits artésien que le gravier et le sable avaient encore une fois bouché. Ce puits deviendra excellent, je l’espère, mais l’eau étant encore chargée de sable et de gravier, les tuyaux se bouchent souvent. La semaine dernière on a planté des arbres et des sapins tout le tour de la maison, elle a un tout autre aspect ; au printemps si nos fermiers en avaient le temps ils planteraient une allée de la route à la maison. C’est le bois qui fournit les arbres. Tu me dis dans ta dernière lettre que les livres de M. Mathon étaient déjà partis quand je t’ai écrit. Nous attendrons une autre occasion pour ceux-là ; je voudrais d’abord savoir ce que coûtera le transport. Veux-tu remettre de ma part 50 francs à M. Castelnot pour la distribution de Noël à laquelle je participais les autres années et 50 francs pour des messes pour les défunts de la famille. Je te charge aussi de remettre à Ninie pour la St Nicolas de ses enfants cent dix francs. On doit toucher pour moi au bureau les Unifiés d’Egypte 500 frs et je crois aussi les obligations russes. Je vois également inscrits sur mon livre pour novembre les 800 frs d’intérêts que tu me dois pour les 20.000 frs. Je sais par bon-papa François que tu étais en Angleterre, c’est ce qui m’explique que je n’ai pas reçu de lettre de toi au dernier courrier. Rien de bien particulier ici. Suzanne est pensionnaire fort contente, je passe très bien mon temps à la ferme, je n’ai pas encore pu m’ennuyer. Il n’y aura pas suffisamment de besogne en plein hiver pour les 3 garçons, l’un d’eux ira passer quelque temps dans une beurrerie ou laiterie anglaise afin d’y apprendre l’anglais en même temps que de se perfectionner dans la fabrication du beurre. Ce n’est qu’à l’état de projet, nous prenons nos renseignements. Tous les trois comprennent l’anglais et le parlent, mais ils désirent se perfectionner et pourraient chacun leur tour aller passer quelques mois de l’hiver, dans l’Ontario, de l’autre côté du lac. Veux-tu envoyer un mandat de 18 francs de ma part à « Fermes et Châteaux », 90 avenue des Champs Elysées, ou 9 avenue de l’Opéra, pour le renouvellement de l’abonnement à m’envoyer au Canada, je leur écris en même temps. Mercredi 4 Nous avons une tempête de neige depuis hier soir, tout est blanc, on a rentré ce matin les 2 poulains, il reste encore les moutons dehors, on ne les rentre que quand il y a un pied et demi de neige. On a tué une truie hier, rien que la tête pesait 37 livres. Jacques va la porter au boucher tout à l’heure, car nous avons encore un cochon à tuer dans 2 ou 3 semaines. C’est de la race Yorkshire de la ferme expérimentale, on a gardé des jeunes. Au revoir, mon cher Francis, nous t’embrassons tous bien affectueusement, tes frères et soeurs et moi. Ta Mère qui t’aime E.M. Lettre de Jean Masurel (1890-1917) Ferme Ste Marie le 11-XI-1908 Mon cher Francis, Nous avons reçu, il y a quelques jours les charmantes cartes postales venant de Liverpool je pense. Tu me rappelles le récit que je devais te faire de mon voyage à l’Abitibi, je l’avais un peu oublié, mais chose remise, quoiqu’en dise le proverbe, n’est pas toujours omise. J’ai donc parcouru, en plus grande partie en canot, ces cent soixante quinze miles qui nous séparent du poste « Mathon Frères & Co ». Le paysage sur la route est fort varié, tantôt lac, rivières, montagnes, plaines ou bois, le tout évidemment à son état le plus sauvage. Du reste, si on rencontre un voyageur sur son chemin ce n’est jamais autre qu’un sauvage ; ces derniers sont fort polis, acceptent avec empressement ce qu’on leur offre et sont très conciliables. Le poste des Mathon est magnifiquement installé ; situé sur une petite élévation faisant face aux deux adversaires (concurrents) Révillon et la baie d’Hudson, il est très en vue et les sauvages le connaissent déjà. Te raconter en détails par lettre un voyage aussi long et aussi rempli de petites péripéties que celui là, serait une entreprise à laquelle ma plume aurait peine à venir à bout ; je préférerais te raconter tout cela de vive voix quand tu viendras nous voir, espérons que ce sera pour le prochain. L’aventure la plus fâcheuse qui nous est arrivée au cours du voyage, fut la crevaison de notre canot dans une rivière ; nous étions chargés lorsque l’accident s’est produit et nous n’avons eu le temps que de regagner la rive au plus vite ; dix secondes de plus et nous coulions. Ma jument Lady est tout à fait remise de son coup de hache ; elle a labouré cet automne passablement, chose à laquelle je ne m’attendais jamais. Je suis sûr que tu n’as jamais vu pareille blessure ; on aurait pu y loger deux poings jusqu’au poignet (authentique). Elle ne s’en ressent pas du tout ; malheureusement, son éparvin la fait toujours boiter un peu. Ne connais-tu pas un remède efficace à cette tare. C’est une éparvin calleux, situé sur la face interne du jarret de la jambe droite. Elle l’a depuis bientôt deux ans ; un remède a été appliqué et n’a jamais réussi. Si tu vois Philippe, demande lui conseil. Si tu venais au printemps prochain tu verrais déjà beaucoup de petits changements dans la ferme ; tâche de te payer le luxe du voyage, tu sais à l’avance le plaisir que nous causerait ta visite. Allons, mon cher Françis, en attendant de tes nouvelles reçois la plus cordiale poignée de main de ton frère qui t’aime. Jean ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Mère (1857-1918) Ville-Marie, 16 novembre 1908 Mon cher Francis, Jean m’a remplacée pour t’écrire la semaine dernière, aussi c’est par toi que je commence ma correspondance de cette semaine. J’ai sur mon bureau rien que dix lettres à répondre et je te demanderai de donner de mes nouvelles aux deux bons-papas et à Charles et Ninie, je ne pourrai que leur dire la même chose qu’à toi et ils voudront bien m’excuser, je suis débordée de correspondance. Je t’envoie un article du journal, « La Presse », relatant un accident arrivé au bateau qui fait le service du lac et ci-joint aussi un petit article qui annonce l’ouverture d’un chemin qui fera grand bien à Ville-Marie. Nous avons eu un peu de neige, hier, mais pas suffisamment pour circuler agréablement en traîneau ; aujourd’hui il n’y a qu’un degré sous zéro et le soleil commence à se montrer, cela va encore dégeler. Samedi on a encore pu labourer mais à 4 chevaux avec la grosse charrue. Jacques et Jean ont commencé le labour de la prairie ; c’est un grand travail qu’ils ne pourront terminer qu’au printemps. Il y a beaucoup de traces de lièvres et de renards sur la neige dans le bois, Jean et Robert sont allés tendre des lacets samedi soir, j’espère qu’ils vont nous faire manger quelques lièvres. Le renard n’a de valeur que pour sa fourrure. On a soin de fermer le poulailler chaque soir, car les renards en hiver, rôdent fréquemment autour des poulaillers. Quant aux ours, ils dorment tout l’hiver blottis dans des troncs d’arbre sous la neige, ils ne se réveillent qu’au printemps. Hier à la grand’messe, le Père Chevrier a rappelé aux cultivateurs que c’était le moment de payer la dîme sur les récoltes, et qu’ils devaient le faire en conscience, le 26è minot sur tout leur grain. Nous devons en argent, le Père Chevrier nous a taxé pour 10 piastres, comme la famille Guay ; le ménages Mathon donnent ensemble 15 piastres. Paul doit rentrer ce matin de Woodstock ; les nouvelles de Mr Lapérière sont bonnes, la fièvre est tombée mais il ne peut pas encore se lever. Il est probable qu’il ne sera pas remis pour venir remplir ses fonctions de parrain chez Marie dans 2 ou 3 semaines ! Marie est encore venue dîner à la ferme hier, elle est très vaillante. Je voudrais que tu m’abonnes au journal « La Famille », prix 12 francs pour l’étranger, 7 rue Cadet à Paris. Pour un an à partir de Janvier. Je confie ma lettre à Jacques qui part pour la baie chercher une provision de choux venant du potager de ces dames Mathon... (manque fin de la lettre) ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Mère (1857-1918) Ville-Marie, 17 décembre 1908 Mon cher Francis, J’ai reçu hier ta lettre du 2 décembre de Biella, tu as fait un bien beau voyage et j’espère qu’il aura en même temps été fructueux ou qu’il le sera dans l’avenir ! Ninie t’a probablement communiqué la lettre que je lui ai écrite après la naissance de la jeune Paulette, Marie continue a aller admirablement ainsi que le bébé, elle a une mine superbe et n’a pas le moindre petit ennui. Sa fille est fort sage, elle mange et elle dort. Marie essaiera de nourrir en s’aidant du biberon. La jeune nurse est fort capable malgré ses 20 ans, enfin tout va comme sur des roulettes. Je vais passer mes journées à la baie, Jacques me conduit avec les poulains, ou Jean avec ses grises, il y aurait encore un autre attelage, les chiens, mais je ne veux pas leur confier ma personne car ils ne sont pas assez dressés ; Jacques les attelle souvent maintenant, ils vont plus vite que n’importe quel cheval. Jean est rentré mercredi de son excursion de chasse, ils n’ont pas pu aller assez loin pour tuer des orignaux, il n’y a pas encore assez de neige pour aller en raquette, les chemins sont très difficiles à se frayer dans les bois, ils vont retourner un peu plus tard. Ils sont revenus très contents de cette partie de chasse qui leur a fait voir du pays, ils ont logé 2 jours chez un colon qui vient de s’installer seul dans les bois pour y défricher un lot et ensuite le revendre, puis ils ont logé une autre fois dans un chantier à bois où il y avait une cinquantaine d’ouvriers, c’était l’ancien Cook de Landreville qui faisait la cuisine, ils ont été très bien reçus. Puis ils sont allés se camper dans une vieille cabane au milieu des bois pendant plusieurs nuits, dans la journée ils cherchaient les pistes de gibier. Les Mathon sont contents de leur affaires en ce moment, il leur rentre beaucoup d’anciens crédits ; les fournisseurs de Montréal que Paul a été voir ont consenti à remettre les échéances à quelques mois. Boisvert a amené un stock de fourrures de sa chasse qu’on pourra revendre avec de beaux bénéfices. Peter Lapérière part bientôt à l’Abitibi où les sauvages vont lui amener également le produit de leur chasse. Ces peaux se vendent facilement sur les marchés de fourrures ; enfin je commence à reprendre confiance qu’ils en sortiront malgré la difficulté qu’ils ont eu de ne pas recevoir les capitaux promis par Mr Boyle pour lancer l’affaire de fourrures. Ce Monsieur est encore toujours en procès pour sa mine d’or et il s’est retiré définitivement de l’affaire Mathon, dans laquelle il n’a jamais mis un sous. Mr Lapérière seul reste avec eux et il est indispensable car il s’y connaît en fourrures et est très aimé des sauvages. Au revoir, mon cher Francis, je t’embrasse bien affectueusement et t’envoie mes meilleurs souhaits de bonne année. Amitiés à tous. Ta Mère qui t’aime E.M. ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Jean, Robert et Jacques Ville-Marie, le 25 décembre 1908 Mon cher François, Je viens aujourd’hui, un peu tard peut-être, te faire mes meilleurs voeux de bonheur et de santé pour l’année qui va bientôt s’ouvrir. Nous espérons tous que l’an 1909 ne nous réservera que des surprises agréables telles que ton mariage et ta visite, qui sait ? peut-être ton voyage de noces au Canada... Nous sommes toujours en excellente santé ; nos animaux sont beaux et gras et les poulains commencent à marcher à la hauteur comme dirait Jules. En ce moment nous travaillons au bois. J’ai été dernièrement faire une partie de chasse d’une dizaine de jours et je n’ai rien tué. Il y avait déjà trop de neige pour marcher à pied et pas assez pour aller en raquettes ; mais je compte m’y reprendre avec la certitude de ne pas revenir bredouille la prochaine fois. Souhaite la bonne année de ma part à tout ton personnel, sans en oublier un seul. Je vais laisser la place à mes frères maintenant et, en attendant de tes nouvelles je te serre affectueusement la main. Ton frère qui t’aime Jean Mon cher François, Mes meilleurs souhaits pour l’année 1909 qui, j’espère bien, ne se passera pas sans que tu viennes nous voir ; Excuse moi si je ne t’ai point encore écrit, car jusque maintenant nous avons été fort occupés, mais voici l’hiver qui va nous donner le temps d’écrire et je me propose de t’écrire une longue lettre. Comme Jean te le dit, nos poulains sont dressés, je t’assure que ça n’a pas été long, on leur a tout de suite mis bride, collier, sellette et à la voiture ils ont marché comme si ils avaient déjà fait cela depuis 10 ans, comme tu vois, ça n’a pas été difficile. Nous avons bien labouré cet automne et nous comptons faire une excellente année 1909. Au revoir, mon cher François, encore mes meilleurs voeux et à bientôt une longue lettre. Une bonne poignée de main de ton frère. Robert Mon cher François, A mon tour de venir t’offrir mes meilleurs souhaits pour 1909, puisse cette année être heureuse pour toi et nous donner le plaisir de te voir au Canada. J’espère que tu as reçu la longue lettre que je t’ai écrite il y a 3 semaines, il n’y a encore rien de neuf pour mon service militaire ? que je n’ai pas encore été à Montréal. Les vieilles gens du pays disent que la récolte de l’année prochaine sera épatante parce qu’il n’y avait pas de lune la nuit de Noël. Je te laisse, mon cher François, en t’envoyant la plus cordiale poignée de main de ton frère qui t’aime. Jacques Lettre de Mère (1857-1918) Ville-Marie, 30 décembre 1908 Mon cher Francis, Je voudrais que tu t’informes à Tourcoing s’il ne faut pas faire inscrire Jacques pour le service militaire. Il a fait sa déclaration au consulat à Montréal, je ne sais pas si cela suffit. Pour le conseil de révision, il demandera à la passer ici. Marie va très bien, elle a repris sa vie habituelle, sa nurse la quitte dans quelques jours, sa petite fille pousse comme un chou et est très sage. Nous irons dîner chez Lucy le jour de l’an pour que Marie puisse y venir et je les recevrai tous à la ferme 8 jours après. Jacques a organisé un magnifique toboggan partant du toit du hangar à bois, près de la maison, jusqu’au bout du potager, cela va amuser petits et grands. Suzanne en profite pendant ses vacances ; même hier après le souper, elle a encore toboggané une heure avec Jacques ! C’est un excellent exercice, car quand on a descendu toute la côte en toboggan, il faut la remonter à pied en traînant son toboggan (très léger), mais il faut marcher dans la neige jusqu'à la cheville et cela réchauffe. Aujourd’hui cela poudre, comme on dit ici, le vent chasse la neige, la piste est à refaire, elle en est couverte. Comme température c’est toujours à peu près la même chose de 6 à 20°, nous avons eu 32 un jour mais on n’en souffre pas. Cela n’empêche pas Robert de partir tous les jours avec sa hache et une bouteille thermos contenant du café bien chaud ! Il a déjà défriché 4 acres à lui tout seul, c’est un bon bûcheur ! Jean utilise ses grises à charrier du fumier qu’il va chercher à la baie, chez Boyer ou ailleurs. La team de Jacques est louée 22 piastres par mois dans un chantier jusqu’au printemps. Les poulains font leur petit service et les chiens aussi, tous doivent travailler à gagner leur nourriture. J’espère que tu n’as pas oublié de nous abonner comme je te l’ai demandé à « Fermes et Châteaux » et à « La Famille ». Nous avons déjà reçu plusieurs des publications offertes par les bons-papas. La lecture et les réussites sont les grands passe temps des soirées d’hiver. Mr et Mme Auguste Lepoutre sont arrivés à Montréal pour voir leur fils et ont écrit aux ménages Mathon qu’ils avaient l’intention de venir nous voir et de pousser ensuite jusque Winnipeg. Paul a dû leur répondre en les engageant à aller d’abord à Winnipeg et revenir sur Ville-Marie car les communications sont encore difficiles ; jusqu'à présent il fallait encore faire le tour du lac en traîneau, le lac n’étant pas encore assez dur pour traverser. On dit qu’on a dû hier tracer la route et qu’on pourra bientôt traverser. Je te quitte, mon cher Francis, en t’embrassant bien affectueusement, tous tes frères et soeurs se joignent à moi, compliments au personnel. Ta Mère qui t’aime E.M. Lettre de Mère (1857-1918) Ville-Marie, le 31 janvier 1909 Mon cher Francis, 35° sous zéro, aujourd’hui avec un vent du Nord très violent qui vous cingle, aussi mes fils m’ont conseillé de ne pas sortir bien que ce soit dimanche ; je me suis rangé à leur avis et les ai laissés partir sans moi à la grand’messe tout à l’heure, ce temps là est exceptionnel heureusement. Ils iront dîner chez Marie et reviendront sitôt le dîner ; si le vent tombe, ils iront ce soir à la petite séance organisée en l’honneur de la visite de notre nouvel évêque, Mgr Latulipe, Lucy et Paul doivent s’y faire entendre. J’attends de tes nouvelles avec une certaine impatience, quelle sera ta décision ? J’espère que le prochain courrier m’en apportera. Jacques a été à Montréal ; toutes les formalités sont remplies pour le service militaire, Mr Robiquet notre cousin a été très aimable, c’est un gentil garçon paraît-il, avec lequel Jacques a sympathisé, ils se sont reçus réciproquement à dîner, à l’hôtel Windsor et à Viger et, quand Jacques est reparti, Mr Robiquet l’a conduit à la gare. Il a une trentaine d’années, a fait son droit, il est instruit et travailleur. Il a été réformé pour sa santé, il n’a pas en effet l’apparence solide, dit Jacques. Il a 9000 frs de traitement, le consul en a 30.000. Le consul a aussi bien reçu Jacques et s’est même charge d’écrire au ministère de la guerre pour demander que Jacques puisse entrer dans la cavalerie, ce qui ne se fait pas généralement pour les jeunes gens venant de l’étranger. Jacques reviendra donc avec moi quelques semaines avant de partir au régiment afin de revoir la famille et de se remettre à monter à cheval, pour y être refait pour octobre. Veux-tu t’informer au bureau si on n’a pas oublié de toucher en janvier les coupons des « Ville d’Amsterdam » à la banque du Crédit Foncier, Ch de Fer P.L.M. et Japonais au Crédit Lyonnais. En février il y a le loyer de Mr Mamaut 406 frs et les intérêts de Mr Macke 200 frs. Veux-tu aussi envoyer de ma part à Anna Dubrule 50 frs pour l’école dominicale, comme je l’ai fait l’an dernier et remettre à Zoé 15 frs que Mme Lemaire fera recevoir pour les Auxiliatrices et Notre-Dame du Haumont. J’ai écrit à Mme Lemaire qu’elle pouvait faire toucher chez moi. Mr le curé m’a écrit pour son autel, je lui donnerai à mon retour. Je t’envoie quelques photos prises avec l’appareil de Suzanne et que Jacques a fait développer à son passage à Montréal. Au revoir, mon cher Francis, je t’embrasse bien affectueusement, tous tes frères et soeurs se joignent à moi. Compliments à tout le personnel. Ta Mère qui t’aime E.M. ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Jacques Masurel (1888-1951) Ville Marie le 5 Février 1909 Mon cher François, Notre hiver se passe très agréablement ici à Ville Marie et nous sommes tous fort heureux ; nous avons eu quelques périodes froides, mais en général le temps est plus doux que l’année dernière. Mère supporte cette saison très facilement, d’autant plus que la maison étant bien chaude elle y reste quand il fait froid. Dimanche dernier, comme il y avait une tempête de neige, Mère a du manquer la messe, aussi tu comprends si elle se faisait de la misère... Aujourd’hui, il fait très doux, il n’y a qu’un degré en dessous de zéro , aussi notre pieuse maman en a profité pour aller communier. J’ai été à Montréal voir le Consul et le Vice-Consul ; tous deux ont été charmants, je leur ai demandé d’être versé dans la cavalerie (dragons autant que possible), ils m’ont dit qu’ils feraient tout leur possible et qu’ils écriraient même au ministre de la guerre s’il le fallait car c’était chose très difficile vu qu’en principe on n’accepte pas dans cette arme les soldats n’étant pas présents au conseil de révision et ensuite les résidents à l’étranger ayant 6 mois pour rejoindre leur corps, ils pourraient arriver dans leurs régiments quand les autres auraient déjà plusieurs mois d’apprentissage. J’ai dîné deux fois avec le Vice-Consul, notre cousin, c’est un célibataire d’une trentaine d’années, il est très gentil et je suis très content d’avoir fait sa connaissance. Hier il y avait au courrier une lettre de Maurice Jonglez m’annonçant ses fiançailles avec Melle Marthe Pollet. Nous trouvons tous ce mariage fort heureux. Voilà déjà plusieurs fois qu’on annonçait ses fiançailles, une fois avec une Tiberghien, une autre fois avec un Leurent, enfin cette fois-ci c’est la bonne. Tu me dis dans ta dernière lettre que je devrais suivre les cours militaires afin d’obtenir un brevet. Quand ces cours se donnent-ils ? Et combien de temps durent-ils ? Car, si par exemple c’était en Août et Septembre, Mère je crois devancerait bien son retour d’un mois ; mais si c’était en plus tôt, alors ce ne serait pas possible, car que veux-tu que je fasse en France pendant plusieurs mois, tandis qu’ici je suis je serai très utile aux travaux de la ferme. Enfin, si tu veux bien prendre tous les renseignements sur ce sujet je t’en serai bien reconnaissant. Pas grand chose de neuf à Ville Marie. Les affaires sont bien tranquilles, comme on dit dans le pays, l’argent est rare, mais tout le monde a espoir qu’au printemps ça ira mieux. Une nouvelle compagnie de bateaux va se former sur le lac Temiscamingue ; ils vont, paraît-il, mettre en circulation un superbe bateau de 125000 frs. Ceci fera beaucoup de bien au pays car cette concurrence fera baisser les prix du fret. Quant au chemin de fer, il doit toujours arriver au printemps, mais je ne sais pas pour quel printemps. Enfin, les gens se démènent beaucoup et je crois que cela ne pas beaucoup tarder. Les poulains vont à merveille et deviennent très bons, je vais maintenant m’occuper de leur vente. Dimanche dernier nous avons eu, au profit de l’hôpital, une petite séance donnée par les jeunes filles. On y jouait une pièce avec entractes musicaux. Paul a joué du violoncelle, Lucie a chanté et Marie accompagnait. La fanfare de Ville Marie dans laquelle je suis petite flûte a prêté son concours. Un point important que j’oublie de dire. Cette séance était présidée par sa grandeur Monseigneur Latulipe qui faisait sa première visite pastorale à Ville Marie. Cet évêque est très dévoué et s’occupe beaucoup de la colonisation ; il va aller à Montréal et à Québec et fera tout ce qu’il peut près des autorités pour qu’on ait le chemin de fer ; il peut être très influent car tu sais ici le clergé n’est pas comme en France. Au revoir, mon cher François, voilà les principales nouvelles du pays, en attendant le plaisir de te lire, reçois la plus cordiale poignée de main de ton frère dévoué. Jacques Masurel Lettre de Jean Masurel (1890-1917) Ferme Ste Marie le 18 février 1909 Mon cher François, Tu ne peux te faire une idée de la joie que tu nous a causée ta résolution de venir nous voir le printemps prochain ou plutôt l’été prochain, ce qui sera du reste préférable. Je te conseille le mois d’Août moins chaud ici que le mois de Juillet et exempt des myriades d’insectes que ce dernier laisse vivre. Tu arriveras pour voir faire la moisson, les foins seront finis selon toute probabilité, ce qui nous permettra de nous occuper de toi et de te faire visiter le pays dans toute sa longueur et largeur. J’espère qu’il fera beau le jour de ton arrivée, les « grises » toutes pimpantes et heureuses de te revoir t’attendront sur le quai surveillées de près par leur maître qui se méfie toujours de leur excès de zèle les poussant parfois à partir avant le commandement. J’en suis très fier, il est rare que j’aille à Ville Marie sans que l’un ou l’autre ne m’en fasse compliment ; enfin tu jugeras toi-même de leur valeur. Il y a eu un peu de changement dans la ferme : les fameux poulains Bill et Jeiss sont vendus. Nous les avions côtés 150$ dans l’inventaire et nous les avons vendus 250$ à Jos Bellehumeur le marchand de Lorrainville. Nous lui avons acheté un jeune cheval de quatre ans en retour pour 200$ ; C’est un très beau modèle de cheval, excellentes pattes et de belle allure, avec la balance nous lui achèterons une nouvelle semeuse perfectionnée qui nous était indispensable vu le mauvais état de notre ancienne. Nos gros chevaux sont toujours au chantier, mais nous pensons les revendre bientôt pour acheter un cheval plus jeune que nous « spanerons » avec le nouveau. Nous te mettrons au courant de tout cela quand les marchés seront conclus. Le restant des animaux, chiens, chats, vaches, etc... sont tous en bonne santé et les bâtiments en bon ordre. Tu verras bien du changement bien que ce ne soit pas encore le « up to date » que nous désirons. Nous allons semer passablement de grain cette année. Nous pensons ensemencer environ 10 hectares en avoine, blé et orge ; ce n’est pas encore l’ouest, mais c’est suffisant pour nous et surtout pour nos chevaux qui doivent préparer toute cette terre pour la récolte et faire cette dernière aussi vite que possible. Nous pensons ne faire paître nos animaux que dans le bois cette année, vu que leur pâture est labourée et portera de l’avoine. Du reste nous y avons fait et fait faire au delà de 14 acres de défrichement et ce terrain semé en prairies sera excellent comme pacage malgré les souches qui ne sont pas encore arrachées. Notre plus important travail au printemps comprendra les clôtures qui ne sont pas encore très nombreuses. Bastien le marchand de liqueur et l’acheteur de notre lot a vendu son magasin ; les uns disent qu’il viendra habiter sur sa ferme, d’autres qu’il reprendra un débit de boissons à son compte. Qui croire ? Tout le monde va bien et est content d’apprendre ta décision. Voilà mon cher François les nouvelles susceptibles de t’intéresser et en te quittant je fais encore une fois tous les voeux pour que ta décision ne change pas. Excellente poignée de main de tous Jean PS : Je rumine un petit projet d’aller encore essayer de tuer un orignal bientôt. Lettre de Mère (1857-1918) Ville-Marie 13 mars 1909 Mon cher Francis, J’ai reçu ta lettre du 24 février ainsi que Jacques et Suzanne. Jacques réfléchit à ce qu’il doit faire, il aurait préféré aider ses frères le plus longtemps possible, crois-tu qu’il soit très important pour son service militaire de revenir plus tôt pour ce brevet. Je ne le laisserai pas revenir seul, dans ce cas je devancerai mon retour, nous aimerions tous mieux ne rien changer à nos projets. André Mathon est parti pour une huitaine de jours à Gowgandaw ; c’est un endroit à 90 milles d’ici, où un Français a découvert une mine d’or, l’automne dernier ; Il y a là une véritable effervescence, on y amène les machines, quelques milliers de personnes y sont déjà, tout s’y vend un prix fou à cause de la difficulté du trafic, c’est à 40 milles du chemin de fer, loin de toute habitation, on y a construit un hôtel, un chinois vient d’ouvrir un restaurant, et on annonçait dans la presse l’arrivée de la première femme, l’épouse d’un forgeron. Un des employés de la mine est venu hier à Ville-Marie pour recruter 10 teams avec leurs charretiers ; ces hommes sont payés 7 piastres et demie par jour, hommes et chevaux nourris et logés, c’est donc 37.50 frs de bénéfice net par jour. Mais c’est un voyage très dur, trois jours de route et dans les bois, les chevaux couchant en plein air dans la neige, les gens sur leurs traîneaux ; là-bas, le travail n’est pas des plus dur mais y a t’il de quoi abriter tout le monde ? André est parti avec son charretier et ses chevaux et une bonne charge de foin dont il espère tirer un bon prix. Mr Bergeron, le sellier y est allé, il y a une quinzaine de jours, il a été 8 jours parti, il a rapporté 110 piastres. André aura bien des choses à nous raconter à son retour. Les compagnies du cobalt et de la région ont offert au Français un bon prix de sa mine, il ne veut pas vendre ; il espère dit-on trouver encore de bons filons dés que le beau temps permettra de recommencer les recherches. Jacques et Jean sont partis ce matin à Hailybury chercher des marchandises, on est venu les solliciter de plusieurs côtés pour faire du charriage ; c’est une façon de faire rapporter les chevaux l’hiver et d’occuper ses loisirs, cela rapporte de 4 à 5 piastres, suivant la charge. Jean a eu ainsi l’occasion d’aller dans plusieurs chantiers, cela lui fait connaître le pays et les gens. Jean et Robert ont eu beaucoup de plaisir dans leur dernière chasse, ils ont tué un chevreuil, un porc-épic, quelques lièvres et perdreaux. Ils avaient trouvé la trace d’un superbe bock, mais il aurait fallu rester un jour ou deux de plus et ils ne voulaient pas laisser plus longtemps Jacques seul pour le soin de tous les animaux, 4 chevaux à sortir en plus, c’est beaucoup ! Robert vient de repartir dans nos bois, voir s’il n’y a pas de piste de chevreuils. Nous avons eu hier un temps idéal, je dînais chez Marie, nous avons pu nous asseoir sur la galerie après le dîner et Paulette a été dehors de 9h½ à 5 heures ; les nuits sont toujours froides, par exemple ce matin il n’y avait que 17° sous zéro, mais la journée est de nouveau superbe. Cela fait un effet singulier cette température de printemps avec la neige tout autour de nous, on ne voit pas encore la neige diminuer. Je t’embrasse affectueusement, mon cher Francis, tous se joignent à moi. Ta Mère qui t’aime E.M. P.S. Je voudrais que tu me fasses envoyer deux livres : « Le Génie Rural appliqué aux colonies » à la librairie agricole, 26 rue Jacob, Paris, Prix 15 frs et « Sur les deux Rives » par Léon de Tinseau ce dernier est sur le Canada, j’en ai lu un compte rendu dans la presse. ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Mère (1857-1918) Ville-Marie 27 mars 1909 Mon cher Francis, Je n’ai pas pu t’écrire au dernier courrier et j’avais prié bon-papa Jonglez de te donner de mes nouvelles en te disant la raison. Cette semaine j’ai encore passé tout mon temps près de Marie, qui va mieux mais doit toujours se tenir au repos jusqu’à ce que ses muscles soient remis. J’ai pris Toto et Denise à la ferme pour que Marguerite soit un peu soulagée et que marie soit plus tranquille, ils ont beaucoup de plaisir. On a acheté à Toto une paire de petites bottes en caoutchouc comme celles de mon oncle Jacques et il l’accompagne aux écuries, c’est lui aussi qui rentre le bois pour la cuisine, il est très fier de se rendre utile. Il est fort amusant. Hier, Palma Ranger était venu prendre une charge de paille et en voyant Toto, il a dit à Jacques que sa petite fille se rappelle encore d’avoir joué avec Toto quand il était à la baie et qu’elle en parle quelquefois. Toto va à la baie voir sa maman, il lui raconte tout ce qu’il fait à la ferme, tout à coup il dit : Ah ! Mère, Toto a encore quelque chose à dire à Mère ; la petite fille de Mr Ranger aime bien Toto, et Toto aime bien cette petite fille, il en rêve toutes les nuits, Toto va aller la voir !...Il ne t’a pas oublié et, en voyant ton portrait dans la maison, il a dit tout de suite, c’est mon oncle Francis ! Denise est beaucoup plus calme, c’est un grosse mère tranquille, tout le portrait de sa mère quand elle était jeune. Nous sommes encore avec le paysage d’hiver, neige partout, mais le temps se radoucit et nous annonce un dégel prochain, il y a encore eu deux bordées de neige, comme disent les gens du pays, cette semaine, tu ne peux te figurer une telle abondance de neige, je ne m’imaginais pas qu’il pouvait en tomber autant en un hiver ; on prédit après cela une année de récolte magnifique ! Tu voudras bien remettre à Ninie l’argent pour les oeufs de Pâques des enfants, si je me souviens bien c’est 10 frs par enfant et 15 frs pour mon filleul ce qui ferait 55 francs, Ninie te dira si c’est bien cela, je n’ai pas ici le livre dans lequel tout cela est noté. Au sujet du calorifère, bon-papa Jonglez me dit qu’il y a un nouveau système dont il parlera à Burms, étudie la chose et soumets-moi les devis. Je serai très content que Jacques puisse rester ici le plus longtemps possible, il pourrait s’occuper d’apprendre ce qu’il est nécessaire de savoir et il aurait encore un mois au retour pour se préparer, j’ai l’intention de quitter fin août ou commencement septembre. Si nous pouvions partir par le St Laurent, j’aimerais voir Québec et faire ce trajet très joli, dit-on. La Compagnie des Transatlantiques va mettre plusieurs bateaux cette année pour le service du Havre à Montréal. Informe-moi. Je t’embrasse bien affectueusement, tous tes frères et soeurs se joignent à moi. Compliments aux bonnes. Ta Mère qui t’aime E.M. ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Mère (1857-1918) Ville-Marie, 3 avril 1909 Mon cher Francis, Je t’écris avec la porte du jardin toute grande ouverte, 16° au dessus de zéro à l’ombre, à trois heures de l’après-midi. C’est très bizarre d’avoir cette température printanière avec encore de la neige partout. Elle fond, mais on s’en aperçoit seulement en constatant que l’on voit davantage des clôtures chaque jour, on continue à passer le lac en traîneau et à circuler sur les routes de la même façon. Il y a une telle épaisseur de neige cette année qu’il faudra plus longtemps pour fondre. Elle a diminué de plus d’un pied en 2 jours. Marie va bien, elle est maintenant complètement remise de sa chute et je lui rendrai dans quelques jours mes deux petits pensionnaires Toto et Denise. Ils s’amusent à la ferme et ne demandent pas du tout à retourner chez eux ; j’ai acheté une paire de petites bottes en caoutchouc pour Toto, il peut ainsi suivre ses oncles partout. Ninie s’amuse avec les poupées, elle joue en ce moment sur la galerie tout en chantant pour endormir sa fille. La jeune Paulette a deux dents, elle est toujours aussi facile. Jeanjean grossit toujours, tu le trouveras bien changé au mois d’août quand tu viendras. Chez Lucy tout va bien, les santés sont excellentes partout Tu demandes à Jean dans ta dernière lettre des nouvelles des affaires Mathon ; bien que leur associé pour les fourrures, Mr Jo Boyle, ne leur ait jamais envoyé autre chose que des promesses au lieu de capitaux, ils ont pu jusqu’à présent s’en tirer tant bien que mal. Naturellement, il n’est plus question d’association et ils ont du payer seuls tous les frais pour l’établissement du poste de fourrures à Abitibi ; ils ont restreint leur nombre de commis et taché de faire le plus d’économies possible, afin de pouvoir faire face à tout malgré leurs capitaux restreints, le plus difficile est passé. Le commerce de fourrures rapporte beaucoup, mais il faut de l’argent pour acheter, Mr Lapérière s’y connaît en peaux, c’est lui qui va au poste faire les achats aux sauvages ; il y en a qui échangent leurs peaux contre de la marchandise, André a là tout un stock, c’est un double profit. Si l’insuffisance de capitaux ne leur permet pas de continuer, ils chercheront à recéder ce poste à une compagnie ; c’est une leçon pour eux, ils ne seront plus si confiants une autre fois, je t’en réponds. Les affaires ont été calmes l’hiver mais les gens reviennent des chantiers et on s’attend à ce qu’il y ait plus de vente au magasin ; hier quand j’y suis allé, il y avait beaucoup de monde. J’ai reçu une longue lettre de Charles, il compte rester à Cannes jusqu’au 15/20 mai ; il me paraît content de la santé de sa femme. Je te quitte, mon cher Francis, en t’embrassant bien affectueusement, tous tes frères et soeurs se joignent à moi ; Toto et Nini embrassent mon oncle Francis. Ta Mère qui t’aime E.M. J’ai lu dans les journaux les différents articles de l’impôt sur le revenu, il me semble que je ne paierai pas beaucoup plus que maintenant. ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Mère (1857-1918) Ville-Marie, 15 avril 1909 Mon cher Françis, Nous voilà enfin au printemps, presque plus de neige et ce qui reste fond vite, avec 15° au dessus de zéro, les traîneaux vont être remisés jusqu’à l’hiver prochain, mais quelle boue et que d’eau ! ! ! La terre n’est pas encore dégelée assez profondément pour absorber toute cette neige qui a fondu ; les ruisseaux sont débordants, notre creek fait un bruit qui rappelle en tout petit les chutes du Niagara, on l’entend de la maison ! Notre voisin, Mr Bastien, va faire habiter sa ferme par son frère, il se construit un poulailler, des écuries, on l’entend tapoter et clouer toute la journée ; il a déjà quelques animaux. On attend maintenant impatiemment de pouvoir commencer les travaux, tout est prêt, charrues, herses, semences ; si le temps peut-être propice, on est parti pour faire une bonne année. Tu me parles dans ta lettre des Mathon qui n’ont pas encore payé les intérêts à bon-papa mais, Paul a écrit à ce sujet-là à bon-papa qui l’a probablement oublié pour expliquer la cause de ce retard et lui demander de bien vouloir attendre et toucher les 2 annuités ensemble. J’ai du te parler dans une de mes dernières lettres de ce qui les avait un peu déroutés pendant un moment, ils n’ont pas reçu les capitaux promis par Mr Boyle pour le commerce des fourrures et ils ont dû endosser tous les frais seuls. C’était un peu juste pour leurs capitaux, ils sont maintenants à flot ; la banque ici ne fait guère d’avances, et je n’ai pas aimé leur avancer d’argent afin que la leçon leur profite ; ils ont eu un peu de tracas, cela leur donnera de l’expérience. Jacques va écrire à Mr Robiquet pour lui demander s’il a reçu une réponse au sujet de sa demande d’être versé dans la cavalerie, il t’écrira dés qu’il saura quelque chose. Bon-papa me dit qu’il est question que vous repreniez une filature à Fourmies, ou ailleurs, que dans ce cas on pourrait peut-être en donner à Charles la direction commerciale, la maison Masurel Frères a-t-elle vraiment l’intention d’étendre ses affaires ? Tu ne m’en dis rien dans tes lettres ! Charles, jusqu’à présent, a pu vivre sur ses placements d’argent qui ont été heureux ; avec la santé de sa femme, qui a nécessité de nombreux déplacements, il ne pouvait songer à autre chose, mais maintenant que cela va tout à fait bien, je suppose qu’il va s’en occuper au retour. Je t’embrasse bien affectueusement, mon cher Francis, tous tes frères et soeurs se joignent à moi. Compliments à tout le personnel. Ta Mère qui t’aime E.M. P.S. Le lac est encore suffisamment gelé pour qu’on le traverse en traîneau mais c’est la fin et ne sois pas étonné si le prochain courrier est en retard. ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Mère (1857-1918) Ville-Marie 22 mai 1909 Mon cher Francis, Je réponds à tes deux lettres du 7 et du 10 courant, la dernière arrivée ce matin ; Je te félicite de tes succès hippiques, un premier prix, c’est superbe et des flots de ruban !... Pour le voyage, il est entendu que tu te charges de retenir le passage à bord de la Lorraine, le 2 septembre, comme je te l’ai indiqué dans ma dernière lettre et que nous passerons par Toronto pour voir les chutes du Niagara. Jacques me demande de joindre à ma lettre, la réponse qu’il a reçu dernièrement de Mr Robiquet, vice-consul à Montréal, au sujet de son service militaire ; il me semble, d’après cette lettre que nous ne pouvons qu’attendre, à moins que tu ne connaisses quelqu’un qui pourrait appuyer la chose en France. Fais pour le mieux. Les semailles sont commencées depuis hier matin, le temps est à souhait, ces travaux sont très intéressants à suivre. Les instruments aratoires, très perfectionnés en Amérique, simplifient beaucoup la besogne et le travail est mieux fait ; ainsi Jean a semé hier tout un champ en avoine d’une superficie égale à notre propriété de Mouvaux, c’est l’ancienne pâture sur le chemin, dont tu dois te rappeler, il a semé là 8 sacs. Aujourd’hui, c’est près de la maison qu’il sème avoine et mil ensemble parce que cette partie là se fera en foin l’an prochain. Avec les semeuses mécaniques vous semez ce que vous voulez et on règle la quantité mathématiquement ! Il y aura beaucoup de terre ensemencée cette année, si le temps peut être favorable, il y aura certainement des bénéfices cette année à la ferme. Robert s’occupe du potager et je compte que nous pourrons t’offrir de bons légumes au mois d’août ; en ce moment il repique des tomates et des céleris qu’il a eu ce matin à Mr Pommier, le jardinier des Mathon, c’est un Breton qui s’entend très bien en légumes et en fleurs, tu en jugeras par le jardin de tes soeurs. Je suis contente des bonnes nouvelles que tu me donnes des affaires ; l’inventaire s’annonce bien d’après ce que tu me dis. Je verrai à mon retour, si je puis faire quelques placements, avec l’argent qui me reste, si je ne puis pas le laisser dans l’affaire. Les ménages Mathon vont bien, Mr Lapérière est parti au poste d’Abitibi pour y acheter les peaux aux sauvages, après leur chasse de l’hiver ; il les échange contre des marchandises ou de l’argent. Les Mathon ont là tout un stock qui se vend à très haut prix ; il est vrai de dire que pour les amener au poste cela leur revient aussi très cher comme transport. Je t’embrasse bien affectueusement, mon cher Francis, tous tes frères et soeurs se joignent à moi, on attend ton arrivée avec impatience. Ta Mère qui t’aime E.M. P.S. Jacques qui lit ma lettre proteste parce que je ne parle que de Jean et Robert, je répare ; Jacques a hersé et préparé les champs à ensemencer avec son étalon et son cheval Boy qui vont très bien aussi pour les travaux des champs. ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Mère (1857-1918) Ville-Marie 24 juin 1909 Mon cher Francis, J’ai reçu avant-hier ta lettre du 11 juin, tu as maintenant ma réponse au sujet du calorifère et je suppose que tu t’en es déjà occupé pour que tout soit prêt à mon retour. Tu me demandes si les Mathon ont fait leur inventaire récemment, ils ne me l’ont pas dit. Ils attendent avec impatience maintenant le résultat du voyage de Mr Laperière qui est parti à Woodstock pour voir Mr Jo Boyle, ce dernier ayant gagné son procès pourra peut-être avancer à son beau-frère les capitaux nécessaires pour l’affaire de fourrures. La mine d’or de Mr Boyle est estimée à plus de 12 millions, il serait bien facile, il me semble, maintenant de remettre quelques centaines de mille francs à son beau-frère qui est très connaisseur en fourrures ; il y a de très gros bénéfices à y faire paraît-il. La mine d’argent qui se trouve à 2 miles en arrière de notre propriété vient d’être achetée par un américain qui va la faire exploiter ; Jean en se promenant, il y a quelques jours dans ces parages a vu l’américain qui y était, nous allons voir ce qu’elle va donner, si elle était bonne cela ferait du bien à Ville-Marie. Aujourd’hui Jacques et Jean sont partis avec André et Marie en gazoline aux courses de New Liskeard ; quelques personnes du pays y courent, c’est une attraction. Dimanche il y en aura ici. Robert garde la ferme avec Suzanne et moi. Suzanne est en vacances et nous avons assisté dimanche soir à la séance donnée par les élèves ; séance intéressante mais il faisait bien chaud ! Il y a eu en même temps distribution de quelques prix, on n’est pas aussi généreux au Canada qu’en France, il y a un prix de catéchisme et un d’application par classe et elle a eu un prix de musique qui lui a été offert par ces dames Mathon ! Elle a bien travaillé, les religieuses en sont très contentes et regrettent de la voir partir ; elle même se trouvait fort heureuse au couvent et s’est raccommodée avec le Canada cette année. Le temps est chaud et sec cette semaine, on désire beaucoup la pluie surtout pour les prairies, le foin ne sera pas bien haut si cela continue. Les récoltes sont belles jusqu’à présent, mais un peu de pluie les ferait encore mieux partir ! Notre potager devient superbe, hier Robert, le jardinier en chef, a repiqué encore 400 salades, j’espère que tu ne manqueras pas de légumes au mois d’août ! Au revoir, mon cher Francis, je t’embrasse bien affectueusement, compliments aux bonnes. Amitiés de tous. Ta Mère qui t’aime E.M. ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Lucy Mathon-Masurel (1884-1917) Ville-Marie, 1909 Mon cher Francis, Voilà plusieurs fois que je me propose de t’écrire, je sais que les nouvelles te font plaisir, je me reprochais de ne pas t’en donner plus souvent. Les journées passent très vite ici : le matin la marmaille vous prend une grande partie du temps, l’après-midi nous sortons en voiture ou nous allons passer l’après-midi avec Mère, en sommes nous avons une vie très agréable maintenant que nous avons du personnel pour nous servir. Nous aurions tort de nous plaindre, les affaires qui ont été assez calmes cet été reprennent maintenant. Le poste que nous avons fait dans l’Abitibi entre Révillon et la baie d’Hudson promet de nous satisfaire. Mr Lapérrière notre associé est certainement très fort pour l’achat de la fourrure, de plus il connaît beaucoup de sauvages, c’est un grand avantage car il ira lui même leur acheter les fourrures après leurs chasses tandis que Révillon et la baie d’Hudson ne se dérangent jamais, ils ne quittent pas leurs postes, ils attendent que les sauvages viennent leur proposer leurs marchandises. J’ai reçu tout dernièrement la carte postale que tu m’as envoyée. Nous aurons en effet le désir de rentrer en France l’été prochain, rien n’est décidé cependant, il faut que nous soyons suffisamment satisfaits des bénéfices de l’affaire, si nous partons nous nous embarquerons vers la fin d’avril. Nous aurons donc le plaisir de te voir avant que tu ne t’embarques pour le Canada. Mère nous ayant dit que tu projetais d’y revenir. J’espère que tu nous écrira bientôt, que tu nous mettras au courant de la chronique qui nous intéresse toujours beaucoup, en attendant je t’embrasse bien fort. Paul t’envoie son bien affectueux souvenir. Lucy ----ooooOOOOoooo---- Lettre d’André Mathon-Masurel (1880-1954) Ville Marie Septembre 1909 Mon cher François, Ta lettre du 16 écoulé m’est bien parvenue, le même courrier m’en apportant une de papa, elles concordent toutes les deux. J’aurais voulu te répondre plus vite, mais ayant réduit les frais généraux à leur plus simple expression, nous sommes obligés de faire beaucoup par nous même. Depuis que nous nous sommes vus tous nos plans sont changés. D’abord nous liquidons notre magasin de Ville Marie et gardons nos fourrures qui sont appelées à nous donner un plus beau résultat. La liquidation est commencée depuis 3 jours et nous sommes assez contents, le plus difficile est de faire rentrer les comptes, mais avec de la patience nous en viendrons à bout je pense. C’est malgré tout une affaire de longue haleine. En faisant notre situation approximative voici comment nous allons probablement sortir de cette affaire, il nous restera environ 8 à 9000 piastres liquide et notre poste et nos bâtisses ce qui montera à environ 35 à 36000 $. Somme toute, nous sortirons comme nous serons entrés. Avec l’argent liquide nous tâcherons de faire quelque chose à Montréal où dans un centre car mon idée n’est pas changée, c’est qu’il y a plus à faire au Canada qu’en France. Mais je t’assure qu’avant d’entreprendre une autre affaire, je l’étudierai à fond et ne serai plus pris comme je l’ai été cette fois-ci. D’autant plus que le poste nous permettra d’attendre. Mon chef de poste est descendu ces derniers temps et est fort satisfait de la marche des affaires. Je ne serai pas surpris qu’il nous rentre cet hiver 7 à 8000 piastres de fourrures. Notre première année n’a pas été extraordinaire comme il fallait s’y attendre, ayant à lutter contre la Baie d’Hudson et Réveillon, mais cet hiver nous aurons notre part au gâteau et je ne pense pas que ce soit la plus petite. Te voilà donc renseigné, mon cher François, sur nos projets. Attendons maintenant qu’ils se réalisent. Sitôt qu’il y aura quelque changement je t’en ferai part. La famille continue à se bien porter, grands et petits. L’hiver nous arrive vite, hier pendant la nuit nous avons eu de la neige et je ne serai pas surpris que d’ici trois semaines le pays en soit couvert, je crains même un hiver rigoureux. Jean et Robert ont loué leur terre et pris un appartement à Ville Marie, ce qui fait que nous avons souvent le plaisir de les voir. C'est une distraction pour ces dames. Sur ce, mon cher François, je te quitte en te serrant la main. Embrasse Mère, Zézette pour nous, dit leur qu’elles nous manquent beaucoup. Amitiés à tous. Ton beau frère dévoué André Mathon ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Marie Mathon-Masurel (1882-1954) Montréal le 31 mars 1913 Mon cher Francis, Ta lettre du 11 mars m’a fait un vif plaisir, aussi comme tu vois je ne tarde pas à y répondre. André est de retour d’Abitibi depuis 3 semaines, il s’est immédiatement mis à l’inventaire avec Mr Bézette le comptable qui était allé avec lui prendre l’inventaire. Les choses ont été mises sur un très bon pied maintenant et nous attendons le rapport fait et signé par le comptable ainsi que par les administrateurs pour l’envoyer en France aux actionnaires. Nous gagnerons $ 1200 et quelques dollars. J’ai causé moi-même à l’expert comptable qui est tout à fait un homme d’affaires et il nous a dit que l’affaire pouvait être très bonne maintenant que nous avons les capitaux suffisants ; espérons que l’année prochaine sera réellement bonne. Je te serai en tout cas toujours infiniment reconnaissante de toute la peine que tu t’es donnée pour moi pendant mon séjour en France. Je me demande parfois si sans toi je n’aurai pas fini par me décourager un peu. Joe t’envoie 4 gallons de sirop d’érable, tu peux en faire beaucoup de cas, c’est le meilleur qu’on puisse trouver dans tout le Canada ; mais pour Francis, il n’y a rien de trop bon ! dit Joe. Il est aussi, je crois, enchanté de pouvoir vous offrir quelque chose en échange de la charmante hospitalité que Mère lui a offerte. Il est venu avec son fils à Pâques ; ce dernier m’a mis la maison et les enfants sans dessus dessous ; Paulette était devenue aussi gamine que lui. Je n’ai jamais vu un gamin aussi terrible. Mais Joe en est très fier, il appelle cela de l’exubérance. En tramway il y a en face de lui une dame qui ne lui plaît qu’à moitié, il crie tout haut « qu’elle est laide et a le teint jaune » ; la dame qui comprenait parfaitement l’anglais a piqué un phare ! ! !... Un monsieur le gène, il lui donne des coups de poing. Il voit un vieux monsieur tranquillement assis lisant son journal, il lui chatouille le nez avec un petit drapeau. Fureur du monsieur. Pauline ne comprenant pas ce qu’il lui dit ne lui répond pas, il se précipite sur elle pour la taper mais il calcule mal son élan et fonce sur une cafetière qu’il renverse avec son contenu. Et je pourrais t’en citer comme cela des tas. C’est assez drôle à raconter, mais c’est moins amusant pour sa mère qui ne veut absolument plus sortir avec lui. Physiquement il est fort comme un petit turc et très joli petit garçon. J’attendais une lettre de Mère ce matin, mais il n’y a pas eu de courrier de France. Je suis anxieuse de savoir si Paul a enfin trouvé une affaire. Cette pauvre Lucy doit tellement se tourmenter. Je ne la vois pas très bien non plus à Paris avec ses 4 enfants qui ne sont pas très faciles et encore fort jeunes. Ils étaient à peu près décidés pour l’affaire Aymé comme tu me le dis dans ta lettre, si oui l’affaire doit être terminée maintenant. Je serai curieuse de savoir si Charles va reprendre une partie de l’affaire d’importation de son beau-père, ce serait une excellente chose pour ce dernier et ses héritiers. Tu peux être tranquille je n’en parlerai à personne tant qu’on ne m’aura pas appris officiellement la chose. Mes enfants vont très bien. Denise a fait sa première communion d’une façon très édifiante. Elle avait été opérée des amygdales 8 jours avant et elle avait montré un courage de petite femme, les docteurs en étaient étonnés et m’ont beaucoup félicitée d’avoir un enfant aussi raisonnable. Elle va maintenant comme un charme. Paulette est toujours la plus gamine ; rien d’étonnant, André la gâte beaucoup et elle a une nature un peu américaine ; elle est très indépendante et se fiche de tout. Jean est doux comme une fille mais n’a pas le feu sacré pour ses études. Toto marche bien au collège, il est demi-pensionnaire depuis mon retour car les soins de propreté laissaient à désirer et les enfants il faut leur apprendre dés qu’ils sont jeunes à être très propres ; il a d’ailleurs été ravi de ce changement. Au point de vue sociale, je me suis fait quelques nouvelles relations depuis mon retour. Le sénateur Wilson et sa femme dont la fortune est estimée une des plus grosses de Montréal ; ils ont une maison splendide meublée entièrement à la française, 3 automobiles, etc... Il y a des jeunes filles charmantes qui pourraient faire l’affaire de mes frères plus tard. Mr Perrault architecte et sa femme. Les Marchand, le juge Bruneau et sa femme. Et d’autres, mais je ne puis te les citer tous au long. J’ai donné un thé il y a quinze jours ; nous étions 18 à 20 dames, ce fut très gai. Depuis j’ai eu quelques réunions de bridge, thé, etc... Ce matin nous sommes rentrés à 2h ½ d’une soirée chez l’honorable Pérard. Cet après-midi j’ai un thé chez Mme Duheux, mercredi chez Mme Ferrand. Jeudi nous sommes invités à une partie de théâtre suivi de souper par les Marchand. Je suis vraiment très contente de voir que petit à petit j’arrive à me faire des relations dans la plus belle société de Montréal, et sans me donner de misère : une relation vous en amène une autre et ainsi de suite. Je change d’appartement dans 15 à 20 jours, quand tu m’écriras adresse moi ta lettre au N° 2255 Park Avenue. The Oatway, c’est le nom du nouvel appartement, j’en au fait la description à Mère, elle pourra te dire qu’il est vraiment pas mal. Nous allons relouer à Rigain, à la grande joie de Joe qui compte y venir toutes les semaines du samedi au lundi ; c’est entre Ottawa et Montréal et les communications sont faciles, il y a des trains constamment. Nous sommes invités par le juge Choquelle et sa femme à aller passer quelques jours avec eux dans leur club de Winchester, dans les montagnes à 5 ou 6 heures de Montréal. Nous y serons au moment des « sucres », c’est à dire quand on retire le sirop des érables. Comme nous serons toute une bande, ce sera très gai. Le soir on fera des bridges, on dansera. Le pays est superbe, nous y ferons des excursions dans la journée . Avec Pauline je suis tranquille, je pourrai lui laisser les enfants. J’ai bien peur que cette loi de 3 ans n’empêche Jean de venir en octobre. J’en serai navrée. Je me faisais une si grande joie de vous vous voir sous peu toi et lui. Tu remettras peut-être, dans ce cas là, ton voyage à 1 an. Dis à Gaston que sa tante ne l’oublie pas et qu’elle maintient son invitation pour quand il sera en age de venir au Canada. Mon cher Francis, tu ne pourras pas te plaindre cette fois-ci quel volume fourni qu’il t’intéresse. Je t’embrasse très affectueusement et à bientôt j’espère le plaisir de te lire, amitiés d’André, baisers des enfants. Ta soeur qui t’aime. Marie. ----ooooOOOOoooo---- Lettre de Marie Mathon-Masurel (1882-1954) 2255 Park Avenue 16 juin 1913 Montréal Mon cher Francis, J’ai un peu tardé à répondre à ta gentille lettre de fin avril qui pourtant m’a fait un trèsvif plaisir. André est à l’Abitibi depuis le début de mai, il me revient dans une huitaine, nous installera à Rigaud, repartira jusqu’en Août et reviendra prendre un mois de vacances avant d’entreprendre son long voyage qui durera tout l’hiver. Ce n’est évidemment pas gai pour moi ; mais que veux-tu, si nous voulons gagner de l’argent dans l’affaire de fourrures, c’est le seul moyen. Je préfère encore qu’André ait une affaire, même si elle a des inconvénients, que de le voir comme ce pauvre Paul qui cherche encore toujours. Mère t’aura dit probablement que je suis très désireuse de l’avoir cet automne pour la naissance de mon cinquième, André ne sera pas là, je vais être bien seule. Quant’à toi, mon cher Francis, malgré le vif plaisir que j’aurai à te voir , il serait préférable pour toi que tu ne viennes pas à ce moment là, car tu n’auras pas beaucoup d’agrément. Vu ma situation de femme intéressante je ne pourrai pas sortir, et l’ami Joe qui aimerait tant te donner a « good time » sera très probablement dans des pays perdus à bâtir une ligne de téléphone ; aussi comme ça ne t’arrive pas souvent de venir en Amérique nous voudrions bien, lorsque tu y viendras, que tu en gardes un très bon souvenir. Si Mère venait cet automne, tu pourrais venir la chercher plus tard par exemple. Crois-tu qu’elle vienne ? J’ai bien peur que non ; la famille va la retenir ; on va lui donner des tas de raisons etc...et je vois d’ici que mes espérances vont devoir s’envoler. Pour Jean, quand finira-t-on par savoir si oui ou non il va faire ses 3 ans. Son appartement de garçon est toujours à louer, le propriétaire m’a dit qu’il n’était pas pressé... (manquent les pages suivantes) Marie Mathon-Masurel Lettre de Marie Mathon-Masurel (1882-1954) Rigaud (Québec) 15 juillet 1913 Mon cher Francis, Je tiens à répondre de suite à ta lettre du 26 juin qui m’a fait grand plaisir. Je sais par Mère que tu as été très peu à Paris depuis quelques semaines et tu n’as pas idée de ce qu’elle a été touchée des attentions et des égards que tu as eu pour elle pendant les moments tristes et prévisibles qu’elle vient de passer. Pauvre Mère, son rêve serait de te voir marié et heureux et elle a le ferme espoir qu’il se réalisera. J’avoue que je suis un peu comme elle et je crois la chose très possible, Rome pour une fois sera faillible. Je ne garde pas grand espoir de voir venir Mère au Canada en octobre ; Au fond Jette est je crois un peu préoccupée de ne pas encore avoir eu de demande ; toutes ses amies se marient et elle en ferait peut-être volontiers autant. Un voyage au Canada peut lui faire échapper une bonne occasion ; Je t’avoue que je n’ose même plus le demander et je n’en parle plus dans mes lettres car je ne voudrais pas entraver, même momentanément, l’avenir de cette chère petite Jejette. Somme toutes elle connaît bien peu de monde et, si elle désire se marier, il faudra qu’elle sorte un peu plus l’an prochain. Elle ne voit que presque toujours le même cercle et comme les jeunes gens sont rares ce n’est pas trop étonnant. Je n’ai pas encore reçu tes photos et Joe n’a pas reçu celle que tu lui a envoyée car il l’attend toujours, je lui en remettrai une des miennes car je sais qu’il y tient beaucoup. Je ne suis pas étonné que tu aies trouvé Tomler joli, c’est un superbe enfant ; quant à madame Joe, elle est mieux que sur sa photo mais elle n’a pas en effet un caractère des plus suaves ; comme beaucoup d’américaines elle est un peu égoïste. Avec ses amies elle est charmante, mais elle doit être moins agréable avec son mari d’après ce que j’ai pu en juger. Les Bérard et non Pérard sont à Paris, hôtel Régina, ne te dérange pas exprès pour eux, seulement si tu en as l’occasion. Je comprends que Lucy soit agacée d’avoir toujours son mari dans les jambes, si j’étais à sa place je casserai les vitres une bonne fois en lui disant que, s’il n’est pas capable de faire vivre sa famille qu’il aille manger ailleurs, qu’à son âge on ne vit pas au crochet de sa femme. C’est vraiment un honte ! Quant à notre affaire de fourrures, mon cher Francis, j’attends comme toi le r ésultat de l’hiver prochain pour voir si vraiment elle peut être une bonne affaire. Depuis 5 ans qu’elle marche, nous n’avons perdu de l’argent que l’année dernière ; les bénéfices ont toujours été très petits c’est vrai, mais l’argent nous a toujours fait défaut. Cet hiver André sera 5 à 6 mois dans les bois achetant de la fourrure pour la compagnie et tendant des trappes pour son compte qu’il revendra à la compagnie. Nous espérons faire un bon inventaire. La fourrure a baissé cette année, mais elle peut remonter d’ici le printemps prochain. Nous avons envoyé les fourrures à Londres cette année ; elles seront vendues en octobre. Comme nous avons suffisamment d’argent, cela nous permet d’attendre jusqu’à cette date là qui est la meilleure et sans demander d’avance sur laquelle on chargeait 10%, ce qui diminuait encore le bénéfice de la fourrure. Enfin, j’espère et c’est beaucoup : aussi n’ai-je pas hésité à conseiller et à encourager André de partir tout l’hiver dans l’intérêt de ses affaires. Il est certainement très regrettable que cette année justement j’aurai mon cinquième héritier ; ce sont des choses qu’on ne prévoit pas toujours. Le moment de ma couche sera certainement un peu pénible si je suis seule ; j’ai heureusement quelques vrais amis qui me sont très dévoués et sur lesquels je compte beaucoup ; bien que ce ne sera jamais comme Mère. Tu verras les photos que j’ai envoyées des enfants ; l’appareil n’étant pas très bon, les photos sont très ordinaires. Cette gamine de Paulette m’a dit ce matin qu’avec mon gros ventre j’avais l’air d’un curé. Elle en a vu un à la distribution des prix qui avait une bedaine formidable, elle s’imagine que tous les curés sont affligés de la même infirmité. Denise, entendant la réflexion de Paulette lui a dit de se taire, que ce n’était pas de ma faute, qu’elle avait remarqué ce changement depuis que je portais un corset du Canada et elle m’a dit « tu devrais en commander un à Paris, comme tu faisais avant ». Ils sont, jusqu’à Toto, d’une naïveté étonnante, ils savent pourtant très bien que je vais acheter un bébé car j’ai promis, dés mon retour de Montréal, d’acheter un berceau et on laissera tous les jours la fenêtre ouverte pour que la cigogne puisse entrer quand elle passera. Les 3 petits sont enchantés. Toto trouve que c’est assommant et qu’il était bien plus tranquille sans un bébé qui va crier tout le temps. André est parti jusqu’au 15 Août à l’Abitibi. Il reviendra ensuite jusqu’au 5 ou 6 septembre et partira vers cette date pour 5 ou 6 mois, jusqu’en mars probablement. Comme il y a bien peu de courriers dans ces parages là, il apprendra l’événement des semaines après l’événement très probablement. Espérons que tout ira bien ; ma santé est excellente ; le grand air de Rigaud m’a fait beaucoup de bien. Tu es au courant de mon existence ici par Mère, aussi ne t’en dirai-je pas plus long ; écris moi encore, tes lettres sont toujours si intéressantes. Aussitôt tes photos reçues, je t’enverrai un mot pour te prévenir. Je t’embrasse affectueusement, les enfants se joignent à moi. Ta soeur qui t’aime Marie Lettre de Marie Mathon-Masurel (1882-1954 2255 Park Avenue 20 septembre 1913 Mon cher Francis, André est parti à la baie d’Hudson il y a quelques jours. Ce départ était un peu émotionnant vu la distance, la longueur du voyage et surtout la totale impossibilité de donner et de recevoir des nouvelles d’un côté comme de l’autre. Mais c’était indispensable si nous voulions faire une bonne année ; maintenant que nous avons les capitaux suffisants il faut les faire fructifier et le seul et unique moyen dans notre commerce c’est la « trade » qui est d’ailleurs l’unique but du voyage d ‘André, il chassera aussi avec le sauvage entre temps. J’espère que tes vacances se sont bien passées et qu’elles ne t’ont pas coûté trop cher, car les endroits à la mode que tu choisis généralement sont loin d’être à bon marché. Nous causons souvent de toi avec Joe, pour lui tu es le type le plus chic et le plus gentil qu’il ait rencontré en France, je lui ai donné ta photo qu’il a emportée chez lui et »you have made a hit with my wife », c’est ce qu’il m’a dit. Il viendra me voir de temps en temps cet hiver, c’est un très bon ami sur lequel je puis compter. Tu n’as pas idée comme je suis navrée de ne pouvoir assister au mariage de Jette ; si je n’avais pas attendu mon cinquième pour dans 2 mois je n’aurais pu résister au désir d’aller en France ne fut ce que pour un mois, mais vu les conditions actuelles il est inutile d’y songer. Henry (Dewavrin) m’a écrit très gentiment. Son style et son écriture m’ont beaucoup plu ; cette dernière indique du caractère. Espérons que cette petite Jette sera heureuse, elle est si gentille, si bonne et d’un caractère si facile. Sans vouloir faire tort à Nini, Lucy et moi-même, je crois que des gendres de Mère Henry aura lui aussi tiré le meilleur numéro. Tu es bien gentil de me complimenter sur mes enfants, tu me prends par mon faible, car je l’avoue sincèrement j’en suis très fière, ils sont si gentils et affectueux pour moi que je suis très indulgente pour les petits défauts qu’ils ont comme nous en avons tous. Mon cher Francis, puisque tu me demandes mon avis au sujet d’un voyage ici, le meilleur moment serait mai ou juin. J’en ai parlé à Joe, il est aussi de cet avis. Inutile de te dire que nous serons absolument ravis, enchantés de t’avoir parmi nous et nous ferons tout ce qui est possible pour te donner « such a good time » que tu nous reviendras ensuite tous les ans. Je suis très heureuse de penser que Jean viendra peut-être en sortant du régiment m’apporter comme il le dit son appui moral. Je ne veux pas trop penser à la solitude dans laquelle je vais me trouver cet hiver (spécialement au moment de ma couche) mais tu comprends que cette situation est loin d’être gaie et que j’en souffre plus que je ne le laisse paraître. Aussi la perspective d’avoir Jean quelques temps avec moi m’enchante tellement que je n’ose pas l’espérer de peur d ‘être déçue. Quant à la question de son avenir, il ne faut pas craindre que je ne l’influence pour ce pays ; c’est une responsabilité que je n’oserais pas prendre car j’aurais très peur de leur inexpérience des affaires dans un pays où il y a tant de malhonnêtes gens « in business » auxquels on donne le surnom pompeux de « Business Men ». Je reçois mes amies de temps en temps pour un thé ou une partie de bridge ; elles me téléphonent pour avoir des nouvelles, elles sont vraiment très gentilles et attentionnées ; mais malgré tout, çà ne vaut la famille et rien ne peut remplacer l’excellente mère que nous avons ; ce qu’elle va me manquer dans 2 mois ! plus que jamais ! Maintenant mon cher Francis je vais te dire au revoir ; écris moi quand tu as le temps, j’ai si grand plaisir à te lire. Je t’embrasse très affectueusement comme je t’aime. Ta soeur aimante Marie « 


Un témoignage de Mary Conlife don’t la grand mère était gouvernante des Emile rasson-Masurel: “
MY GRANDMOTHER AS GOVERNESS  IN OCCUPIED FRANCE 1914-1918
As a child growing up in Derrinsallagh, Borris-in-Ossory, Co. Laois I had often heard my mother Catherine Hogan (nee Cummins), discuss the great moral strength, poise and elegance of my grandmother Catherine Cleere (nee Meagher), a young lady who went to work at the age of twenty eight in France as a Governess on 30 June 1914 just prior to World War One.  I was almost three years old when she died and only remember visiting her in bed close to her death. Her sojourn in France is part of the inscription on her headstone at Clough Cemetery Co. Laois.

Emile%20Rasson%20Tourcoing%20my%20grandmother%20was%20his%20governess

Emile Rasson; Tourcoing;my grand-mother was his governess 

Rasson%20Masurel%20familiy%20photo%20brought%20to%20Ireland%20    Rasson-Masurel-    Rasson-Masurel-Catherine%20Cleere%20Clough%2022%20March%201885-16%20April%201954%20On%20her%20travels%20as%20governess%20in%20France%201914-1918%20buired%20in%20Clough,Co.Laois%20with%20my%20Mother%20Catherine.jpg                        

Les Emile Rasson-Masurel;                                                                                                         Catherine Cleare
 
She had been engaged by the famous merchant family of Madame and Monsieur Rasson/Masurel at 100 Rue Carnot Tourcoing, Nord, a town close to the border with Belgium and the nearby city of Lille.  Communication with home became impossible and neither side of the family was aware of the other’s welfare for long periods.  In my mothers sitting room sorting out photos and letters I spent many long evenings amazed to find a collection of photos and memory cards of the French family Masurel/Rasson. There was also a collection of postcards sent from Montmirail a lovely little country village in Sarthe, dated 1906 and 1909 from my grandmother’s sisters who seem to be employed by a glass merchant family who owned the Castle in Montmirail.
 I checked the internet and found that the Masurel family had been engaged in the industries of wool, spinning and silk since the year 1508.    In the year 1894 the company employed one thousand workers.  Francois Masurel was in control of the family business and when he died in 1894 his death lead to public mourning.   From a book called The Emergence of Modern Business Enterprise in France 1800-1930 by Michael Stephen Smith I noted that the Masurel family were serious collectors and patrons of important artists like Joan Miro, Fernand Leger, Roger Dutilleul, Pablo Picasso, Andrew Derain, Georges Braque, Henri Laurens, Frenand Leger, Modigliani, Klee, Georges Rouault and many more.  I decided to contact Sophie Levy, curator of the Greater Lille Museum where the collections are now housed. She gave me a contact of a descendant called Thierry Prouvost living in Paris.  He is compiling two volumes of family history and extended families in the business. I have seen part of the monograph which includes a photo of the same house as per the1906 postcard sent to Ireland.   I am trying to establish how the connection with France evolved.  Hence in October 2013 I visited Montmirail to try and establish some contacts there. Progress is slow. I met with Thierry Prouvost in Paris who has promised to include some details of my grandmother’s  connections with his family in his new book.   A future visit to the town of Tourcoing should shed more light on the story.
 
 It appears that Catherine arrived in France on 1 July 1914, just one month prior to the outbreak of World War One after German troops invaded Belgium on 4 August. All this information is gleaned from letters, and a diary which somehow reached Ireland during the conflict.  It is amazing how a young woman from rural Ireland managed to settle into such an alien environment, becoming fluent in the French language after a very short time.    Many of the letters are now in my possession and I have combed them carefully in an effort to arrive at a picture of Catherine’s life with the family.  She conveyed some sense of how the war impinged on the local community.  She heard the cannons grumbling, saw the soldiers on their long and weary marches and shared the anxiety of local parents anxious for their sons caught up in the fighting. Deprived of correspondence from home she only managed to post a letter to Ireland after being in the country for one whole year.    She returned to Ireland in 1918 and always maintained a correspondence with the Rasson/Masurel family as is evident from the letters.

From Mary Conliffe, maryconliffe@hotmail.com

: dont Eugénie Masurel 1881, tertiaire de Saint François, épouse de Charles 2 Prouvost 1875, ci dessous, qui habitèrent

eugenie_pauline.0.masurel demeure du 28 rue de Wailly a Tourcoing habitee par leur fils Charles Prouvost qui etait marie avec Eugenie Masurel. charles.2.prouvost 

le château Masurel, 28, rue de Wailly à Tourcoing, aujourd'hui restauré. 

Ecuries-usines-François-Masurel   

masurel-Francois 001 - Copie - CopieMasurel-Francois

Cette belle usine art déco datée de 1945 est d'un très bon architecte qui travaillait assez fréquemment pour les industriels du Nord, Marcel Forest. (page 248 du guide d'architecture de la métropole lilloise, éditions le passage, 2011, notice concernant l'édifice par Richard Klein)

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     Cannes-Charles-Prouvost-Masurel-1906-1908Eugenie-Prouvost-Masurel-ses-cinq-enfants

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Initiatives de soin des malades de Madame Charles Prouvost-Masurel pendant la première guerre mondiale. (documents Alain Prouvost)

Les Masurel furent aussi, de 1908 à 1978, à la tête des usines textiles de Fourmies, classées Monument Historique et aujourd’hui écomusée. 

A coté le château de Théophile Legrand puis Masurel puis  Prouvost-Masurel construit par Théophile Legrand.

"Bon-papa me dit qu’il est question que vous repreniez une filature à Fourmies, ou ailleurs, que dans ce cas on pourrait peut-être en donner à Charles la direction commerciale, la maison Masurel Frères a-t-elle vraiment l’intention d’étendre ses affaires ? Tu ne m’en dis rien dans tes lettres ! Charles, jusqu’à présent, a pu vivre sur ses placements d’argent qui ont été heureux ; avec la santé de sa femme, qui a nécessité de nombreux déplacements, il ne pouvait songer à autre chose, mais maintenant que cela va tout à fait bien, je suppose qu’il va s’en occuper au retour. "Lettres par Lucie Hermance Masurel 1884-1917, fille de François Masurel 1855-1894 et Eugénie Louise Jonglez 1857-1918 et épouse de Paul Edouard Mathon 1882, transmises par Stéphane Mathon :

     Fourmies

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Le frère d’Eugénie Prouvost-Masurel était Jacques Henri Masurel-Lepoutre : adjoint au maire de Tourcoing,  administrateurs des établissements François Masurel frères, vice-président de la foire commerciale de Lille et vice-président de la foire Internationale textile, président de nombreuses sociétés régionales et locales et fondateur des amis de Tourcoing.

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Son petit fils est Jacques Masurel-Roussel 
Masurel-Jacques

                                                         Diplômé de l’EDHEC 

1964 – 1968FMF (textiles) à  Tourcoing, directeur technique

1968 – 1978 Sublistatic SA (textile, filiale de Ciba-Geigy aujourd'hui Novartis) successivement à Roubaix, directeur commercial,

Osaka (Japon), président zone Asie-Pacifique, Genève, directeur zone Europe

1978 – 1982          Groupe Chaumet, Genève et Tokyo : directeur marketing et fondé de pouvoir

1982 –1989  BSP Informatique SA, société de conseil informatique créée à titre personnel à Genève

1990 – 1991 Perray du Cray (Genève) : associé.

1991 – 2002Interconcept (Paris), société de Conseil en marketing : gérant.

                                                            AUTRES ACTIVITÉS

2002 Vice–président de l'association des Amis de Teilhard de Chardin.

2007 Délégué général de l’association SLC –Sauvons le Climat

2009 Président de l’association SLC –Sauvons le Climat (http://sauvonsleclimat.org/)

OUVRAGES PUBLIÉS

1994 « La vente multi-niveaux » - traité de marketing

2002 « Questions pour un monde en devenir » - traité philosophique

2005  « Teilhard de Chardin, visionnaire du monde nouveau » avec André Danzin

2006  « Et si on inversait les pôles ? » avec André Danzin et Jean Loup Feltz – essai sur l’Europe.

2007  « L’affaire Lipowski » - thriller écologique

2009 « Une Europe nouvelle pour un monde nouveau » avec André Danzin et Jean Loup Feltz

Le réchauffement climatique : une opportunité pour l’humanité ?  Energie et civilisation sont liées : une étroite corrélation existe entre dépenses énergétiques et niveau de civilisation, selon l’acception générale qui est faite de ce terme, et c’est en grande partie grâce à la découverte de nouvelles formes d’énergie que les lois de Malthus ont été contournées. Le « développement », qui est un droit, implique l’accès à une énergie abondante et au meilleur coût. Alors que ce droit reste une virtualité pour une grande partie des humains, il est inquiétant de constater qu’en termes d’énergie nous sommes arrivés à une sorte de rupture d’équilibre avec notre environnement. Bien que le diagnostic ait été souvent fait, il convient d’en rappeler les grandes lignes : l’origine anthropique du réchauffement en cours, le risque de dépasser un seuil au-delà duquel le changement climatique s’auto-accélérera, rendant vains tous les efforts de réduction de l’effet de serre que nous pourrions accomplir. On rappellera le jeu de ceux qui ont intérêt à retarder la prise de conscience de la gravité du phénomène. Le protocole de Kyoto : signé en 1997, il fournit l’exemple de ce que peuvent produire des attitudes incantatoires. Les émissions de gaz à effet de serre mondiales ont augmenté de prés de 28 % depuis 1990, alors qu’il avait été prévu qu’elles seraient réduites de 5,5 % ! L’écart entre les intentions et les réalisations est abyssal. La conférence de Copenhague s’ouvre dans un contexte très différent mais sera-t-elle pour autant couronnée de succès ? On évoquera les points de repères permettant de situer ce que préparent les grands Etats. Face aux défis qu’il va falloir relever, le plus grand risque est de voir la majorité des humains se réfugier dans le confort d’un immobilisme entretenu par tous ceux qui y voient un moyen de protéger des avantages, des privilèges ou des parcelles de pouvoir. Nous sommes maintenant engagés dans la traversée d’un gué très délicat, et il faut nous convaincre qu’il est déjà trop tard pour revenir en arrière. Tout conduit désormais l’humanité à devoir - mais aussi à pouvoir - s’unir pour contrecarrer ce qui est, pour la première fois dans son histoire, un défi commun qui dépasse les frontières politiques et culturelles. Ce défi va la contraindre à trouver une nouvelle manière de concevoir la croissance économique, ce qui implique de considérables mutations éthiques, politiques et sociales, laissant présager qu’elle va devoir atteindre l’âge adulte… Plus que jamais l’immobilisme nous est interdit, et c’est là une chance.

LH-Masurel-Paul

Marie Pauline Jeanne Masurel, née le 29 décembre 1882, Tourcoing, décédée le 22 juin 1954, Mouvaux (71 ans), mariée le 29 avril 1903, Mouvaux , avec André Alfred Mathon, né le 28 septembre 1879, Roubaix,décédé le 7 août 1954, Mouvaux (74 ans).

Lucie Hermance Masurel, née le 29 juillet 1884, Mouvaux , décédée le 27 avril 1917, Arcachon (33, Gironde) (32 ans), mariée le 13 octobre 1903, Mouvaux , avec Paul Edouard Mathon, né le 4 août 1882, Roubaix,,

Jacques Henri Masurel, né le 21 juillet 1888, Tourcoing, décédé le 24 janvier 1951, Wasquehal (62 ans),  marié       le 7 février 1911, Roubaix,avec Jeanne Clémence Lepoutre.

Jean Alphonse Masurel, né le 1er février 1890, Tourcoing, tué le 4 mars 1917, Bois des Caurières (Meuse), inhumé, mort pour la France (27 ans), sous-lieutenant au 299ème Régiment d'Infanterie.

Suzanne Masurel, née le 9 juin 1893, Mouvaux , décédée en 1975 (82 ans), mariée le 14 octobre 1913, Tourcoing, avec Henri Dewavrin, né le 3 février 1891, Tourcoing, décédé le 8 novembre 1938 (47 ans),

Rosy Masurel, née à Tourcoing , mariée avec Hubert Jalenques Colinet de Labeau, décédé avant 1977, mariée avec Henry Thierry-Mieg, né à Cernay (Haut-Rhin).

 

Sous branche des François Masurel : les Edmond Masurel :

Quelques personnalités de cette branche (sans liens généalogiques) et alliances:

Edmond I Masurel-Baratte,

président du consortium des filateurs de laine,

dont Edmond Eugène Masurel époux de Marguerite Prouvost (fille d’Albert Félix Prouvost 1855-1916)

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Edmond II Eugène Masurel 1883 &1908

Marguerite Prouvost 1887-1968

Mariage-1908-Edmond-Masurel-Marguerite-Prouvost

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Edmond III Masurel,

né le 5 octobre 1913, Tourcoing, décédé le 16 septembre 1956 (42 ans),

industriel lainier, directeur des "Ets François Masurel" à Tourcoing.

marié le 26 mai 1941, Lille, avec Marie-Claire Descamps, née le 16 janvier 1921, Lille

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Edmond IV Masurel &

Edith Paugam

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Paul-Edmond V Masurel 

Francois-Masurel-1950

tous deux présidents des Crick-Sicks et de la société de géographie.

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Yves Masurel, fils d’Edmond I

yves-masurel

« Administrateur de sociétés. Né le 29 juin 1918 à La Saussaye (Eure). Fils d’Edmond Masurel, Industriel textile, et de Mme, née Marguerite Prouvost. Illustration familiale : son oncle, l´industriel et éditeur Jean Prouvost. Veuf de Mme, née Maddy Dewavrin (3 enf. : France [Duchesse des Cars], Yves-Alain, Laurence [Mme Michel Cazeaux Cazalet]); et de Mme, née Anne Paris; Re marié le 18 janvier 1990 à Mlle Françoise Kine. Etudes : Collège de Tourcoing,  Faculté de droit de Lille. Dipl. : Licencié en droit. Carr. : Président-directeur général des établissements François Masurel Frères (1958-66), Gérant puis Administrateur-directeur général des Filatures Prouvost-Masurel, de la Lainière de Roubaix et de Prouvost Masurel S.A. (1966-78), Président-directeur général (1969) puis Administrateur (1979-83) de la Banque cotonnière et textile (Bancotex) devenue la Société de banque et de participation (VIA-Banque), Administrateur du Crédit du Nord (1951-81) et de Lloyd Continental (1951-99), Membre puis Président du conseil de surveillance de Valeur Pierre 5 (1990-2002).
Décor. : Croix de guerre 39-45. » Who’s who

 

François Masurel 1826-1913

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&1851 Joséphine Catherine Pollet 1832-1868

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François Masurel 1855-1894

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&1877
Eugénie Louise Jonglez 1857-1918

 

Edmond Masurel 1857-1943 &1882
Jeanne Antoinette Baratte 1863-1934

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Eugénie Pauline Masurel 1881-1926

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&1900
Charles Prouvost 1875

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Edmond Eugène Masurel 1883 &1908
Marguerite Prouvost 1887-1968

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Charles Prouvost 1900

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Yves Masurel 1918-2010

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Lettres par Lucie Hermance Masurel 1884-1917, fille de François Masurel 1855-1894 et Eugénie Louise Jonglez 1857-1918 et épouse de Paul Edouard Mathon 1882,

transmises par Stéphane Mathon :

 France Masurel, née le 6 mars 1943, Wasquehal , mariée le 9 septembre 1965, Bondues , avec Arnaud de Bailliencourt dit Courcol, né à Paris, mariée le 15 juin 2002 avec François de Pérusse, duc des Cars (7e), né à Paris.

Yves-Alain Masurel,  marié avec Martine Réquillart.

Et Laurence, Geneviève, Edmond Masurel, Journaliste.

Laurence MASUREL

Laurence Masurel, née le 17 décembre 1946 à Wasquehal . Fille d’Yves Masurel, Industriel, et de Mme, née Maddy Dewavrin. Mar. le 21 février 1980 à Michel Cazeaux-Cazalet, né en 1935, décédé le 13 juin 2008, inhumé le 20 juin 2008, Paris 16ème , cimetière de Passy, ancien directeur général de Siaci Saint Honoré (2 enf. Guillaume, Charles). Etudes : Institutions Mary Mount à Neuilly, Notre-Dame-des-Oiseaux à Verneuil-sur-Seine, Notre-Dame-de-l´Assomption à Paris, Faculté des lettres de Paris. Dipl. : Licenciée ès lettres. Carr. : Enquêteur (1969-71), Reporter (1971-76), Reporter politique (1976-88), Chef des informations (depuis 1988), Rédacteur en chef adjoint (1993), Rédacteur en chef (depuis 2005) de Paris-Match, Vice-présidente de l'Association de la presse présidentielle (APP) (depuis 2005) . Œuvre : Nos princes mis à nu (1997). Décor. : Chevalier de l'ordre national du Mérite.Sport : tennis. Membre du Polo de Paris.

Hubert Masurel, marié en 1943, Tourcoing, avec Julie Tiberghien,

Véronique Masurel épouse de Renaud Méry de Montigny, descendante de Gabriel Henri Donjon de Saint-Martin, descendant de Charles Gabriel Donjon de Saint-Martin, représentant du Comte de Chambord dans l'arrondissement de Saint-Omer et assista, à Frohsdorff, aux obsèques du Prince.P. Prénat (la descendance du Baron d'Assignies), Capitaine de cavalerie, ESM promotion de l'Annam 1885-1887, Jacques Henrÿ d'Aulnois (Communication du docteur H.C.Mars 14 II 2010), Maire de Louches, il fut conseiller général du Pas de Calais, Officier de la légion d'honneur.

Françoise Masurel, née le 23 septembre 1909, Tourcoing, décédée le 24 avril 1975, Tourcoing (65 ans), mariée avec Jacques Boyer Chammard, né le 21 mai 1905, Lille, décédé le 2 janvier 1987, Wasquehal (81 ans), avocat au Barreau de Lille.

Manette Masurel, née à Tourcoing,  mariée en 1939, Tourcoing, avec Michel Boyer Chammard, né le 10 janvier 1904, Lille,  décédé le 8 janvier 1983, Versailles (Yvelines) (78 ans), notaire.

Sur les Boyer-Chammard :

Les ainés :

Jean Boyer Chammard +1753
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Martial Boyer Chammard 1740-1810
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Jean Baptiste Boyer Chammard 1770-1838
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Martial Boyer Chammard 1800-1885
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Gabriel Boyer Chammard 1842-1923
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Georges Boyer Chammard 1876-1952
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Michel Boyer Chammard 1904-1983
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Michel Boyer Chammard
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Michel Boyer Chammard
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Mathurin Boyer Chammard

 Georges Boyer Chammard, né le 13 juillet 1876, Lille, décédé le 1er mai 1952, Anglet (64, Pyrénées-Atlantiques) (à l'âge de 75 ans), avocat.
Marié le 23 mai 1901 avec Camille Lefebvre, née le 23 mai 1878, Roubaix ,décédée le 22 novembre 1956, Anglet (64, Pyrénées-Atlantiques) (à l'âge de 78 ans), dont

  • Albert Boyer Chammard, né le 20 juillet 1902, Lille , décédé le 25 septembre 1971 (à l'âge de 69 ans). marié le 22 novembre 1928 avec Geneviève Dupleix, dont
    • Mariette Boyer Chammard.
  • Michel Boyer Chammard, né le 10 janvier 1904, Lille , décédé le 8 janvier 1983, Versailles (Yvelines) (à l'âge de 78 ans), notaire. marié le 28 juin 1939, Tourcoing , avec Manette Masurel, née le 5 octobre 1910, Tourcoing , dont
    • Nicole Boyer Chammard.
    • Annick Boyer Chammard, mariée avec Peter Berger.
    • Michel Boyer Chammard, marié avec Dominique Lamy, décédée. marié avec Dominique Moser.
    • Francine Boyer Chammard, née Roncq, mariée avec Jean-Louis Decroix, IEP, docteur ès sciences économiques, analyste financier.
    • Alain Boyer Chammard, marié avec Brigitte Marcus,
  • Jacques Boyer Chammard, né le 21 mai 1905, Lille , décédé le 2 janvier 1987, Wasquehal (Nord) (à l'âge de 81 ans), avocat au Barreau de Lille. marié avec Françoise Masurel, née le 23 septembre 1909, Tourcoing , décédée le 24 avril 1975, Tourcoing (Nord) (à l'âge de 65 ans), dont
    • Georges Boyer Chammard, né le 19 juillet 1930, Lille , décédé le 8 février 1988, Paris X (à l'âge de 57 ans), docteur en droit, magistrat, avocat au Barreau de Paris. Marié avec Françoise Kine.
    • Guillemette Boyer Chammard, née Lille Mariée le 6 septembre 1960, Lille , avec Patrick Pagniez, né Cambrai , avocat au Barreau de Cambrai.
    • Antoine Boyer Chammard. marié en 1961 avec Renée Lafarge, avocat au Barreau de Paris.
    • Jacques-Yves Boyer Chammard,
    • François Boyer Chammard, avocat à la Cour. marié avec Marie-Françoise de Willecot de Rincquesen.
  • Pauline Boyer Chammard, née le 15 janvier 1911, Lille , décédée le 26 mars 1992, Neuilly-sur-Seine ( 81 ans). mariée avec André Forgeot, né le 1er juin 1904, Bayonne , décédé le 20 juin 1940, Laval sur Vologne (88, Vosges) (36 ans),

2 Les Ernest Masurel 1829-1884,

Tourcoing (54 ans),  marié le 20 octobre 1851, Roubaix, avec Rosine Pollet

Grandes-Familles_1912_PolletGrandes-Familles_1912_Pollet

Annuaire "Les grandes familles de Roubaix", 1912, photo Ferdinand Cortyl

Quelques personnalités de cette branche (sans liens généalogiques) et alliances:

fut père d'Albert, député du Nord,

Dans un écrin boisé Monsieur Albert Masurel se fait construire une importante demeure en 1890. Entre les deux guerres, le château des Francs disparaît et ses piliers d’entrée sont réinstallés à l’entrée du Parc central, rue de la Latte à Mouvaux près de Lille.

et  père d'Emile, dont le fils Ernest Masurel vécu au château de Luchin.

Marguerite Masurel, née le 13 juin 1885, Roubaix, décédée le 23 janvier 1918, Paris XVI (32 ans), mariée le 24 avril 1906, Roubaix, avec Léon Segard,

Marcelle Masurel, née en 1919, décédée en avril 2010, inhumée le 19 avril 2010, Antibes (91 ans),  mariée en 1937, Roubaix,avec René Grimonprez, parents de Corinne, Madame Albert-Bruno Prouvost.

Marie Louise Masurel, née le 13 mars 1890, Roubaix, décédée en 1957 (67 ans), mariée le 15 février 1909, Roubaix, avec Marcel Leclercq, né le 21 juin 1887, Roubaix,décédé le 6 juin 1964, Roubaix (76 ans), industriel,

1     Les  Jules Paul Masurel 1841-1925,

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créateur des comptoirs d'achat de laine d'Amérique du Sud, d'Australie, Bolivie: " Par ses voyages a travers le monde, il créa de nombreux comptoirs d'achat de laines et vécut des aventures extraordinaires. Car a cette époque - en 1860 - on voyageait a cheval et il parcourt de cette façon la pampa argentine et les déserts d’Australie. II s'y fit, peu a peu, une situation prépondérante et avait étendu son action a la planète entière car il achetait et vendait des laines, non seulement d’Amérique du Sud ou d’Australie mais aussi de Nouvelle Zélande et d’Afrique du Sud a tous les lainiers du monde. Sa maison, Masurel fils, était 1'une des plus grandes firmes du négoce international. C’était un homme très dur en affaires. II ne déplora pas les mines causées par la crise de 1900 chez ses concurrents qui étaient parfois de proches parents. Et lorsque mon père, Albert-Eugene Prouvost, son propre petit-fils, créa une affaire de négoce concurrente sous l'appellation « Prouvost-Lefebvre », il en conçut un tel mécontentement qu' il interdit au rejeton des Prouvost que j' étais, d' aller jouer dans son pare avec mes petits cousins Masurel.

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Merci à Ferdinand Cortyl pour ses photographies.

Masurel-Wattinne-Jules

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Masurel-Wattinne-Mouvaux

Cimetière de Mouvaux

  Mariage en l’hôtel Crépy Saint Léger de deux frères Prouvost (branche ainée) épousant deux sœurs Crépy Saint Léger : Paul Antoine Louis Prouvost, né le 12 juillet 1891, Roubaix , décédé en 1953 (62 ans). Marié avec Georgette Crépy, née en 1896, décédée en 1982 (86 ans)

Et Eugène PROUVOST né en 1895, décédé à Marcq en Baroeul en 1978 et inhumé à Mouvaux, s'était engagé volontaire en juillet 1913 dans le 43è régiment d'infanterie à Lille : blessé à la jambe au Chemin des Dames en 1915, apprès sa convalescence, intègre l'école d'Aviation à Dijon en juillet 1916, blessé en vol le 1er juin 1918 dans la région de Fère en Tardenois. Croix de Guerre avec palmes pour avoir abattu 3 avions ennemis et médaille militaire. marié à Marie-Louise Crépy Saint Léger, née en 1897, décédée à Marcq en Baroeul et inhumée à Mouvaux en 1980.

Prouvost-Masurel-Paul

Prouvost-Crepy-Eugene
Paul et Eugène sont les petits fils de Jules Masurel, créateur des comptoirs d'achat de laine d'Amérique du Sud, d'Australie, Bolivie: " Par ses voyages a travers le monde, il créa de nombreux comptoirs d'achat de laines et vécut des aventures extraordinaires. Car à cette époque - en 1860 - on voyageait a cheval et il  parcourt de cette façon la pampa argentine et les déserts d’Australie. Il  s'y fit, peu a peu, une situation prépondérante et avait étendu son action a la planète entière car il achetait et vendait des laines, non seulement d’Amérique du Sud ou d’Australie mais aussi de Nouvelle Zélande et d’Afrique du Sud à tous les lainiers du monde, achetant des haciendas en Argentine, des propriétés en Afrique du Sud, créant des comptoirs en Australie, en Nouvelle Zélande. Sa maison, Masurel fils, était l'une des plus grandes firmes du négoce international. C’était un homme très dur en affaires. Il ne déplora pas les mines causées par la crise de 1900 chez ses concurrents qui étaient parfois de proches parents. « Et lorsque mon père, Albert-Eugene Prouvost, son propre petit-fils, créa une affaire de négoce concurrente sous l'appellation « Prouvost-Lefebvre », il  en conçut un tel mécontentement qu' il  interdit au rejeton des Prouvost que j' étais, d' aller jouer dans son parc avec mes petits cousins Masurel. ». Albert-Eugène parle plutôt des lettres affectueuses que Jules envoyait à son épouse, elle-même « perfection dans la bonté, d’une générosité d’âme sans pareille en tous milieux , comme sa fille et sa petite fille , épouse d’Albert Eugène Prouvost.
L’hôtel Crépy Saint Léger, 77, rue Royale à Lille

Construit en 1874 par les Descamps, elle construit un véritable château de pierre de taille en plein Lille : 1 400 m2, tout de plafonds vertigineux, de moulures ouvragées et de parquets nobles. Succédèrent les Crépy Saint-Léger pûis ce sera la Banque de France au lendemain de la Grande Guerre.
« En 1922, remanié par l’architecte Alphonse Defrasse et adapté au confort de l’époque (force baignoires sont notamment ajoutées), il logera deux hommes clés (littéralement) de la Banque de France : le directeur, bien sûr, mais aussi le caissier, logé comme le concierge dans l’aile droite. La succursale lilloise ayant longtemps, prospérité industrielle oblige, compté parmi les plus puissantes de France, les pénates des cadres se devaient d’arborer un lustre idoine. »
Son voisin est aussi son jumeau : l’hôtel d’Hespel,
construit en 1896 par E. Meurillon pour le comte d'Hespel, qui ruiné, ne put l'habiter (75 rue royale) ; tous les deux à la Banque de France.

Crepy-Saint-Leger-Lille-77-rue-Royale

« Jules Masurel avait un fils, Jules et trois filles dont Marguerite qui était ma grand’mère ».

Son fils, Jules Masurel n° 2,
ne parvint pas a maintenir florissante 1'affaire familiale. Avec leur associe, ses enfants jugèrent le négoce de laine peu rentable et choisirent des voies diverses. La guerre a éprouvé mes « oncles » Masurel. Le fils ainé de Jules (n°2), mon grand ami Jean (1910-1991) blessé au moment de la Libération de Paris, perdit une jambe. Le second Antoine (1912-1990) résistant de la première heure, compagnon de la Libération fut déporté et, par chance, en revint. Le troisième, Gérard,(1918-1995) laissa un pied dans la ligne Maginot. 

Quant a Monique, elle perdit son mari, faute de soins, pendant la guerre et le mari de Nicole, Teddy Rasson, fut tué au combat en 1945. 

Teddy-Rasson-MasurelTeddy-Rasson-MasurelTeddy-Rasson-Masurel

Teddy Rasson (1905-1944) « est un industriel, et officier et résistant français, né à Roubaix le 16 janvier 1905 et mort le 24 novembre 1944 près de Saverne en Alsace.
Teddy (Édouard) Rasson naît le 16 janvier 1905 à Roubaix, dans le Nord. De 1920 à 1922, il fait ses études (filière mathéma-tiques) au Collège de Normandie en Seine-Maritime. Il entre ensuite à la Lainière Vanoutryve à Roubaix-Tourcoing. De mai à novembre 1926, il accomplit sa formation d'officier de réserve à l'école d'application de Saumur. En 1929, il épouse Nicole Masurel. Il participe au développement du polo en France et pratique ce sport à un haut niveau (tournois en France et en Angleterre notamment, en équipes privées et en équipe de France).
En septembre 1939, il est mobilisé à Sedan au 31e Dragons comme officier de renseignements et après la capitulation, est démobilisé en juillet 1940. Il entre alors au service de la Résistance. Il fera partie entre autres des réseaux P2/Étoile et Phratrie.
Recherché personnellement par l'ennemi, il gagne l'Angleterre le 5 avril 1944. Il y rencontre le Général Leclerc et rejoint la 2e Division blindée, nommé à l'état-major de Leclerc, rattaché au Bureau central de renseignements et d'action et au Service de la sécurité militaire.
Avec la Division Leclerc, il participera à la campagne de Normandie, à la bataille de Paris, à la campagne des Vosges et à la campagne d'Alsace.
Il est tué à l'ennemi le 24 novembre 1944 près de Saverne. En 1947 en ces lieux, une stèle de grès fut érigée en sa mémoire, sur la D 421 à la sortie de Saverne vers Dettwiller. Le monument a été restauré et réaménagé en 2012 à l'initiative de l'asso-ciation du Souvenir français.
Distinctions
    Citation à l'Ordre du Régiment
    Citation à l'Ordre de l'Armée
    Chevalier dans l'Ordre National de la Légion d'Honneur
    Croix de Guerre avec Palme
    Médaille de la Résistance Française
Références
    B. Linder, « Capitaine Teddy Rasson dit Robert Trévoux (1905-1944) », Pays d'Alsace, no 239,‎ mai 2012.
    Archives du Service historique de la Défense, Paris. »  Wikipedia

Jean reçut de René Dutilleul, son oncle, dont je parlerai plus loin, de nombreuses toiles achetées au début du siècle : Braque, Leger, Modigliani, Picasso, De Staël, auxquelles il ajouta lui-même Miro, Klee, et tant d’autres. II fit don de ces oeuvres prestigieuses au musée de Villeneuve d’Ascq, construit spécialement pour les accueillir. " Albert Prouvost Toujours plus loin

fut père

de Louise Lucie Julie Marie Masurel née le 16 septembre 1868 à Roubaix. décédée le 28 avril 1954 à La Madeleine ;épousa Paul Laurent Joseph Prouvost fils de Paul Alexandre PROUVOST et Laurence Louise Ghesquière, le 22 mai 1888 à Mouvaux St Germain. Paul est né le 7 avril 1866 à Roubaix. Il est décédé le 26 décembre 1932 à Mouvaux.

de Paul Masurel, né le 26 octobre 1874, Roubaix, 59, décédé le 3 avril 1952, Antibes, 06 (77 ans), négociant en laine, collectionneur de tableaux,  marié le 16 avril 1907, Paris, 8e, avec Marie-Thérèse Collart Dutilleul, née en 1884, décédée en 1969

dont Jean Masurel-Roche de la Rigaudière, célèbre collectionneur, commandeur des Arts et des Lettres,

Né à Roubaix en 1908, Jean Masurel est le fils de négociants en laine.

Il monte à Paris en 1923 pour préparer son baccalauréat, et loge chez son oncle, Roger Dutilleul :

dutilleul

Roger Dutilleul; sera peint par Modigliani

qui transmet à son neveu son amour de l'art. Leur commune sensibilité permet aux deux hommes de s'adonner au soutien aux artistes d'avant-garde et à la collection de tableaux. Roger Dutilleul est alors un des rares collectionneurs français de ces peintres d'avant-garde, défricheurs de courants que l'on nommera ensuite fauvisme, cubisme, école de Farts... les Derain, Rouault, Van Dongen, Braque, Picasso, Modigliani... excusez du peu !

A l'époque de leur production artistique, ces artistes ne jouissent d'aucune reconnaissance de la part de l'establishment. Ils écoulent leurs œuvres auprès de quelques marchands qui les encouragent et les font connaître aux mécènes ainsi qu'au public.

Très vite, Jean Masurel acquiert un jugement très sûr au diapason de celui de son maître et oncle parisien. Il achète à la veille de la guerre le célèbrissime "Homme nu assis" de Picasso, il cueille des gouaches de Klee et de Kandinsky dans les cartons, comme on le fait aujourd'hui pour les lithographies... Il apporte un soutien particulier à des artistes du Nord, Eugène Dodeigne, Eugène Leroy ou Arthur Van Hecke.

masurel-picasso  

Jean Masurel et sa femme Geneviève complètent et enrichissent la collection de Dutilleul dont ils deviennent légataires en 1956. Cette collection, ensemble d'œuvres représentatives de tous les courants de la peinture française contemporaine, va ensuite trouver son musée dans notre département, comme Jean Masurel en a exprimé le souhait dès 1974. Il déclare à cette occasion qu'il désire céder sa collection - plus de 200 peintures, dessins, gravures et sculptures - à une collectivité territoriale du Nord de la France, à charge pour elle de bâtir le bâtiment qui les présentera au public. Jean Masurel déclare que le futur musée devra abriter la donation, organiser des expositions temporaires, poursuivre les achats d'œuvres contemporaines. Il souhaite également que le musée soit édifié dans un environnement paysager et qu'il s'ouvre très largement à la jeunesse. C'est la Communauté Urbaine de Lille qui répond à l'offre des Masurel, en 1976. Le Musée d'Art Moderne de Villeneuve d'Ascq voit le jour en 1983. Lors de son inauguration, Jack Lang, alors ministre de la culture, remet à Jean Masurel la cravate de Commandeur des Arts et des Lettres, un titre qui récompense une vie au service de l'art et du public, dont le musée de Villeneuve-d'Ascq est le plus beau témoin. Jean Masurel s'éteint huit ans plus tard. Son nom restera attaché au musée de Villeneuve d'Ascq, la plus belle œuvre d'un homme de l'art... et homme du Nord.

« Luc Ferry, dans la "Révolution de l'Amour ", explique le cycle "Déconstruction/Reconstruction" des Arts, fin XIX, où les anarchistes finalement, après la dèconstruction, recrée un nouvel art que la Bourgeoisie au XX éme  achète et fait connaitre. Les ennemis d'hier se retrouvent dans l'art.C'est une belle histoire finalement. » François Olivier-Six

Quelques notes sur cet ouvrage par François Olivier-Six : Le bohème, le bourgeois et l’amour
*Déconstruction (nécessaire) des traditions vers 1850: Valeurs/Autorité/Musique/Art moderne/Cubisme/Danse (Béjart)/
Morales conventionnelles, religieuses, bourgeoises. Invention de la vie de bohème (1850): Déconstruction des valeurs et autorités traditionnelles: Création à Paris de mouvements: 2 sortes - Bohèmes riches et snobs, - Bohèmes de mansarde (pauvre).
Esprit de révolte, Haine du Bourgeois. Les J’men foutistes :  (de la réussite, de l’argent, rejet des bourgeois)
* les Fumistes : Fumeur d’opium (forme de contestation). Les Incohérents en 1880 : Création d’objet surréaliste (la balançoire de mur pour calmer les enfants). Refus du Modèle Social.  Début du 20éme – Montmartre -  Le bateau Lavoir – Premier atelier d’artistes -où Picasso invente l’art moderne. 1920 : Dadaïsme 1930 : Surréalisme 1950 : Situationnisme
1968 : Avant Gardisme Bohème. INVIVIDUALISME REVOLUTIONNAIRE ; Révolte ; Ordre bourgeois, tradition, héritage, patrimoine. Tout se passe à Paris Mais le Penseur est NIETZSCHE: ’’La Philosophie du Marteau’’- Casser les Idoles de la tradition et de la religion - Création du NIHILISME. Alain Renaut dans son livre   La pensée 1968 mentionne:
‘’ Lancement de la Consommation’’ ’IL FALLAIT DECONSTRUIRE LES VALEURS/ AUTORITES, POUR CRÉER LE CAPITALISME DE LA CONSOMMATION ; Les Frères ennemis se réconcilient ; Les Bourgeois achètent l’Art Moderne,
Georges Pompidou –banquier- François Pinault etc.…La grande Bourgeoisie et non  les bourgeois philistins
(Définition: Bourgeois, grossier et vulgaire, n'aimant ni les arts ni les lettres.). PICASSO , Communiste Stalinien, est intronisé par Pompidou….1968 – REVOLUTION PRINCIPALEMENT SOCIETALE : * Condition Féminine
* Homosexualité ; HEDONISME : Jouir sans entraves / Interdit d’interdire ; CONSOMMATION;

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Marie-Laure Masurel, née en 1954, mariée avec Mariano, marchese Cittadini Cesi, duca di Acquasparta, né le 6 août 1949, Madrid

Et Antoine Masurel

antoine-masurel

Commandeur de la Légion d'Honneur
 Compagnon de la Libération - décret du 19 octobre 1945
Croix de Guerre 39/45 (2 citations)
Médaille de la Résistance
Membre de l'Empire Britannique (GB)
Officier de l'Ordre de la Couronne (Belgique)
Croix de Guerre avec palme (Belgique).

Il épousa Anne-Marie Gallant.

« Né le 10 juillet 1912 - Roubaix (59, Nord); Décédé le 7 avril 1990 - Montfort-l'Amaury (78, Yvelines) Commandeur de la Légion d'Honneur, Compagnon de la Libération - décret du 19 octobre 1945, Croix de Gu

erre 39/45 (2 citations), Médaille de la Résistance, Membre de l'Empire Britannique (GB), Officier de l'Ordre de la Couronne (Belgique), Croix de Guerre avec palme (Belgique).

Antoine Masurel est né le 10 juillet 1912 à Roubaix.

Bachelier, il fait son service militaire en 1932 au 1er Régiment d’aviation au Bourget.

Il exerce lui-même en famille la profession de négociant en laines et voyage beaucoup dans l’hémisphère sud jusqu’en 1939. Mobilisé comme sergent de réserve dans l'Armée de l'Air le 31 juillet 1939 à Paris, il est affecté à Beyrouth aux Forces aériennes françaises en Orient-Méditerranée en décembre 1939.

Démobilisé sur place fin juillet 1940, il rejoint la France en septembre 1940.

Favorable depuis le début à l'action du général de Gaulle, il s'installe à Cannes.

Il entre en contact avec Rewez alias Jacques Robert, fin 1942, au moment où ce dernier, revenu de Londres, développe le réseau "Phratrie".

Antoine Masurel s'engage dans les Forces françaises combattantes le 1er novembre 1942, sous le nom de Jules Mouton. Comme deuxième adjoint du chef de réseau il prend, à ce titre, une part des plus actives à la création de l’organisation qui devient en quelques mois le plus important réseau de renseignements de France. Il apporte également une contribution financière personnelle importante et attire de nombreux agents dans l’organisation.

Au moment de l'arrestation de Rewez à Nice en avril 1943, il participe activement à son évasion, qui réussit à la troisième tentative, quatre jours plus tard.

Antoine Masurel, alias Marc, devient, après le départ pour Londres de Rewez en juin 1943, le 1er adjoint de Jean-Louis Chancel, alias Chavagnac, nouveau chef de "Phratrie" ; il se dépense sans compter pour développer et perfectionner le réseau qui comprend plusieurs sous-réseaux. En août 1943, il fait un stage à Londres où il parvient par une opération aérienne en Lysander et est de retour à Lyon début septembre 1943.

En février 1944, après le départ pour Londres de Chavagnac, il prend la direction de "Phratrie" qui est en contact constant avec le Bureau central de renseignements et d’action (BCRA).

En avril, la centrale de Phratrie et Antoine Masurel quittent Lyon pour Paris où se regroupe la majorité des organes de commandement de la Résistance. L'importance du réseau est à ce moment devenue telle que son éclatement devient indispensable (au sommet de son activité, en juin 1944, ce réseau enverra pas moins de 330 messages quotidiens en Grande-Bretagne). Il dirige cette réorganisation et cette division de "Phratrie" en huit réseaux indépendants qui couvrent dès lors la presque totalité de la France.

Arrêté avec plusieurs camarades le 19 mai 1944 à Renescure dans le Nord au cours d'une mission de communication avec Londres, il est emprisonné successivement à Gand, puis à Fresnes en juillet et enfin à Bruxelles à la mi-août 1944. Maintes fois interrogé et brutalisé il se défend avec sang-froid et habileté, ne livrant rien à l'ennemi qui puisse compromettre la sécurité du réseau.

Antoine Masurel condamné à mort est finalement envoyé en déportation à Buchenwald dans un des derniers trains à quitter Bruxelles pour l'Allemagne. En raison de l'approche des Alliés qui bloquent le train à Bruxelles, il est libéré in extremis, le 3 septembre 1944, avec plusieurs centaines d'autres déportés.

Rapatrié, Antoine Masurel remplit alors plusieurs missions pour les services secret de la DGER jusqu'en 1945.

Démobilisé, il retrouve sa famille et son métier de négociant en laines, puis part pour l'Argentine où il réside environ quinze ans.Antoine Masurel est décédé le 7 avril 1990 à Montfort l'Amaury dans les Yvelines. » http://www.ordredelaliberation.fr


Son fils est

Jean-Louis MASUREL

Jean-Louis MASUREL, Industriel.
Né le 18 septembre 1940 à Cannes .
Fils d'Antoine Masurel, Industriel, et de Mme, née Anne-Marie Gallant.
Père de 2 enfants : Anne-Sophie [Mme Emmanuel Rondeau], Aude [Mme Matthieu Lauriot-Prevost]).
Etudes : Collège de Marcq-en-Barœul. Dipl. : Diplômé de l´Ecole des hautes études commerciales, Master of Business Administration d´Harvard University. Carr. : Trésorier adjoint (New York, 1964-69), Vice-président adjoint (Londres, 1969-74), Directeur général à Paris (1975), Senior Vice President à New York (1978-80) à la Morgan Guaranty Trust Company of New York, Directeur délégué, Responsable du département bancaire (1980-82), Directeur général adjoint (1982-83) de Paribas, Administrateur-directeur général de Moèt-Hennessy devenu (1987) LVMH-Moët Hennessy Louis Vuitton (1983-89), Censeur de la Compagnie générale de développement immobilier (Cogedim) (1982-94), Président d´Arcos investissement SA (depuis 1989), Président d´Hédiard (1991-95), Gérant de Sextant Partners (1995-98), Président de Sogetel (Monaco) (depuis 2002), Gérant de Domaine de Trians (depuis 2002). Membre du conseil de surveillance de Peugeot SA (depuis 1986), Senior international Advisor MC-BBL Securities Limited (Banque Bruxelles Lambert) (1997-99), ING Barings (1999-2001), Administrateur de la Société des bains de mer (Monaco), de la banque du Gothard SAM devenue (2006) Banque Jacob Safra (depuis 1998), de Oudart SA (depuis 1999), et de Cotrafi (2003); Membre du conseil de suveillance de 21 Centrale Parteners SA 2006).  Décor. : Chevalier de la Légion d'honneur et des Arts et des Lettres : Membre et Gouverneur de l´American Hospital de Paris, Président (1989-93)
puis Président d'honneur (1993) du Harvard Business School Club de France.Il est le parrainde Charles-Philippe, prince d'Orléans.

Son frère est Olivier Masurel, ingénieur ISEN, marié  en 1969, Le Touquet-Paris-Plage, avec Pascaline Dewavrin, née à Wasquehal.

Angélique Masurel, née  à Croix,  mariée en 1994, Paris (75) - 5ème arrondissement, avec Pierre-Edouard de Leusse,

Monique Masurel, née le 9 octobre 1915, Orléans (45), décédée le 7 mars 2011, inhumée le 12 mars 2011, église Saint-Georges, Pennedepie (Calvados) (95 ans),  mariée avec Jacques Révillon, fils de Jacques Révillon, fils de Théodore Révillon, En 1901, il fut nommé représentant de "Révillon" dans l'ouest canadien. Administrateur de la société anonyme des anciens établissements Révillon Frères, Membre du conseil de surveillance de la banque Lehideux, Membre de la société des amis des livres, des 100 bibliophiles et du livre contemporain, Membre du cercle artistique et littéraire Volney. Chevalier de la Légion d'honneur, Domicilié 12 rue de Presbourg, Paris , descendant de André Jean Révillon d'Apreval, sieur d'Apreval, Pendant la révolution, le fils du comte d'Apreval (sous-secrétaire du roi Louis XV), Louis-Victor d'Apreval, ne pouvant sous la terreur se résigner à émigrer, se réfugia à Boissy-Saint-Léger sous le nom roturier de Révillon. Doué d'une volonté tenace, et bien résolu à ne pas se laisser abattre par la fortune adverse, il prit en bail la ferme du Piple qu'il se mit à exploiter. Il se maria et grâce à son labeur, il réussit à élever dans les meilleures conditions sa famille qui ne compta pas moins de 11 fils et une fille ; il leur adjoignit même un treizième enfant, un garçon, qu'il avait adopté. Un de ses cousins, Guyot de Villeneuve, qui avait des relations à la cour du roi Louis XVIII, plein d'admiration pour le courage de son parent, réussit à présenter cette belle famille au Roi. Louis XVIII félicita Révillon et lui accorda sur sa cassette particulière une bourse de mille louis. C'est à cette occasion que lui fut attribué le surnom de Mille-louis, sous lequel il resta connu.

B Branche cadetteJean-Baptiste Joseph Masurel (1772-1850)

Quelques personnalités de cette branche (sans liens généalogiques) et alliances:

fut père de Charles dit Carlos, et de Félix.

Carlos Masurel (1807. 1863) fut le premier maire élu au suffrage universel ; il fut maire de Tourcoing ; il reçut l’Empereur Napoléon III qui vient en visite à Tourcoing,  et père de Charles (1834.1890), dont

Les Carlos Masurel :

Carlos (Charles) I Masurel 1807-1863 

&1828

Charlotte Dervaux 1808-1887

|

Charles  II Masurel 1834-1890 &

Masurel-Screpel-Charles-Cecile

Cécile Scrépel 1835-1883

|

Carlos III Masurel 1862 &1887

Adèle Leclercq 1865

|

Carlos IV Masurel 1892-1970 &1921

Gabrielle Nollet 1900

|

Carlos V Masurel &1949

Marie Motte 

|

Carlos VI Masurel

Grandes-Familles_1912_Masurel-Screpel

Annuaire "Les grandes familles de Roubaix", 1912, photo Ferdinand Cortyl

Les Georges Masurel

Quelques personnalités de cette branche (sans liens généalogiques) et alliances:

Georges-Charles  Masurel epoux d’Elise Leclercq 

Masurel-Leclercq-chateau-RBX

Photo médiathèque de Roubaix.

L’industriel Georges Charles Masurel-Leclercq fait construire un hôtel particulier dans les années 1890, alors que le boulevard de Paris connaît relativement peu de constructions, sur un terrain allant de la rue Vauban au boulevard de Cambrai. L’hôtel a sans doute connu les bâtiments de la ferme Lepers qui se trouvait jusque vers 1893 de l’autre côté du boulevard. Ceux-ci seront expropriés et démolis peu après.

Georges Charles Masurel-Leclercq, né à Tourcoing en 1858, est marié avec Élise Adèle Leclercq. Il a repris l’usine Cordonnier, rue de Mouvaux à Roubaix. Il va habiter la propriété avec ses cinq enfants, ce qui va contribuer à remplir ce grand bâtiment.

La famille habite la propriété jusqu’avant la dernière guerre : Le Ravet-Anceau de 1939 n’indique plus d’habitants au 114. Les allemands l’occupent et y entreposent des munitions. Il est incendié en Août 44 au départ des occupants et complètement détruit, sauf est épargné Les communs et la conciergerie qui existent encore aujourd’hui. L’endroit reste en friches plusieurs années. On y construit en 1951 un immeuble sur les plans de l’architecte Porte, habitant avenue Jean Lebas. C’est un ensemble de standing, construit en briques, qui forme un quart de cercle face au parc Barbieux.

Masurel-Leclercq-chateau-RBX

dont Elise 1880,Georges 1882-1961, André 1883-1915, René Louis 1884-1970,    Jacques 1886-1914, Agnès 1888, Raymond 1890, Pierre 1891-1916, Maurice 1899-1979

dont Georges Masurel 1882-1961 &1905 Germaine Rosine Masurel 1885

dont Georges Masurel & Godeliève Ruffelet +2007

dont Georges Masurel

Article par Andreï Nizamoutdinov, RIA Novosti. Deux anciens de la légendaire escadrille Normandie-Niémen, Georges Masurel et Georges Mounier, se sont vu décerner des médailles russes à l'occasion du 60e anniversaire de la victoire dans la Grande Guerre patriotique (1941-1945). Andreï Nizamoutdinov, RIA Novosti. Deux anciens de la  légendaire escadrille Normandie-Niémen, Georges Masurel et Georges Mounier, se sont vu décerner des médailles russes à l'occasion du 60e anniversaire de la victoire dans la Grande Guerre patriotique (1941-1945). En remettant les décorations, l'ambassadeur de Russie en France, Alexandre Avdeïev, a souligné que les pilotes de Normandie-Niémen avaient écrit l'une des pages glorieuses de l'histoire de la victoire commune sur le fascisme et fourni un bel exemple de la fraternité d'armes russo-française. Pour leur part, les anciens combattants ont déclaré qu'ils conserveraient jusqu'à la fin de leurs jours les souvenirs les plus chaleureux de tous ceux avec lesquels ils avaient combattu, plus de 60 ans plus tôt, contre l'ennemi commun. Masurel et Mounier ont commencé leur parcours au Proche-Orient et en Afrique du Nord, puis sont arrivés en URSS à la fin de 1942 au sein d'un premier groupe de volontaires français. "C'était une époque dure et affamée. Après deux années passées en Afrique, on avait peur de nous retrouver dans une Russie froide et enneigée. Mais l'accueil chaleureux qui nous a été réservé a dissipé toutes les craintes. Dès les premiers jours, nous avons senti appartenir à une nouvelle famille unie", a raconté Georges Masurel. Georges Mounier lui a fait chorus en qualifiant l'accueil réservé aux volontaires français d' "absolument fantastique". Masurel et Mounier étaient mécaniciens lors de la première campagne de l'escadrille qui a duré la plus grande partie de 1943, puis ils ont été rappelés. "Nous voulions rester au sein de l'escadrille, j'ai demandé même qu'on me permette de passer l'examen de pilotage, car j'avais de l'expérience de vol, mais l'attaché militaire français de l'époque était catégorique", a-t-il expliqué. On ne contredit pas les ordres, et les amis sont rentrés au Proche-Orient où ils se sont battus au sein des troupes françaises de l'étranger, puis ont participé à la libération de la France, et Masurel était déjà pilote. Le sculpteur russe Vladimir Sourovtsev qui a assisté à la cérémonie a exposé aux anciens combattants son projet de monument aux combattants de l'escadrille Normandie-Niémen qui représenterait deux pilotes, un Français et un Russe, rentrant après une mission. L'idée a semblé plaire aux combattants français qui ont demandé au sculpteur que le pilote russe ressemble à leur chef, le général Zakharov.

et Carlos

Fils de René Masurel, Olivier Masurel, vice Champion du Monde de voltige aérienne et coach de l'Equipe "Advanced" confie sa communication à Igor Biétry en vue de promouvoir sa participation aux Championnats du Monde "Unlimited" 2013 qui se dérouleront au Texas en octobre prochain. Olivier, garçon discret et dont le talent est tout bonnement phénoménal, a non seulement un talent de voltigeur hors pair mais également celui de metteur au point. Sans doute aidé par sa formation d'ingénieur, il sait préparer, avec la complicité de Régis Alajouanine, le Cap 332 qui lui permet de figurer au plus haut de la hiérarchie mondiale. Igor a créé un site internet et se chargera des relations avec la presse comme il le fait également pour Mélanie Astles depuis fin 2011

Masurel-Olivier

« L’allure élancée, les cheveux en pétard, le regard émerveillé, Olivier Masurel donne l’impression d’être né pour toucher le ciel. Destin accompli, puisque le jeune homme n’a que 26 ans, et vient d’être sacré champion du monde de voltige aérienne par équipe le mois dernier, à Grenade, en Espagne. La France n’avait pas remporté un tel titre depuis sept ans. Il a de quoi être fier, surtout que les adversaires étaient redoutables, et que c’était la première fois que le jeune Palois se présentait à un tel championnat. Entre les Russes, très expérimentés, et les Espagnols, tenaces, le combat était de taille. « La voltige aérienne s’appuie sur le système de notation du patinage artistique.

Les juges notent aussi bien les compétences techniques (précision, synchronisation, difficulté) que celles artistiques (originalité, rythme, harmonie) », explique Olivier Masurel en vrai pédagogue. C’est dans le libre intégral qu’un pilote montre toute sa palette. Il a quatre minutes pour enchaîner des figures difficiles aux noms poétiques : vrilles, ruade ou double éventail. Aux commandes, pas question d’être dans les nuages, il doit garder les pieds sur terre. « Le vol demande de gérer le stress, le vent et les effets d’optique dus à la vitesse », déclare le jeune homme qui excelle dans cette discipline. A Grenade, il est arrivé deuxième, juste derrière son coéquipier Renaud Ecalle. Ses enchaînements dans son bel avion rouge (modèle Cap 232) ont séduit les juges. Il faut dire que le jeune homme a été formé au Pau Pyrénées Air Club (PPAC), tout comme les anciens champions du monde, Eddy Dussau et Sylvie Breton. Ces deux anciens enseignent toujours là-bas. Le PPAC serait-il un laboratoire à champions ? En tout cas, Olivier Masurel a reçu le soutien de la Ville de Pau, de la Fédération Nationale Aéronautique, des Conseils Général et Régional et de l’entreprise Locavions Aéroservices qui prête les engins. Ses soutiens sont essentiels, lorsqu’on sait qu’une heure de vol coûte 380 euros. A peine sorti du championnat du monde, le jeune pilote et son équipe se préparent pour les Jeux Mondiaux de l’Air de Turin en 2009. Cette compétition regroupe toutes les disciplines aériennes du parapente à la voltige aérienne. Pour l’occasion, les pilotes suivent des stages de cinq jours au sein d’aéroclubs à Marmandfe, Jonzac ou Tarbes, financés en grande partie par la Fédération Nationale Aéronautique.

L’aviation, une passion depuis toujours Olivier Masurel aurait-il été envoûté par la magie de l’écriture de Saint-Exupéry ? « Pas vraiment », répond-il. Bien sûr, comme tous les enfants, il a dévoré « le Petit Prince », mais le petit Olivier était surtout « un passionné d’aéromodélisme ». « J’aimais faire voler et piloter à l’aide d’une télécommande mes maquettes », raconte l’enfant devenu grand. Aujourd’hui, il a concrétisé son rêve : il est devenu un vrai pilote, sans rejoindre l’armée. La guerre, c’est pas son rayon. Il laisse ça à Maverick, le héros du film « Top Gun » incarné par Tom Cruise. Même les numéros de la Patrouille de France du 14 juillet le laissent de marbre. Olivier Masurel n’a rien d’un guerrier : il ressemble plus à Porco Rosso, le personnage imaginé par Hayao Miyazaki, la tête de cochon et le ventre en moins. En plus de piloter comme lui un aéroplane rouge, il aime se sentir libre, tel un oiseau qui plane haut dans le ciel. » par Thomas Arles

Les  Félix Masurel

fut père de Félix  Henri Masurel (1845--1916) dont postérité.

Masurel-Leclercq

(Nord B 1341, 1467, 1559; 16 G 369; 33 H 41, 55, 69; 204 H 12; Demay; Paroissiaux de Tourcoing)

Hervé Masurel  a été nommé en octobre 2010  délégué interministériel à la ville, en remplacement d’Yves-Laurent Sapoval. Il était jusqu’alors secrétaire général du Comité interministériel de prévention de la délinquance.

Né en décembre 1954, diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris et de l’Éna, Hervé Masurel a débuté sa carrière en 1980 en tant que directeur de cabinet du préfet du Tarn-et-Garonne, et a été ensuite nommé à divers postes de sous-préfet ou sous-directeur : sous-préfet de Figeac, secrétaire général de la préfecture du territoire de Belfort, sous-préfet de Soissons, sous-directeur des personnels à la Direction des personnels, de la formation et de l’action sociale (DPFA) à la Direction générale de l’administration (DGA) du ministère de l’Intérieur. Secrétaire général de la préfecture du Val-d’Oise de 1992 à 1996, il a été ensuite nommé sous-directeur des étrangers et de la circulation transfrontalière à la Direction des libertés publiques et des affaires juridiques (DLPAJ) du ministère de l’Intérieur de janvier 1996 à juillet 1999. Puis il a été coordinateur du service de la justice et des affaires intérieures à la Représentation permanente de la France auprès de l’Union européenne, de 1999 à 2003. Préfet de la Haute-Saône de 2003 à 2006, il a été désigné préfet délégué pour l’égalité des chances auprès du préfet de la Seine-Saint-Denis de janvier 2006 à août 2007.

André Masurel, né le 14 août 1883, Roubaix,décédé le 25 septembre 1915, Beauséjour (51, Marne) (32 ans), sergent au 156ème RI. marié le 7 mai 1908, Roubaix,avec Aline Roussel

Pierre Masurel, né le 10 novembre 1891, Roubaix,décédé le 20 octobre 1916, Vadelaincourt (55, Meuse) (24 ans), lieutenant au 401ème RI.

Hôtel Masurel: 85 rue Nationale

Type : Inventaire général du patrimoine culturel, 1913: maître d'oeuvre inconnu

Hôtel Rasson-Masurel

Histoire : L'hôtel Rasson-Masurel, qui n'apparaît pas au cadastre de 1885, a été construit à l'extrême fin du 19e siècle (analyse stylistique).Adresse : 100 rue Carnot ; Inventaire général du patrimoine culturel: 4e quart 19e siècle

Auteur(s) : maître d'oeuvre inconnu

Hôtel Wattine-Masurel

Histoire : Cet hôtel, qui n'apparaît pas au cadastre de 1885, a été construit vers 1890-1895 (il est stylistiquement proche des maisons construites place du Théâtre datées de 1893). Il a été construit après regroupement de deux parcelles (cadastre 1885 C 1082,1083) dont les maisons sur rue ont été démolies à cet effet. Il était le logement patronal de la filature Wattine-Masurel, qui était située à l'arrière de la parcelle (cadastre de 1885) et a été démolie depuis lors.

Adresse : 31-33 rue de Gand :inventaire général du patrimoine culturel ;4e quart 19e siècle: maître d'oeuvre inconnu

 
Légions d’honneur :

Masurel Albert Julien Charles, Né le 09/04/1863 à Lille

Masurel Edmond Jules Joseph, né le 30/03/1857 à Tourcoing

Masurel Francois Joseph, né le 09/10/1826 à Tourcoing

Masurel Paul Victor Joseph, né le 16/02/1835 à Tourcoing.

Lille : Notre-Dame de Consolation.
1850. — Cloche provenant de l'église Notre-Dame de Tourcoing.Anno Domini MDGGCL, ecclesias Beatse Marise Angelorum Turcundii, dederunt me plures 
parochian, neenon generosiores quidam Juvenes, quorum nomina sequuntur : Franciscus Desbonets, Paulus Watine, Henricus Masurel, Fidelis et Augustinus
Vansslande, Franciscus Masurel, Ludovicus et imllius Leroux, Achilles Desurmomt, Ludovicus Amandus Flipo, et quatuor fratres Ëdmundus, Leo, Henricus et
Ëmilius Lorthiois. Fuerunt milii patrini Leo Lorthiois et Elisa Masurel, ambo decem annos nati, a quibus vocata sum Maria Leonia Elisa. 1. La seconde cloche
ne porte pas d'inscription.

Descendants de Lambert Masurel

Jusqu'à la 8e génération. Base Roglo

Lambert Masurel, né vers 1570, Tourcoing (Nord), décédé, Tourcoing (Nord).
Marié en 1594, Tourcoing (Nord), avec Marie Marlier, née vers 1575, décédée après 1631, dont

  • Pasquier Masurel, né le 18 mars 1595, Tourcoing (Nord), décédé en 1673 (à l'âge de 78 ans).
    Marié avant 1618, Tourcoing (Nord), avec Antoinette Deletombe, née le 19 juillet 1595, Tourcoing (Nord), décédée en 1674 (à l'âge de 79 ans), dont
    • Toussaint Masurel, né le 18 octobre 1623, Tourcoing (Nord), décédé en 1706 (à l'âge de 83 ans).
      Marié en 1649 avec Jeanne de Roubaix, née le 12 novembre 1628, Tourcoing (Nord), décédée, dont
      • Pierre Masurel, né le 21 février 1666, Tourcoing (Nord), décédé.
        Marié le 1er juillet 1688, Tourcoing (Nord), avec Jeanne de Le Plancque, née en 1670, décédée avant 1704, dont
        • Jeanne Marie Françoise Masurel, née le 30 avril 1693, Tourcoing (Nord), décédée en 1762 (à l'âge de 69 ans).
          Mariée le 5 octobre 1722, Tourcoing (Nord), avec Antoine François Lepers, né le 3 mai 1689, Trévoux (01), décédé le 5 août 1762, Tourcoing (Nord) (à l'âge de 73 ans), ...
    • Pasquier Masurel, né le 11 février 1637, Tourcoing (Nord), décédé le 7 février 1714, Tourcoing (Nord) (à l'âge de 76 ans).
      Marié le 26 mai 1660, Tourcoing (Nord), avec Marguerite Desrousseaux, dont
      • Jean Baptiste Masurel, né le 8 juin 1675, Tourcoing (Nord), décédé en 1755 (à l'âge de 80 ans).
        Marié avec Marie Jeanne de Lobel, née le 20 février 1690, Tourcoing, Nord, décédée le 29 mars 1762, Tourcoing, Nord (à l'âge de 72 ans), dont
        • Jean Baptiste Masurel, né le 19 septembre 1724, Tourcoing (59), décédé le 11 avril 1793, Tourcoing (59) (à l'âge de 68 ans).
          Marié le 11 septembre 1757, Roncq (59), avec Marie Joseph Houzet, née vers 1730, Roncq (59), décédée le 12 janvier 1794, Tourcoing (59) (à l'âge de peut-être 64 ans), dont
          • Anne Catherine Masurel, née le 25 juillet 1758, Tourcoing (59), décédée le 4 février 1806, Tourcoing (59) (à l'âge de 47 ans).
            Mariée le 23 mai 1780, Tourcoing (59), avec Jean Baptiste Boyaval, né le 24 juillet 1750, Tourcoing (59), décédé le 1er octobre 1817, Tourcoing (59) (à l'âge de 67 ans), ...
          • François Joseph Masurel, né le 24 juin 1766, Tourcoing (Nord), décédé le 12 septembre 1824, Tourcoing (Nord) (à l'âge de 58 ans), marchand fabricant.
            Marié le 11 février 1793, Tourcoing, avec Angélique Joseph Desurmont, née le 3 novembre 1761, Tourcoing, décédée le 9 septembre 1827, Tourcoing (à l'âge de 65 ans), dont
            • François Joseph Masurel, né le 24 août 1797, Tourcoing (Nord), décédé le 24 février 1851, Tourcoing (Nord) (à l'âge de 53 ans).
              Marié le 8 juillet 1822, Tourcoing, avec Pauline Julienne Dervaux, née le 17 août 1804, Tourcoing, décédée le 6 avril 1847, Tourcoing (à l'âge de 42 ans), dont
              • François Masurel, né le 9 octobre 1826, Tourcoing (Nord), décédé le 3 juin 1913, Tourcoing (Nord) (à l'âge de 86 ans).
                Marié le 20 octobre 1851, Roubaix (Nord), avec Joséphine Catherine Pollet, née le 20 mai 1832, Tourcoing (Nord), décédée en 1868 (à l'âge de 36 ans), dont
                • Joséphine Masurel, née le 12 août 1852, Tourcoing (Nord), décédée.
                • Pauline Marie Masurel, née le 20 mai 1854, Tourcoing (Nord), décédée le 4 juin 1932, Roubaix (Nord) (à l'âge de 78 ans).
                  Mariée le 5 juillet 1873, Tourcoing (Nord), avec Henry Félix Ternynck, né le 2 novembre 1847, Roubaix (Nord), décédé.
                • François Masurel, né le 20 juin 1855, Tourcoing (Nord), décédé le 14 juillet 1894, Mouvaux (Nord) (à l'âge de 39 ans).
                  Marié le 21 novembre 1877, Tourcoing (Nord), avec Eugénie Louise Jonglez, née le 24 juin 1857, Tourcoing (Nord), décédée le 24 juin 1918, Paris (à l'âge de 61 ans).
                • Edmond Masurel, né le 30 mars 1857, Tourcoing (Nord), décédé le 25 mars 1943, Roubaix (Nord) (à l'âge de 85 ans).
                  Marié le 26 septembre 1882, Templeuve 59, avec Jeanne Antoinette Baratte, née le 30 mars 1863, Bruges (Belgique), décédée le 6 septembre 1934, Tourcoing (Nord) (à l'âge de 71 ans).
                • Eugène Masurel, né le 2 janvier 1861, Tourcoing (Nord), décédé.
                  Marié le 11 juin 1884, Roubaix (Nord), avec Berthe Marie Pauline Wattinne, née le 19 février 1865, Roubaix (59), décédée.
                • Marie Claire Masurel, née le 20 février 1868, Tourcoing (Nord), décédée.
              • Ernest Masurel, né le 7 novembre 1829, Tourcoing, décédé le 29 juin 1884, Tourcoing (à l'âge de 54 ans).
                Marié le 20 octobre 1851, Roubaix, avec Rosine Pollet, née le 15 août 1833, Roubaix, décédée le 2 février 1900 (à l'âge de 66 ans), dont
                • Albert Masurel, né le 30 juin 1855, Tourcoing (59), décédé le 17 mars 1920, Tourcoing (59) (à l'âge de 64 ans), député du Nord (1898).
                  Marié le 6 juillet 1881, Bailleul (59), avec Valérie van de Walle, née le 23 juin 1860, Bailleul (59), décédée le 22 juin 1932, Tourcoing (à l'âge de 71 ans).
                • Rosine Masurel, née le 9 janvier 1857, Tourcoing (59), décédée.
                  Mariée le 10 novembre 1875, Tourcoing, avec Emile Bossut, né le 2 août 1848, Roubaix, décédé, négociant.
                • Emile Masurel, né le 6 mai 1861, Tourcoing.
                  Marié le 11 août 1884, Roubaix (Nord), avec Marguerite Bossut, née le 16 septembre 1864, Roubaix.
              • Pauline Julienne Masurel, née le 17 août 1831, Tourcoing, décédée en 1919 (à l'âge de 88 ans).
                Mariée le 3 février 1850, Tourcoing, avec Paul Henry Wattinne, né le 16 avril 1822, Tourcoing, décédé le 23 janvier 1863, Tourcoing (à l'âge de 40 ans), ...
              • Paul Victor Masurel, né le 18 février 1835, Tourcoing, décédé le 28 septembre 1892, Oran (Algérie) (à l'âge de 57 ans).
                Marié avec Léonie Réquillart.
              • Jules Paul Masurel, né le 12 avril 1841, Tourcoing, décédé le 19 avril 1925, Mouveaux (à l'âge de 84 ans).
                Marié avec Pauline Wattinne, née le 13 mai 1843, Roubaix, décédée le 14 décembre 1916, Mouvaux (à l'âge de 73 ans), dont
                • Marguerite Pauline Masurel, née le 12 juin 1866, Roubaix, décédée le 25 juin 1939, Roubaix (à l'âge de 73 ans).
                  Mariée en septembre 1884, Mouvaux, avec Auguste Felix Vanoutryve, né le 29 août 1859, Roubaix, décédé le 28 février 1913, Roubaix (à l'âge de 53 ans).
                • Louise Lucie Masurel, née le 16 septembre 1868, Roubaix, Nord, décédée le 28 avril 1954, La Madeleine, Nord (à l'âge de 85 ans).
                  Mariée le 22 mai 1888, Roubaix (59, Nord), avec Paul Laurent Joseph Prouvost, né le 7 avril 1866, Roubaix, Nord, décédé le 26 décembre 1932, Roubaix, Nord (à l'âge de 66 ans).
                • Paul Masurel, né le 26 octobre 1874, Roubaix, 59, décédé le 3 avril 1952, Antibes, 06 (à l'âge de 77 ans), négociant en laine, collectionneur de tableaux.
                  Marié le 16 avril 1907, Paris, 8e, avec Marie-Thérèse Collart Dutilleul, née en 1884, décédée en 1969 (à l'âge de 85 ans).
              • Paul Joseph Masurel, né le 26 mai 1842, Tourcoing (59, Nord), décédé le 3 février 1927, Roubaix (59, Nord) (à l'âge de 84 ans).
                Marié le 15 janvier 1866, Roubaix (59, Nord), avec Zoë Rose Marie Lefebvre, née le 30 août 1847, Roubaix (59, Nord), décédée le 11 janvier 1928, Roubaix (59, Nord) (à l'âge de 80 ans), dont
                • Laure Zoë Paule Masurel, née le 13 octobre 1866, Roubaix (59, Nord), décédée le 19 juillet 1881, Roubaix (59, Nord) (à l'âge de 14 ans).
                • Zoë Pauline Henriette Masurel, née le 3 août 1869, Roubaix (59, Nord), décédée le 16 mars 1928, Roubaix (59, Nord), inhumée le 20 mars 1928, Roubaix (59, Nord), cimetière (à l'âge de 58 ans).
                  Mariée le 28 novembre 1888, Roubaix (59, Nord), avec Georges Jules Auguste Florin, né le 2 avril 1864, Roubaix (59, Nord), décédé le 28 juillet 1912, Gent (BEN, Belgique) (à l'âge de 48 ans).
                • Madeleine Zoë Masurel, née le 22 juin 1874, Roubaix (59, Nord), décédée le 3 septembre 1958, Neuilly-sur-Seine (92, Hauts-de-Seine), 2 rue Chartran (à l'âge de 84 ans).
                  Mariée le 22 novembre 1893, Roubaix (59, Nord), avec Joseph Jacques Lorthiois, né le 14 avril 1869, Tourcoing (59, Nord), décédé.
                • Paul Charles Joseph Masurel, né le 9 mai 1881, Roubaix (59, Nord), décédé le 19 septembre 1969, Paris 8ème (75) (à l'âge de 88 ans).
                  Marié le 24 février 1955, Paris (75), avec Marie Marguerite Fornes, née le 29 octobre 1900, Paris (75).
            • Angélique Masurel, née le 11 mai 1799, Tourcoing, décédée le 5 septembre 1855, Tourcoing (à l'âge de 56 ans).
              Mariée le 21 avril 1817, Tourcoing, avec Pierre Célestin Destombes, né le 3 mai 1783, Tourcoing, décédé le 14 février 1827, Tourcoing (à l'âge de 43 ans), ...
          • Jean Baptiste Joseph Masurel, né le 26 février 1772, Tourcoing, décédé le 30 avril 1850, Tourcoing (à l'âge de 78 ans).
            Marié le 5 mai 1806, Tourcoing, avec Marie Anne Tiberghien, née le 13 avril 1779, Tourcoing, décédée le 22 août 1813, Tourcoing (à l'âge de 34 ans), dont
            • Charles Masurel, né le 6 mai 1807, Tourcoing, décédé le 14 juillet 1863, Tourcoing (à l'âge de 56 ans), filateur, Maire de Tourcoing 1847-1849.
              Marié le 23 juillet 1828, Tourcoing, avec Charlotte Dervaux, née le 18 janvier 1808, Tourcoing (59), décédée en 1887 (à l'âge de 79 ans), dont
              • Gustave Masurel, né le 9 août 1831, décédé le 21 juillet 1864 (à l'âge de 32 ans).
              • Charles Masurel, né le 27 septembre 1834, Tourcoing (59, Nord), décédé le 22 septembre 1890, Roubaix (59, Nord), incinéré (à l'âge de 55 ans).
                Marié avec Cécile Scrépel, née le 16 janvier 1835, Roubaix (59, Nord), décédée le 16 décembre 1883, Roubaix (59, Nord) (à l'âge de 48 ans), dont
                • Georges Masurel, né le 2 août 1858, Tourcoing (59, Nord), décédé.
                  Marié le 20 janvier 1880, Roubaix, avec Elise Leclercq, née le 23 mars 1861, Roubaix (59, Nord), décédée.
                • Camille Masurel, née le 8 juin 1860, Roubaix (59, Nord).
                • Carlos Masurel, né le 2 juillet 1862, Tourcoing (59, Nord), décédé.
                  Marié le 8 janvier 1887, Roubaix (59, Nord), avec Adèle Leclercq, née le 22 février 1865, Croix (59, Nord), décédée.
              • Camille Masurel, née le 28 mars 1836, Tourcoing (59, Nord), décédée le 21 juin 1856, Tourcoing (59, Nord) (à l'âge de 20 ans).
                Mariée le 10 septembre 1855, Tourcoing (59, Nord), avec Paul Scrépel, né le 13 janvier 1834, Roubaix (59, Nord), décédé le 13 juillet 1889, Roubaix (59, Nord) (à l'âge de 55 ans), négociant en laines.
              • Mathilde Masurel, née le 26 août 1841, Tourcoing (59, Nord), décédée le 21 février 1903, Roubaix (59, Nord) (à l'âge de 61 ans).
                Mariée le 2 février 1861, Roubaix (59, Nord), avec Paul Scrépel, né le 13 janvier 1834, Roubaix (59, Nord), décédé le 13 juillet 1889, Roubaix (59, Nord) (à l'âge de 55 ans), négociant en laines, ...
            • Félix François Masurel, né le 22 février 1811, Tourcoing (Nord), décédé le 30 novembre 1862, Tourcoing (Nord) (à l'âge de 51 ans).
              Marié le 23 août 1837, Menin, avec Sophie Vuylsteke, née le 22 août 1817, Menin (Belgique), décédée le 20 février 1895, Bruxelles (Belgique) (à l'âge de 77 ans), dont
              • Félix Henri Masurel, né le 8 septembre 1845, Tourcoing (Nord), décédé le 28 février 1916, Tourcoing (Nord) (à l'âge de 70 ans).
                Marié le 8 janvier 1873, Tourcoing (Nord), avec Céline Louise Tiberghien, née le 17 avril 1850, Tourcoing (Nord), décédée le 16 novembre 1929, Tourcoing (Nord) (à l'âge de 79 ans), dont
                • Marie-Louise Masurel, née le 19 février 1874, Tourcoing (Nord), décédée.
                  Mariée le 3 octobre 1894, Tourcoing (59, Nord), avec Romain Duquennoy, né en 1865, décédé.
                • Félix Masurel, né le 10 janvier 1876, Tourcoing, décédé le 11 janvier 1877 (à l'âge de 12 mois).
                • Céline Masurel, née le 15 janvier 1878, décédée le 15 janvier 1878.
                • Félix Auguste Masurel, né le 22 avril 1879, Tourcoing, décédé le 22 juillet 1945, Tourcoing (à l'âge de 66 ans).
                  Marié le 27 février 1905, Tourcoing, avec Iphise Leurent, née le 6 mai 1885, Bordeaux (Gironde), décédée le 28 août 1946, Tourcoing (Nord) (à l'âge de 61 ans).
                • Joseph Masurel, né le 1er mars 1881, décédé le 1er mai 1884 (à l'âge de 3 ans).
                • Alphonse Masurel, né le 18 février 1883, décédé le 8 octobre 1885 (à l'âge de 2 ans).
                • Joseph Louis Masurel, né le 13 janvier 1885, Tourcoing (59, Nord), décédé le 29 mars 1931, Tourcoing (59, Nord) (à l'âge de 46 ans).
                  Marié le 27 novembre 1907, Tourcoing (59, Nord), avec Antonie Malfait, née le 14 mars 1887, Tourcoing (59, Nord).
                • Céline Elise Masurel, née le 29 août 1886, Tourcoing (Nord), décédée le 25 octobre 1955, Tourcoing (Nord) (à l'âge de 69 ans).
                  Mariée le 10 juillet 1907, Tourcoing, avec Joseph Toulemonde, né le 21 janvier 1885, décédé.
                • Julie Marguerite Masurel, née le 16 juin 1887, Tourcoing (Nord), décédée le 5 septembre 1936, Lille (Nord) (à l'âge de 49 ans).
                  Mariée le 4 novembre 1908 avec Paul Dubois, né le 26 février 1881, Lille (Nord), décédé le 5 septembre 1936, Lille (Nord) (à l'âge de 55 ans).
      • Marie Elisabeth Masurel.
        Mariée le 9 août 1691 avec Michel Six

Thierry-Prouvost-蒂埃里·普罗沃-Pour vous, les princes-为了您,王子!     

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